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élégie

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire mondial des littératures ».

L'élégie, dans l'Antiquité grecque, ne se définit pas par un ton « élégiaque », ni par un sujet, même si elegos peut signifier « chant de deuil » et si l'Etymologicum Magnum redonne l'étymologie populaire e e legein, « dire hélas ! ». L'élégie est un poème composé en distiques élégiaques (groupes de deux vers ; un hexamètre dactylique et un pentamètre), accompagné de la flûte. Les fragments conservés de Tyrtée ou de Solon, les distiques transmis sous le nom de Théognis nous montrent aussi des élégies guerrières ou une élégie politique. L'élégie devient poésie de l'amour ou de la douleur chez Callimaque puis à Rome, notamment avec Tibulle et Properce ; les Tristes d'Ovide disent la douleur de l'exil. La complainte médiévale s'apparente, par le ton, à l'élégie, qui retrouve, avec la Renaissance, le thème douloureux. Dès le xiie s., les élégies latines de Settimello ont préparé la voie au Canzoniere de Pétrarque et les distiques latins de Sannazzaro influencent la Pléiade et son expression de la fuite du temps, de la fragilité des êtres (Du Bellay, les Regrets ; Ronsard, Élégies, mascarades et bergeries). Camões au Portugal, Chiabrera en Italie illustrent le genre, qui, en Angleterre, devient majeur avec Spenser et Milton (Lycidas, 1637). Sont ainsi fixées les conventions élégiaques modernes : scène pastorale, invocation aux Muses, lien de la personne pleurée à la nature, méditation sur la destinée et le mal du monde, conclusion sur une note d'espoir – la mort est le commencement de la vie. Le xviie s. français, aux exceptions près, mais notables, de Théophile de Viau et de La Fontaine (Élégie aux nymphes de Vaux), ne favorise pas le genre, qui retrouve avec le sensualisme et l'épicurisme du xviiie s. (Parny, Bertin) une tonalité antique que précise Chénier (Élégies). Le préromantisme anglais et allemand donne sa véritable propriété au thème de la lamentation : les Nuits de Young, l'Élégie écrite dans un cimetière de campagne de Thomas Gray imposent la méditation douloureuse et rêveuse ; Gessner et sa sentimentalité, Goethe et les notations sensuelles des Élégies romaines fixent la double expression de l'élégie du xixe s. Il ne s'agit plus alors de considérer la forme, mais l'omniprésente mélancolie, illustrée par Lamartine et Musset. La thématique du deuil et du souvenir subsiste chez Tennyson (Ode sur la mort du duc de Wellington), chez Pouchkine (Élégie sur le portrait de F. M. Barclay de Tolly) et culmine dans l'Adonais de Shelley, inspiré par la mort de Keats. Avec les Élégies de Duino de Rilke, la poésie est intériorisation progressive dans la parole de toutes choses périssables ; elle marque le recouvrement commun des deux domaines illimités de la vie et de la mort ; dans cet innommable, elle reste capable de recueillir tout objet et toute douleur, de composer les figures du Christ et du Saltimbanque. Juan Ramón Jiménez a usé du genre pour suggérer la pureté du dire poétique et l'opposer à la dégradation que porte tout souvenir. Aragon (Élégie à Pablo Neruda, 1966) prend prétexte du tremblement de terre qui a dévasté le Chili pour « exhaler la grande déploration par quoi la Terre même est accusée de trahison envers les poètes » et pour faire état de ses incertitudes politiques. Élégies (1967) de Jean Grosjean se conforme davantage au genre, tandis que B. Vargaftig inscrit Description d'une élégie (1975) dans la mouvance de Change et d'Action poétique.