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poésie didactique

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire mondial des littératures ».

Toute œuvre littéraire écrite pour donner un enseignement appartient au genre didactique. La plupart des littératures offrent des ouvrages destinés à présenter, sous une forme littéraire, des conseils relatifs à la morale, à la religion, aux techniques : les classiques chinois, les sutras de l'Inde, les apologues et les fables, et les ouvrages destinés à l'éducation ou à la vulgarisation scientifique. Le terme s'applique plus spécifiquement à un genre de poésie qui prend pour sujet l'exposé d'une doctrine, de connaissances scientifiques ou techniques. Cette poésie s'impose dans le développement des formes poétiques par l'adéquation entre la concision et le rythme du vers et le propos pédagogique qui réclame simplicité et effet mnémotechnique. Le proverbe, la formule gnomique, attestée en Égypte, dans la Chine ancienne, dans la littérature sanskrite (Hitopadesa), particulièrement florissante en Grèce au vie s. av. J.-C. (Solon, Simonide), s'accordent au pouvoir de sentence que portent le mètre et la rime. Les poèmes philosophiques de Xénophane, de Parménide, d'Empédocle, les Vers dorés de Pythagore confirment l'importance du genre dont Hésiode (les Travaux et les Jours, viiie s. av. J.-C.) est le plus ancien témoin. Chez les Latins, le souci pratique s'allie étroitement à l'intention esthétique, avec Lucrèce (De natura rerum), Virgile (les Géorgiques), Horace (Art poétique), Ovide (les Fastes et l'Art d'aimer), Manilius (les Astronomiques), Columelle (les Jardins), et une poésie d'auteurs chrétiens (Commodien, Prudence), qui exposent le contenu du dogme. La littérature médiévale est, en un sens, par son propos religieux et moral, entièrement didactique. Le caractère propre du genre n'apparaît cependant que dans les bestiaires, les lapidaires, les poèmes religieux ou moraux (Distiques de Caton, Proverbes, Débats de l'âme et du corps) et au théâtre dans les moralités. En ce sens, la période la plus significative aura été celle de la Renaissance. La poésie scientifique constitue moins alors un genre littéraire qu'elle ne correspond à un ensemble d'œuvres qu'unit une visée commune : la connaissance de l'Univers, dans ses manifestations visibles comme dans ses lois secrètes. Cette poésie englobe les « sciences » de l'époque (l'astronomie, la physique, la botanique, la zoologie, l'alchimie, etc.), la théologie et la « philosophie ». Ses objets appartiennent à un fonds gréco-latin (Hésiode, Lucrèce, Virgile, Ovide), italien (Marrulle), voire médiéval (Dante, Jean de Meung), auquel les poètes humanistes ne se sont pas fait faute de puiser largement. Les poètes de la Pléiade ont les premiers assigné à la poésie rénovée la réflexion sur les grands problèmes de la philosophie et la connaissance des lois de l'Univers. L'exemple de Ronsard avec ses deux livres d'Hymnes (1555-1556) est suivi dans la seconde moitié du siècle par de nombreux poètes dont les uns se rattachent, directement ou indirectement, au groupe même de la Pléiade (Baïf, auteur des Météores, Belleau, auteur des Amours et Nouveaux Eschanges des pierres précieuses, Scévole de Sainte-Marthe, auteur des Premières Œuvres), d'autres au groupe, apparenté au précédent, des poètes lyonnais (Scève, auteur du Microcosme), et dont les derniers, à la fin du siècle, gravitent dans l'orbite de Du Bartas (dont les deux Semaines constituent le plus long poème encyclopédique du siècle). Au xviie siècle, l'Art poétique de Boileau mêle le projet moral aux conseils de technique littéraire. Le xviiie siècle, marqué à la fois par l'appétit de savoir et le goût pour la poésie descriptive, retrouve le didactisme pastoral (les Saisons de Thomson, les Jardins et l'Homme des champs de Delille, les Mois de Roucher) et le didactisme scientifique (l'Épître sur la philosophie de Newton et les Discours sur l'homme de Voltaire, les importants fragments de l'Hermès et de l'Amérique, laissés par Chénier, la poésie latine des physiocrates). Les poètes du xixe siècle se montrent pour la plupart assez réticents à l'égard du progrès et du monde technique. Les ambitions de la poésie didactique sont devenues restreintes, célébrant la locomotive (Soulary, Whitman, Verlaine, Campoamor, Verhaeren, Larbaud, Cendrars), l'automobile (Saint-Georges de Bouhélier), l'avion (Apollinaire, Jouve, Cocteau), ou elle se réfugie dans le jeu ou la dérision, chez Queneau par exemple (Petite Cosmogonie portative, 1950).

La littérature didactique, entendue comme une littérature à intention démonstrative, subsiste particulièrement dans la littérature destinée à l'enfance et à la jeunesse. Mais ce didactisme ne fait qu'aviver les débats anciens sur le partage entre la propriété esthétique et le devoir d'instruire. Ce débat a été renouvelé à l'époque moderne par le théâtre à thèse, issu du moralisme bourgeois des Lumières, de Dumas fils et d'Ibsen à Sartre, et par les pièces didactiques de l'agitprop ou de Brecht (Lehrstücke) qui associent le public à la « fabrication » du sens.