Le mot populisme a été lancé en France dans le quotidien l'Œuvre, le 27 août 1929, par Léon Lemonnier (1890-1953). Il est emprunté au vocabulaire politique russe où il désigne un mouvement d'intellectuels qui, vers 1870, « allaient au peuple ». Comme courant littéraire et politique (s'y mêlaient des recherches folkloriques), il émigra vers la Hongrie et la Roumanie entre les deux guerres mondiales. Mais le « populisme » français – qui faillit se nommer l'humilisme – se veut sans aucun dessein religieux, politique ou social. Dans l'esprit de son créateur, il s'agit surtout d'en finir avec la comédie parisienne et bourgeoise, avec l'introspection, « l'analyse des âmes » et toute une littérature mondaine encore très prisée. Le populisme tend pour cela à fuir l'intrigue romanesque – ce qui le place à l'opposé de la littérature populaire – au profit de la « tranche de vie » de petites gens – cette tranche fût-elle une vie entière – et cherche plus à montrer qu'à expliquer. Le cinéma (René Clair avec Sous les toits de Paris en 1930 et le Million en 1931, Marcel Carné avec Hôtel du Nord en 1938) a pu joué un rôle dans ce besoin de coller à la réalité quotidienne la plus banale, dans l'intrusion de la rue et de son peuple comme décor privilégié. Le grand précurseur selon Lemonnier lui-même fut Maupassant, tout au moins celui des nouvelles. Prolongement du naturalisme, le populisme condamne toutefois les outrances mélodramatiques inhérentes à la manière de Zola. L'influence de Gorki, surtout de ses œuvres antérieures à la Révolution de 1917, est également sensible, comme celle de Lucien Descaves (1861-1949), d'André Thérive (1891-1967), de Jules Renard (Poil de Carotte, 1894), d'Ernest Pérochon (Nêne, prix Goncourt 1920) et même d'Anatole France (Crainquebille, 1901). Lemonnier reconnaîtra toutefois qu'il n'y a pas d' « école populiste » mais un ensemble de tendances. On parlera ainsi de populisme à propos de la Belle Marinière de Marcel Achard ; Eugène Dabit, pour la parution d'Hôtel du Nord (1929), se trouve annexé quelque peu malgré lui ; le triomphe de Topaze de Marcel Pagnol (1928-1930) est mis de même au compte du populisme. Le comble de la confusion sera atteint lorsque Sartre recevra en 1940 le prix du Roman populiste pour son recueil de nouvelles le Mur, prix qui avait récompensé avec plus de raison à sa création Faubourg Saint-Antoine de Tristan Rémy (1931) – encore que celui-ci se classât alors parmi les écrivains « prolétariens ».
Pour en savoir plus, voir l'article populisme.
Dictionnaire mondial des littératures
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