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Tibet

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire mondial des littératures ».

La littérature tibétaine s'inscrit dans une tradition millénaire. Les premiers textes remontent au viie s. apr. J.-C., époque présumée de l'invention de l'écriture selon la tradition tibétaine. Par sa qualité, son originalité et son volume, la littérature du Pays des neiges compte parmi les plus importantes littératures d'Asie. Orale ou écrite, en prose ou en vers, elle aborde tous les domaines du savoir (religion, médecine, histoire, philosophie, etc.). La grande diversité des genres tout comme l'ampleur des œuvres (qui ont souvent un caractère encyclopédique) témoignent de l'éclectisme et de la prolixité des auteurs tibétains. Maîtres religieux hautement reconnus, ils sont également des grands érudits polyvalents. Les nombreux volumes de leurs œuvres complètes (gsung-'bum) comportent souvent plusieurs centaines de titres. Les aphorismes de Sa-skya pan-di-ta (xiie s.), les chants de Mi-la ras-pa (xive s.), les poèmes du vie dalaï-lama ou, encore, l'épopée de Gesar de Gling font déjà partie du patrimoine littéraire mondial.

D'un point de vue diachronique, les étapes majeures de la littérature tibétaine coïncident avec les grandes périodes de l'histoire tibétaine. Selon la tradition, ces périodes sont les suivantes :

La période mythique ou prélittéraire (? – vie s. apr. J.-C.)

On ne possède aucune information historique précise sur la période comprise entre l'origine mythique du Tibet et le VIe  s. apr. J.-C. Aucun document écrit ne nous est parvenu. Tout ce qu'on peut dire sur l'histoire de cette période prélittéraire repose sur des sources tardives. Selon ces sources, aucun système d'écriture n'existe au Tibet avant le viie s. En 632, l'empereur Srong-btsan sgam-po envoie en Inde Thon-mi Sam-bho-ta afin d'y apprendre une écriture pour la langue tibétaine. Le modèle adopté est l'écriture du Cachemire. Les sources tardives abondent en mythes et en légendes qui narrent les grands événements de la période prélittéraire au Tibet. On y retrouve le mythe de la naissance de la race tibétaine par l'union d'un singe avec une démone des rochers, la narration de l'origine du premier roi mythique gNya'-khri btsan-po tombé du ciel sur une montagne au sud-est du Tibet, etc. Les sources tardives attestent également l'importance socio-politique de la littérature orale au Tibet prélittéraire. Elles nous apprennent qu'à l'époque mythique les monarques tibétains gouvernaient par les sgrung (contes), les lde'u (énigmes) et le bon (un type de rituel), la narration rituelle des contes (mythes d'origines) et des énigmes (expression du pouvoir divinatoire du roi), et la pratique de rituels bon assurant l'harmonie cosmique et sociale du pays.

La littérature ancienne (viie ixe  s.)

Les premières sources écrites tibétaines remontent au viiie s., environ un siècle après la « création » de l'écriture et de la grammaire, et l'introduction du bouddhisme au Tibet sous le règne de l'empereur Srong-btsan sgam-po (629-650). Une faible partie de ces sources est épigraphique : édits, traités de paix, inscriptions politiques et militaires gravées sur des stèles tout d'abord, mais aussi sur des cloches et des rochers. Leur distribution géographique est assez circonscrite. Elles sont localisées au Tibet central, notamment entre la région de Lhassa et la vallée de Yar-lung, le centre du pouvoir politique pendant la période ancienne. L'inscription sur la stèle de Zhol, aux pieds du Potala, datée de l'année 767 (764, selon certaines sources), est l'écrit tibétain ancien le plus connu pour le moment. La stèle de bSams-yas (780 environ) est le document le plus ancien sur le bouddhisme au Tibet. L'inscription bilingue (tibétain-chinois) de 822 sur la stèle située hors du Jo-khang (la cathédrale de Lhassa) valide le traité de paix signé entre l'empire tibétain et la Chine des Tang après plus de 200 ans de relations conflictuelles. Outre les sources épigraphiques, une très grande partie des sources écrites tibétaines anciennes consiste en des manuscrits – du nom du site où ils ont été retrouvés – qui sont connus en Occident, tels les manuscrits tibétains de Dunhuang (MTD ; tib. yig rnying, « textes anciens »). On date l'ensemble de ces manuscrits entre le viiie et le xe s. Les MTD sont les premiers documents authentiques que nous possédions.

