En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêts, réaliser des statistiques ainsi qu’interagir avec des réseaux sociaux.

Pour en savoir plus et paramétrer les cookies

Identifiez-vous ou Créez un compte

Michel Tournier

Michel Tournier
Michel Tournier

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire mondial des littératures ».

Écrivain français (Paris 1924-Choisel, Yvelines, 2016).

Issu d'une famille imprégnée de Germanistik, il s'intéresse tout naturellement à l'Allemagne, dont il hérite le goût de la philosophie (spécialement celle de Leibniz), soutient en Sorbonne un diplôme sur Platon (1946), séjourne à Tübingen (1946-1949). Son échec à l'agrégation de philosophie l'oriente vers la radio (jusqu'en 1954), puis vers le journalisme et l'édition (1958-1968), avant que s'affirme sa vocation d'écrivain. Dans des romans de facture classique (« Mon propos n'est pas d'innover dans la forme, mais de faire passer dans une forme aussi traditionnelle, préservée et rassurante que possible une matière ne possédant aucune de ces qualités »), il entreprend d'écrire « des histoires qui auraient l'odeur du feu de bois, des champignons d'automne ou du poil mouillé des bêtes », mais qui seront « secrètement mues par les ressorts de l'ontologie et de la logique matérielle ».

Vendredi ou les Limbes du Pacifique (1967) acquiert une célébrité instantanée à ce « romancier au teint quelque peu basané par le soleil métaphysique ». Sous couvert de raconter à sa façon la mésaventure rendue fameuse grâce à Defoe, l'écrivain subvertit d'emblée l'ordre des choses : ce n'est plus du « civilisé » qu'il va d'abord s'agir, mais du « sauvage ». Le renversement des perspectives est à nouveau présent dans le Roi des Aulnes (1970) : reprenant la parabole d'Abel et Caïn, le livre raconte l'histoire d'une sorte d'ogre, qui, après avoir rabattu des enfants pour les nazis, porte sur ses épaules, tel saint Christophe, un petit garçon juif qu'il tente de sauver, jusqu'à la mort dans les tourbières – réactualisant ainsi, tout en le dévoyant, le mythe populaire que célébrait la ballade de Goethe. C'est dire que l'ambiguïté est au cœur de l'œuvre. La trame principale du troisième roman, les Météores (1974), est constituée par le problème, central, de la gémellité (via Castor et Pollux) – entrecroisé avec le fantasme de l'androgynie –, auquel se mêlent les rapports du cosmique à l'humain, l'entrelacs du temps et de l'espace, les thèmes de la signification et de la pureté (perçue en tant que principe destructeur).

Le mythe personnel de l'écrivain s'étoffe avec le Vent Paraclet (1977), autobiographie intellectuelle que prolongeront les brefs essais de Célébrations (1999). Avec Gaspard, Melchior et Balthazar (1980), Tournier déconcerte en apparaissant comme romancier chrétien, tout en portant sur Jeanne d'Arc un regard non conformiste (Gilles et Jeanne, 1983). Dans le Vol du vampire (1982), il soutient que le livre se nourrit de la substance du lecteur. De façon comparable, l'allégorie de la Goutte d'or (1985) met en scène un jeune Bédouin, qui croit que son âme a été capturée par un cliché. Auteur de recueils de contes (le Coq de Bruyère, 1978) ou de nouvelles (le Médianoche amoureux, 1985), Tournier, cofondateur des Rencontres internationales de photographie d'Arles, a également produit plusieurs ouvrages sur cet art (Miroirs, 1973 ; Des clés et des serrures, 1979 ; Rêves, 1979 ; Vues de dos, 1981). Au-delà de la diversité apparente, l'unité de l'œuvre est certaine : convoquant la figure de Moïse, Éléazar ou la source et le buisson (1996), par exemple, recoupe les réflexions sur la peinture, consignées dans le Tabor ou le Sinaï (1988). Vagabond immobile (1984), Tournier vit, entre deux périples, dans un presbytère de la vallée de Chevreuse, où il poursuit sa carrière paradoxale de « métèque de la littérature », prétendant réserver aux enfants le meilleur de son œuvre : Vendredi ou la Vie sauvage (1977), Pierrot ou les Secrets de la nuit (1979), Barbedor (1980), la Couleuvrine (1994).