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le dégel

(Ottepel)

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire mondial des littératures ».

L'expression désigne une période de libéralisation de la littérature soviétique inaugurée en 1954, lors du iie Congrès des écrivains qui avait assoupli la notion de « réalisme socialiste ». Cette même année avaient paru quatre articles signés par des écrivains reconnus qui réclamaient un renouveau : en poésie, Olga Berggolts (1910-1975) et Vera Inber (1890-1972), auteurs, toutes deux, de recueils consacrés au martyre de Léningrad, déploraient l'absence de la veine lyrique dans la production contemporaine, tandis qu'en prose Ehrenbourg et surtout Vladimir Pomerantsev (1907-1971), avec son article « De la sincérité en littérature », en appelaient à l'honnêteté de l'écrivain. C'est d'ailleurs un roman d'Ehrenbourg (le Dégel, 1954), qui donne le ton, en même temps qu'un nom, à la période ; la métaphore naturelle, transparente, est utilisée aussi par Vera Panova (1905-1973), dont le roman les Saisons aborde, toujours en 1954, des problèmes d'éthique sociale.

Le xxe congrès (1956) et le « rapport secret » de Khrouchtchev entérinent la libéralisation. Le roman de Vladimir Doudintsev (né en 1918), paru la même année, porte un titre emblématique, L'homme ne vit pas seulement de pain. Le monde littéraire connaît alors une période d'effervescence, largement soutenue par les revues Novyï Mir, de Tvardovski, et Iounost', de Kataïev. Il s'agit d'une véritable révolution esthétique : la nouvelle devient un genre dominant, en réaction au roman-fleuve de célébration du socialisme, la science-fiction se développe, avec en particulier Ivan Efremov (1907-1972) et les frères Strougatski, Arkadi (1925-1991) et Boris (né en 1933). Un des grands moments du dégel est la publication des œuvres de Soljenitsyne, mais cette période voit aussi apparaître tout un groupe d'écrivains (la « jeune prose ») comme Aksyonov, Aïtmatov, Bitov, Naguibine, Tendriakov, Voïnovitch, ou encore Iouri Bondarev (né en 1924), Vassili Bykov (né en 1924), Anatoli Gladiline (né en 1935), le nouvelliste Iouri Kazakov (1927-1982), le satiriste Fazil Iskander (né en 1929), Pavel Niline (1908-1981), qui tous, avec une réussite inégale, mettent au centre de leurs livres des préoccupations éthiques (l'individuel prend le pas sur le collectif) et sociales (critique de la bureaucratie, de la collectivisation, de la répression stalinienne). La prose n'est pas, et de loin, le seul vecteur de liberté. Des poètes comme Akhmadoulina, Evtouchenko, Voznessenski, Boulat Okoudjava, auteur-compositeur (1924-1997), réunissent un public considérable lors de leurs apparitions en public.

Cette brève échappée sur la liberté, qui voit aussi la réédition d'auteurs des années 1920 et 1930 mis à l'index (Boulgakov, Platonov, Zochtchenko...) et la publication d'œuvres occidentales, est compromise dès la persécution de Pasternak, qui dut renoncer au prix Nobel (1958), et s'achève avec la condamnation de Brodski (1864) puis le procès de Daniel et Siniavski (1966). À l'ère du « dégel » succède celle du samizdat : c'est ainsi que l'on désigne en russe l'ensemble des techniques utilisées pour reproduire à l'insu des autorités des textes interdits, ceux des écrivains « dissidents ».