Les manuscrits tibétains de Dunhuang (MTD)

Enfermés dans une des grottes du sanctuaire rupestre de Qian fo dong à Dunhuang (province chinoise du Gansu) depuis le début du xie s., les manuscrits de Dunhuang sont découverts par hasard, à la fin du xixe, pendant la restauration des peintures murales de l'ancien site religieux. Un moine taoïste découvre alors une bibliothèque murée contenant des milliers de manuscrits plurilingues (chinois, tibétain, khotanais, sogdiane, ouïgour) qu'il vend à des délégations étrangères (la mission sir Aurel Stein et la mission Paul Pelliot). Des portions moindres des manuscrits sont conservées à Leningrad, à Pékin et à Taibei. L'état de conservation des manuscrits est mauvais. Il s'agit souvent de fragments, ce qui rend le travail d'interprétation et de traduction très ardu. La question de savoir pourquoi et comment ces manuscrits ont été enfermés à Dunhuang reste irrésolue. Pour ce qui est des manuscrits en tibétain, on notera que le site de Dunhuang est très éloigné par rapport au centre du pouvoir tibétain, qui, à l'époque ancienne, siège dans la région de Lhassa. Pourquoi enfermer un tel trésor littéraire aux frontières de l'empire tibétain ? Les sources historiques à notre disposition ne répondent guère à cette question. On sait simplement que Dunhuang (garnison chinoise et étape fondamentale sur la Route de la soie à l'époque de l'empire tibétain ancien) tombe aux mains des Tibétains entre 787 et 851. Aucune mention des MTD n'est faite dans les sources tibétaines tardives. Parmi les MTD, on trouve des textes religieux aussi bien que laïques. La nervure bouddhiste (qui deviendra un trait spécifique de la littérature classique tibétaine) n'est pas une caractéristique déterminante de la littérature tibétaine ancienne. Le bouddhisme (qui vient d'être introduit au Tibet) est adopté et soutenu par une partie de la noblesse et de la cour, mais pas encore enraciné dans la population. Les MTD comportent des chants, des mythes et des légendes ancestrales, des textes de rituels bon, des textes divinatoires, des traités et dessins de médecine humaine et animale, des textes administratifs, commerciaux et juridiques, des aphorismes moraux en vers ou sous forme de proverbes. Certains textes sont bi-trilingues (par exemple chinois-tibétain). D'autres sont la transcription phonétique en écriture tibétaine de textes étrangers (le Livre des mille mots, par exemple, écrit en chinois avec une transcription phonétique tibétaine). On possède des adaptations de contes indiens (le Ramayana, le Roman de Rama) et chinois, des traductions ou des adaptations des textes canoniques indiens (de nombreux fragments du Sutra de la perfection de la sagesse) et des classiques chinois (le Livre des Shang ; le Classique de l'histoire, etc.). Des glossaires bilingues sino-tibétains et sanscrit-tibétains (le Mahavyuttpatti) nous sont également parvenus, tout comme des catalogues détaillés des textes bouddhistes traduits (le Dan-kar-ma). Ces textes, au xiiie s., seront réunis pour former le canon du bouddhisme tibétain. Pour ce qui est de la littérature bouddhiste dans les MTD, on notera que les textes tantriques sont peu nombreux. En revanche, on trouve une certaine quantité d'écrits doctrinaux sur le bouddhisme chan chinois, qui joue un rôle important au Tibet ancien. Le travail de traduction a une grande importance dans le processus d'évolution de la littérature tibétaine ancienne (mais aussi classique et moderne). En effet, cette activité contribue énormément à enrichir le substrat culturel indigène tibétain. Elle témoigne également de l'ampleur des contacts que les Tibétains ont toujours eus avec les cultures voisines (Inde, Chine, Mongolie, peuples turcs et arabes). Les sources nous parlent de l'école de traducteurs dirigée par l'empereur Khri-srong lde-btsan (755-797) et des ateliers de traduction sous Sad-na-legs (804-815). Parmi les MTD, on a trouvé également deux manuscrits historiques : les Annales impériales du Tibet et la Chronique tibétaine ancienne. Un nombre très important de chants ont été trouvés parmi les MTD. Accompagnés par de la musique et par des danses, ces chants traitent un contenu laïque (chants de célébration, commémoration, confrontations verbales) ou moral (à la manière des dictons). Les vers sont organisés en strophes de deux ou trois lignes de cinq ou six syllabes. Le mètre employé est le dactyle. Le rythme est rapide et concis, la rime n'est point utilisée. L'emploi des métaphores, des parallélismes, des épithètes, des mots trisyllabiques et des syllabes redoublées qui n'ont pas un sens lexical précis et qui servent d'onomatopées (kyi-li-li, me-re-re, spu-ru-ru) est fréquent.

