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Boris Vian

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire mondial des littératures ».

Écrivain français (Ville-d'Avray 1920 – Paris 1959).

Destin ironique que celui de cette vie littéraire essentiellement posthume, qui a fini par résumer la génération du Saint-Germain-des-Près de l'après-guerre : « les années Vian » (P. Galbeau). Vian avait dès 1950 évoqué le quartier existentialiste et sa faune dans un Manuel, qui ne sera publié qu'en 1974. Il tentait d'y révéler la vérité sur une époque, lui qui d'emblée avait choisi le masque : il se diluait dans les multiples rôles d'ingénieur (il avait été reçu à l'École centrale en 1939), de trompettiste au « Tabou », de joueur d'échec, de chroniqueur aux Temps modernes (il y tint la « Chronique du Menteur » en 1946), de critique de jazz (il évoquera dans En avant la zizique en 1958 sa collaboration à Jazz-hot et ses articles seront réunis dans Écrits sur le jazz en 1981 et 1982), de traducteur (le Bluffeur de James Cain, l'Homme au bras d'or de Nelson Algren, le Client du Matin de Brendan Behan, mais aussi l'Histoire d'un soldat du général Bradley), de parolier et interprète de chansons (son Déserteur aura un succès de scandale pendant la guerre d'Algérie), de peintre (il a dessiné des mécaniques étranges comme une « machine à confesser ») et de sculpteur (il a produit de curieux personnages en bois). Son double littéraire, Vernon Sullivan, connaissait la célébrité avec J'irai cracher sur vos tombes (1946), Elles se rendent pas compte (1948), Et on tuera tous les affreux (1948), alors que les romans signés de son nom (Vercoquin et le plancton, 1946 ; l'Écume des jours, 1947) restaient superbement ignorés, sauf du Collège de pataphysique qui appréciait (très particulièrement Queneau) son humour désespéré hérité de Jarry et qui l'accueillit en son sein en 1952 comme « Transcendant Satrape ».

Boris Vian tendait ainsi la clef de son milieu et de son temps mais, parce qu'il avait choisi en une période de conformisme engagé l'ironie funambulesque, personne ne croyait à la réalité du poète (les Cent Sonnets, 1941-1944 ; Barnum's digest, 1948 ; Cantilènes en gelée, 1950 ; Je voudrais pas crever, 1962) pas plus que du romancier (l'Automne à Pékin, 1947 ; l'Herbe rouge, 1950). Toute sa démarche entre le surréel et l'absurde pourrait être définie par l'Arrache-Cœur (1953) et par la verve parodique de son théâtre (l'Équarissage pour tous, 1950 ; le Goûter des généraux, 1951 ; les Bâtisseurs d'empire, 1959) que l'on retrouve dans les Petits Spectacles (1977), recueil des textes pour le théâtre de cabaret. Outre des nouvelles (les Fourmis, 1949 ; Loup-garou, 1964 ; le Ratichon baigneur, 1981), on doit encore à Boris Vian des livrets d'opéra : le Chevalier de neige (1957), sur une musique de Georges Delerue, et Fiesta (1958), pour Darius Milhaud. Partout règnent l'amour fou, l'invention verbale et l'attrait nostalgique pour un merveilleux doux-amer.