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Earle Brown

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire de la musique ».

Compositeur américain (Lunenburg, Massachusetts, 1926 – Rye, État de New York, 2002).

Trompettiste amateur, il fit, à Boston, des études de mathématiques et d'ingénieur, et suivit des cours de composition, d'orchestration et d'écriture avec Roslyn Brogue Henning, à la Schillinger School (1946-1950). Parallèlement, il s'initia aux théories mathématiques (appliquées à la musique) de Joseph Schillinger, avant de les enseigner lui-même (ainsi que la composition) à Denver (1950-1952). Mais s'il fut fasciné par ces théories, il ne devait pas en reprendre à son compte l'organisation extrême. Il fut influencé au début de sa carrière par Ives et Varèse, mais davantage encore par une certaine peinture (Pollock) et une certaine sculpture (Calder) américaines ; chez Calder, il trouva la « précision de l'organisation » et surtout l'idée de la mobilité d'une œuvre.

Ses premières œuvres ­ 3 pièces pour piano (1951), Perspectives pour piano (1952), Musique pour violon, violoncelle et piano (1952) ­ rendent hommage à la fois au sérialisme et ­ comme, plus tard encore, Pentathis (1957) ­ aux théories de Schillinger. Mais Brown évolua rapidement vers la « forme ouverte », notion qu'il fut l'un des premiers à introduire en musique, et sa rencontre avec John Cage (1951), ainsi qu'avec Wolff et Feldman, fut à cet égard décisive. Il collabora avec Cage et David Tudor au projet de musique pour bande magnétique à New York (1952-1955), participa aux cours d'été de Darmstadt, à partir de 1955, fut directeur artistique des enregistrements de musique contemporaine chez Time Records (1955-1960), bénéficia d'une bourse Guggenheim en 1965-66 et fut nommé, en 1968, professeur de composition au conservatoire Peabody de Baltimore. Il le resta jusqu'en 1970. La forme ouverte et les techniques semi-aléatoires apparurent dans ses œuvres à partir de 1953. Folio (1952-53) est un groupe de trois œuvres ­ November 1952, December 1952 et 1953 ­ pour n'importe quel nombre d'instruments. December 1952 remplace les hauteurs écrites, et donc fixées par un exemple de notation graphique, par des lignes en diverses positions et de diverses longueurs, devant servir de support à l'improvisation d'un groupe quelconque de musiciens durant un laps de temps indéterminé. Dans 25 Pages pour 1 à 25 pianos (1953), le ou les exécutants peuvent disposer les pages dans l'ordre de leur choix, et l'on trouve un principe que Brown devait très souvent reprendre ultérieurement : une notation proportionnelle ne divisant pas le temps en unités précises, mais en durées relatives dont la longueur, laissée à l'initiative de l'exécutant, est suggérée par l'espacement des symboles. Convaincu qu'une musique est d'autant plus intense que l'exécution participe davantage à sa création, il s'intéressa moins à l'indétermination dans l'acte de composer, comme Cage, ou à la libération des sons, qu'au problème de la forme, aux présentations différentes d'un même matériau et à ses conséquences.

À Available Forms I pour 18 musiciens (1961) succéda Available Forms II pour 98 musiciens et 2 chefs dirigeant chacun 49 exécutants (1962), la forme dépendant de la réciprocité et de la spontanéité des réactions des 2 chefs l'un par rapport à l'autre. Le procédé est semblable dans 9 Rarebits pour 1 ou 2 clavecins (1965) ou dans Synergy II pour orchestre de chambre (1967-68), alors qu'inversement, Corroboree (1964) pour 3 pianos ou le quatuor à cordes (1965) introduisent des structures mobiles à l'intérieur de formes fermées. Dans Calder Piece pour 4 percussionnistes et 1 mobile de Calder (1965), le rôle du chef est tenu par le mobile. Ses ouvrages n'en contiennent pas moins des éléments d'unité au sens traditionnel : ainsi l'usage obstiné, presque canonique, des quintes dans Available Forms I. Auteur également d'Octet I (1953) et d'Octet II (1954) pour bande, de Modules I et II pour petit orchestre et 2 chefs (1966), de Syntagm III (1970), Cross Sections (1973) et Color Fields (1975) pour orchestre, de Small Piece pour chœur (1975), de Tracer pour instruments et bande (1984), doté d'un sens raffiné des timbres, Earle Brown est apparu comme l'une des personnalités les plus importantes de l'avant-garde américaine.