La période intermédiaire (ixexe s.)

Selon la tradition, l'assassinat de Glang-dar-ma (empereur hostile au bouddhisme) en 842, par un moine bouddhiste tibétain marque la fin de l'empire tibétain ancien et, symboliquement, de la période ancienne en littérature. Pendant environ deux siècles, jusqu'à l'arrivée du grand maître indien Atisa au Tibet en 1042, le Tibet central connaît un véritable déclin politique, religieux et moral. Politiquement, on assiste à la partition du pays. La persécution du bouddhisme est violente, les temples sont détruits et ravagés, les moines dispersés. Ces destructions épargnent l'est et l'ouest du Tibet, où certains religieux (laïcs et ordonnés) se réfugient et constituent des communautés religieuses ; ils auront un rôle majeur au moment de la renaissance du Tibet au xie s. Nous ne possédons aucune source écrite remontant à cette période de chaos. Un hiatus littéraire de presque deux siècles rend sa connaissance très problématique.

La littérature classique (xiexixe s.)

La renaissance religieuse, culturelle et politique du Tibet pendant la deuxième période de diffusion du bouddhisme (phyi-dar, xie-xixe s.) débute symboliquement avec deux voyages importants : le voyage en Inde du grand traducteur Rin-chen bzang-po (958-1055), qui part à la recherche des traditions et des textes originaux du bouddhisme, et l'arrivée au Tibet du grand maître indien Atisa en 1042. À côté de son enseignement, il entreprend un travail énorme de traduction et de compilation littéraires. Après les désordres des siècles précédents, la vie politique et religieuse doit être réorganisée au Tibet central. Les monastères sont reconstruits et repeuplés et une importante activité de traduction de textes bouddhistes est organisée. Elle culminera, au xiiie s., dans la compilation du canon du bouddhisme tibétain réalisée par Bu-ston rin-po-che (1290-1364), dont diverses éditions renouvelées, manuscrites et xylographiques, seront compilées et éditées aux siècles suivants. Un facteur majeur contribuant à la renaissance du Tibet au xie  s. consiste en la constitution des lignées religieuses qui s'organisent autour d'importants réseaux monastiques (Zha-lu, fondé en 1027 ; Rwa-sgreng, 1057 ; Sa-skya, 1073). Certaines lignées acquièrent des rôles économiques, politiques et culturaux très importants, et les monastères deviennent les centres de la vie. Pour ce qui est de la vie littéraire, jusqu'au xxe s., les imprimeries et les grandes bibliothèques tibétaines se trouvent dans les monastères et les religieux, détenteurs et agents privilégiés du savoir, constituent la presque-totalité de l'élite alphabétisée. C'est pourquoi, pendant la période classique, la littérature tibétaine devient