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frénétique

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire mondial des littératures ».

Le courant « frénétique » en littérature correspond à l'exaltation de toutes les puissances de l'homme, hors du contrôle de la raison et des lois morales ou sociales. Il se caractérise par l'exaspération de la sensibilité ou de la sensualité, le refus des conventions qui pourraient entraver le libre jeu de l'imagination, la recherche d'une expression renouvelée apte à rendre compte des expériences extrêmes, au risque parfois d'être grand-guignolesque. Analysée avec curiosité par les philosophes des Lumières, la « frénésie » traverse la littérature « sensible » du xviiie siècle pour trouver son expression la plus aboutie chez Sade. Mais il revient à l'époque romantique, avec l'apport fantastique du « roman noir » anglais, d'en avoir fait un principe esthétique qui trouve ses expressions les plus intéressantes chez Nodier (Jean Sbogar, 1818 ; Smarra, 1821), les jeunes Balzac (le Centenaire, 1822) et Hugo (Han d'Islande, 1825), mais aussi dans l'école que constituent Petrus Borel, O'Neddy, Philarète Chasles, voire Xavier Forneret. Alors que, chez Baudelaire, l'inspiration frénétique est en tension avec la quête d'un beau idéal, elle atteindra un crudité renouvelée avec Lautréamont et trouvera de nombreux héritiers chez les écrivains fin-de-siècle puis les surréalistes. Hanté par la figure de Satan, travaillé par l'idée d'ambiguïté, le frénétique use de références conventionnelles pour les inscrire dans des situations paradoxales ou extrêmes qui permettent d'en révéler les potentialités esthétiques nouvelles. On trouve, dans cette démarche, l'évidence d'une interrogation souvent désespérée des contradictions qui torturent un moi tenté par toutes les perversions mais aussi et surtout d'un langage confronté à ses incapacités expressives.