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littérature gnostique

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire mondial des littératures ».

Si le terme « gnose » désigne toute forme de connaissance ésotérique porteuse d'illumination ou de salut, celui de "gnosticisme" désigne très précisément un courant de pensée qui s'est développé du Ier au ve siècle de notre ère en marge du christianisme, au nom d'une interprétation supérieure de ses textes, selon une tradition secrète fortement marquée de dualisme et censée procurer à son détenteur le salut. Les ouvrages des gnostiques ont malheureusement sombré dans le naufrage de leurs sectes, victimes de leurs rivalités et de la lutte implacable que leur livra la Grande Église. Si l'on ne tient pas compte des informations partielles et partiales fournies dans leurs notices par les hérésiologues (Irénée, Hippolyte, Épiphane, voire Tertullien), nos sources d'informations directes se ramènent à deux types de documents.

Ouvrages et fragments conservés par la tradition hérésiologique

Le seul ouvrage gnostique qui nous ait été transmis intégralement par la tradition hérésiologique est la Lettre à Flora du valentinien Ptolémée, conservée chez Épiphane. L'auteur discerne trois parties dans la Loi : l'une donnée par Dieu, que le Christ a accomplie ; la seconde, par Moïse, qu'il a abolie ; la troisième, par les Anciens du peuple, qu'il a spiritualisée. Il distingue d'autre part le Démiurge, créateur et législateur, du Dieu parfait. On trouve aussi chez Clément et Origène d'importants fragments des valentiniens Théodote et Héracléon.

Ouvrages conservés dans des traductions en langue copte

Les ouvrages conservés en traduction forment notre source d'information la plus importante. À la fin du ive siècle ou au début du ve, des chrétiens égyptiens en dissidence avec l'Église officielle recueillirent, traduisirent et recopièrent les ouvrages gnostiques qui avaient survécu. C'est de ces « gnostiques » de la dernière génération que proviennent les cahiers (codices) de papyrus retrouvés à l'époque moderne. Ils sont classés selon leurs lieux de conservation, par ordre chronologique de leur découverte. [Sont indiqués d'abord l'initiale du lieu de conservation, puis le numéro d'ordre du cahier en chiffres romains, enfin le classement de l'ouvrage à l'intérieur du cahier.]

L (Londres, Brit. Mus. Addit. 5114)

Ce parchemin de 178 feuillets, auquel on a donné pour titre Pistis Sophia, a été acquis v. 1750 par A. Askew chez un libraire londonien, et comprend quatre parties. La première, composée de dialogues entre Jésus, Marie-Madeleine et les disciples, porte sur l'interprétation des Psaumes de David et des Odes de Salomon en fonction de la chute et de la repentance de Sophia. La deuxième donne la suite des dialogues : sauvetage de Sophia et ses conséquences pour l'âme individuelle. La troisième est constituée de dialogues didactiques sur la nature du péché et de la repentance à partir d'exégèses de logia de Jésus. Les dialogues de la dernière partie ont un caractère eschatologique très prononcé. Jésus y révèle les secrets de l'univers astral, formule les noms ineffables du Père des lumières et des éons – entité éternelle comme son nom l'indique, et divine, émanée du plérôme, monde supérieur formé par l'ensemble des éons – et met en place les rites incantatoires qui assureront aux disciples la possession de la gnose.

O (Oxford, Bodl. Bruc. 96)

Rapportée d'Égypte au milieu du xviiie siècle par le voyageur écossais James Bruce, cette collection incomplète et en très mauvais état renferme deux ouvrages : 1. Livre du grand traité initiatique : recueil de recettes et de mots de passe, qui ont pour fonction de faciliter à l'élu la traversée des mondes planétaires. 2. Topographie céleste : ouvrage qui expose, dans une succession ininterrompue d'invocations liturgiques, les hiérarchies du premier principe décrit comme existant et inexistant, au-delà des essences et source des essences, négateur de toute catégorie de parenté, de pensée, de langage et de nombre mais en même temps affirmé comme père, intellect, démiurge, premier et second, à la fois extérieur aux séries qui découlent de lui et intérieur à elles, parce que c'est lui qui les fonde, les meut et les pense et parce qu'elles sont « foi, espérance, amour et vérité » de lui-même.

B (Berlin, P. Berol, 8502)

Acquis en 1896 au Caire par Carl Schmidt, ce papyrus contient quatre écrits : 1. Évangile selon Marie : exégèse paraphrastique de quelques préceptes évangéliques. 2. Livre des secrets de Jean : exposé complet de la doctrine gnostique – monde d'en haut (Père-Mère-Fils), monde d'en bas (démiurge, sphères et corps humain), rétribution et retour. 3. Sagesse de Jésus : adaptation de la Lettre d'Eugnoste (voir infra) au genre littéraire des révélations. 4. Acte de Pierre : épisode de la légende de Pierre : la fille de l'apôtre échappe par la paralysie à un prétendant, qui se convertit et meurt.

C (Le Caire, P. Cairo Mus. Copt. 4851, 10544-55, 10589-90, 11597, 11640)

Retrouvée dans la région de Nag 'Hammadi (Haute-Égypte) en 1945, cette collection comprend treize cahiers, contenant une soixantaine de traités, dont les plus importants sont : I, 3. Évangile de vérité, méditation évangélique d'inspiration valentinienne ; I, 5. Traité tripartite, somme de théodicée, psychologie et morale, proche des cercles valentiniens ; II, 2. Évangile selon Thomas, collection de 114 dits (logia) attribués à Jésus ; II, 3. Évangile selon Philippe, méditation d'un rituel initiatique, écrite dans le genre littéraire des dits attribués à Jésus ; II, 7. Livre de Thomas l'athlète, sentences ascétiques dans le cadre d'un entretien entre Jésus et Thomas, avec série de malédictions ; III, 3. Eugnoste, exposé sur la continuité des chaînes divines et angéliques ; V, 2. Apocalypse de Paul, gloses sur 2 Corinthiens 12, 2-4, dans le style des apocalypses juives ; VI, 1. Actes de Pierre et des douze apôtres, intrigue romanesque sur le thème des voyages et prédications apostoliques ; VI, 6. L'Ogdoade et l'Ennéade, description de l'ascension spirituelle de l'âme ; VII, 2. Second Traité du grand Seth, méditation sur la passion du Christ et celle des croyants ; VII, 3. Apocalypse de Pierre, méditation sur la mort de Jésus ; IX, 3. Témoignage de vérité, homélie polémique sur le renoncement au monde et aux formes de christianisme suspectes de judaïser.