indissociable de la religion, ce qui ne signifie pas pour autant qu'elle se voue uniquement à une sorte de scolastique de textes doctrinaux. La religion représente la source d'inspiration et la toile de fond d'une littérature qui se veut didactique et édifiante. La littérature (orale et écrite) constitue le moyen privilégié de vulgarisation de la doctrine. Ni les textes scientifiques et techniques (médecine, astrologie, arts), ni les genres plus laïques (historiques ou géographique) n'échappent à cette orientation religieuse du savoir. À partir du xiiie s., une véritable relecture et réécriture rétrospective de l'histoire politique, culturelle et littéraire du Tibet dans un sens bouddhiste commence à s'opérer. L'histoire de la civilisation tibétaine devient alors l'histoire de la naissance et de la diffusion du Dharma. Une très grande partie des sources littéraires tibétaines accessibles en Occident et étudiées jusqu'à présent appartenant à la période classique, leur publication a considérablement influencé l'image que les spécialistes se sont faite de la littérature tibétaine. Pendant la deuxième période de diffusion du bouddhisme, le prestige religieux et culturel tibétain est grand et se diffuse hors des frontières tibétaines. Pour divers peuples d'Asie centrale, le tibétain classique devient la langue de la culture, son prestige étant comparable à celui du latin dans l'Europe médiévale. En littérature, de nombreux genres littéraires nouveaux (qui deviendront les genres classiques par la suite) voient le jour. On notera la prédilection des Tibétains pour la poésie au détriment de la prose, une très grande partie de la production littéraire tibétaine étant en vers. Un changement métrique important s'opère dans la poésie tibétaine pendant la période classique, le pied trochée remplaçant le dactyle. Un style littéraire très utilisé dans tous les genres de la littérature tibétaine consiste en l'alternance, dans un même texte, de prose (pour les narrations et les descriptions) et de poésie (pour les dires des personnages). La structure des textes classique tibétains varie par rapport à la diversité des genres, mais un format de base revient souvent. Il comporte la page de titre, l'invocation au maître, le texte proprement dit et le colophon (à la fin) qui détaille le nom de l'auteur (voire, commanditaire ou scribe), le lieu et la date de rédaction. C'est seulement dans les années 1950 que les livres en format moderne occidental se diffusent au Pays des neiges. Les livres traditionnels (dpe-cha) rectangulaires sont composés de feuilles non reliées écrites à la main (manuscrits) ou ronéotypées. L'impression sur planches de bois gravées est introduite de Chine vers la fin du xie s.

