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littérature néosyriaque

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire mondial des littératures ».

La littérature néosyriaque rassemble la production littéraire contemporaine des quelque 400 000 chrétiens de rite syrien oriental (« chaldéens » et « assyriens ») vivant dans le Kurdistan et les régions voisines (aux frontières de l'Iraq, de l'Iran et de la Turquie), et de rite syrien occidental (dans la plaine de Mossoul uniquement), dans leur langue vernaculaire, le soureth, le principal dialecte encore parlé de l'araméen. Depuis quatre siècles, ces chrétiens ont progressivement abandonné la langue savante et archaïque de la liturgie, incomprise du peuple, le syriaque, pour composer des œuvres dans leur langue maternelle. Cette littérature est un prolongement de la littérature syriaque, dont, au moins dans un premier temps, elle adopte les formes, et c'est tout naturellement dans l'alphabet syriaque oriental, légèrement aménagé, qu'est transcrit le soureth. Il faut signaler que, depuis la fin du siècle dernier, un grand nombre d'Araméens contemporains se veulent héritiers des royaumes assyro-babyloniens de l'Antiquité et qualifient leur langue et leur littérature d'assyriennes ou de néoassyriennes. L'Araméen qui écrit en soureth un ouvrage de diffusion nécessairement restreinte a conscience de contribuer à la survie, problématique, de sa langue : d'où l'abondante présence d'essais philologiques et historiques. Cela s'accompagne de tentatives d'enseignement du soureth à l'école primaire, d'émissions radiophoniques, d'édition de revues, en un mot d'un effort pour faire accéder le néoaraméen aux moyens d'expression et de diffusion contemporains. Aujourd'hui paraissent régulièrement quatre périodiques en araméen, et il s'imprime chaque année une dizaine de livres dans cette langue. Cette littérature est profondément marquée par son origine religieuse ; le christianisme est le premier repère de la minorité araméenne, minorité chrétienne en pays musulman, et le clergé est encore souvent l'institution qui prend en charge les publications en soureth.

La tradition des poèmes religieux

À la fin du xvie s., on voit apparaître des poèmes en soureth, sur des sujets religieux, dont les auteurs (le prêtre Israel d'Alqoch, le prêtre Joseph de Tell Kaif) sont en majorité originaires de la région de Mossoul. Ces poèmes se composent de quelques centaines de strophes de trois ou quatre vers, de sept ou huit syllabes ; les vers d'une même strophe riment, et la richesse de cette rime est une prouesse recherchée ; un procédé de style fréquent consiste à répéter, en en bouleversant l'ordre pour changer la rime, le dernier vers d'une strophe dans le premier de la suivante. Le nom de l'auteur, accompagné des démonstrations d'humilité en usage, ainsi que la date de la composition apparaissent souvent dans les dernières strophes.

Les sujets traités ne sortent guère de l'hymne religieux, de l'exhortation morale ou des vies de saints ; certains sont plus proches des réalités humaines, comme la complainte de 248 strophes composée par le prêtre Somo sur une épidémie qui ravagea en 1738 le village de Pioz, au nord de Mossoul : 118 strophes énumèrent les péchés de cette communauté villageoise présentée comme l'explication morale du fléau ; ensuite vient la progression du mal maison par maison, le décompte des morts dans chaque famille, la description de leurs souffrances ; et le poème conclut en leur souhaitant une vie meilleure dans l'au-delà. Cette activité poétique se poursuit au xixe s. (le prêtre Damianos, Thomas Tektek, David l'Aveugle) et est encore vivace de nos jours. Un des poètes les plus appréciés est, assez curieusement, un Français, le père Jacques Rhétoré, missionnaire dominicain qui vécut à Mossoul de 1874 à sa mort en 1921, auteur d'une grammaire du soureth, de fables et de cantiques, qui sont encore en usage.

La littérature moderne

L'installation, en 1830, de la mission de l'American Board à Ourmi provoqua l'apparition de nouvelles formes littéraires ; les missionnaires encouragèrent la promotion du soureth comme langue écrite ; ils en codifièrent plus rigidement l'orthographe, en s'inspirant de celle du syriaque, imprimèrent une traduction de la Bible et divers ouvrages pour leurs écoles. À l'ombre des missions rivales se développa ensuite à Ourmi une grande activité littéraire, influencée par l'Occident, comme en témoignent les quatre journaux qui y paraissaient au début du siècle : Zahrire dBara (presbytérien), Qala dChrara (catholique), Urmi Ortodoksayta (russe), Kawkva (indépendant). Cette production fut dispersée lors de la Première Guerre mondiale et il fallut attendre le milieu du siècle pour voir paraître régulièrement, à Téhéran, une revue, Gilgamesh (1952-1961), dirigée par Nemrod Simono.

Les aïssors

De 1930 à la Seconde Guerre mondiale, des « assyriens » (aïssors) d'U.R.S.S. firent paraître des livres en soureth écrit en caractères latins et utilisant une transcription phonétique, ainsi la grammaire de Konstantin Marogoulov. Ces ouvrages, malgré leur diffusion limitée, jouèrent un grand rôle dans le regain d'intérêt que manifestèrent, à partir de 1960, les linguistes occidentaux pour le néoaraméen ; elle s'éteignit lorsque cessa la faveur du « nouvel alphabet », et il semble qu'il n'y ait plus, de nos jours, d'activité culturelle araméenne en Russie.