Les genres littéraires tibétains classiques

La littérature historiographique

De nombreux genres de la littérature tibétaine classique traitent de sujets historiques, mais c'est le genre du chos-'byung (litt. « apparition de la doctrine ») qui se répand d'une manière importante pendant la deuxième période de diffusion du bouddhisme. L'histoire envisagée dans les chos-'byung est celle du bouddhisme dans son pays d'origine et de sa diffusion tant au Tibet que dans les pays voisins (Chine et Mongolie). La narration des faits historiques suit un plan constant qui retrace l'histoire du Tibet depuis ses origines jusqu'aux événements les plus récents par rapport à l'auteur. Les chos-'byung sont des ouvrages historiques d'une grande envergure. D'une part, ils sont conçus comme des textes complexes et composés (constitués de parties diverses qui peuvent être autonomes : textes dynastiques, chronologies, généalogies, annales monastiques, biographies, etc.). D'autre part (en tant qu'exposés d'ensembles et aperçus globaux de sources diverses réunies en un tout cohérent), ils montrent une nature synthétique. Dans la deuxième période de diffusion du bouddhisme, le modèle historiographique du chos-'byung s'impose à d'autres genres historiques de la littérature classique tibétaine, tels que les rgyal-rabs (généalogies royales) ou les deb-ther (annales). Il est alors difficile d'établir la différence formelle entre des textes qui, sous diverses dénominations typologiques, présentent une vision et un traitement identiques de l'histoire tibétaine. L'une des œuvres historiographiques les plus anciennes de la période classique est le sBa bzhed (les Dires de sBa, sBa-gsal-snang étant un ministre de l'époque ancienne). On possède diverses versions de ce texte, dont les plus anciennes pourraient remonter au xe s. Des ouvrages importants ont été retrouvés dans les années 1980, dont Histoire du Dharma : le Cœur de la fleur, écrit par Nyang-ral nyi-ma 'od-zer (1124-1192). Ce texte donne des informations intéressantes sur l'histoire ancienne du Tibet. Parmi les ouvrages les plus célèbres, on citera Le miroir qui éclaire les généalogies royales, écrit en 1373 par bSod-nams rgyal-mtshan ; les Annales bleues, (1476-1478), par 'Gos-lo-tsa-ba gzhon-nu-dpal ; le Festin des savants (1564), par dPa'-bo gtsug-lag phreng-ba ; l'Histoire du Tibet : le Chant de la reine du printemps 1643), par le ve dalaï-lama, etc.

Récits de vie et chants mystiques

Le mot tibétain rnam-thar (abréviation de rnam-par thar-pa) signifie « libération complète », à savoir la libération du cycle des naissances selon la philosophie bouddhiste. En littérature, ce même mot désigne un genre littéraire qui inclut divers types de récits de vie : les autobiographies (dites aussi rang-rnam) et les biographies « externes » (phyi'i rnam-thar), « internes » (nang gi rnam-thar) et « secrètes » (gsang-ba'i rnam-thar) correspondant aux trois niveaux de l'expérience existentielle (concrète, spirituelle ou mystique). La racine religieuse du terme rnam-thar suggère l'orientation religieuse du genre littéraire. Le rnam-thar consiste en la description des actes, des paroles et des expériences mystiques d'un maître avancé sur la voie de l'éveil. Le récit de sa vie se veut exemplaire et édifiant pour les fidèles. La mise en valeur de l'individualité du maître ne constitue point l'intérêt d'un rnam-thar. C'est plutôt le « modèle » de sainteté qu'il incarne qui est intéressant. Les rnam-thar de la période classique narrent les vies des grands hommes. Les rnam-thar des gens ordinaires, s'ils existent, ne nous sont pas parvenus. Ceux des laïcs sont rares, ceux des maîtres religieux sont innombrables. Parfois, l'identification de l'auteur d'un rnam-thar – et, par conséquent, la distinction entre une biographie et une autobiographie – s'avère problématique. Cela est dû au fait que, dans la tradition tibétaine, la transmission orale est privilégiée. Le maître parle à ses disciples. Sollicité par son entourage, il raconte sa vie exemplaire et ses disciples annotent sa parole. Sur la base des notes prises du vivant du maître et des dires rapportés par les disciples qui l'ont connu, une vaste tradition de versions diverses de récits oraux et écrits de sa vie se développe. Parfois, la version soi-disant définitive du rnam-thar d'un maître n'est réalisée que quelques siècles après son départ. Les rnam-thar les plus anciens actuellement disponibles remontent au xie s., comme celui du traducteur Rin-chen bzang-po (958-1055). Les récits de vie de Mar-pa (1012-1097), de Mi-la ras-pa (1040-1123), de Brug-pa kun-legs (1455-1529) et de Zhabs-dkar (1781-1851) comptent parmi les chefs-d'œuvre du genre. La renommée de ces maîtres est particulièrement liée à la beauté de leur chants mystiques de type mgur, qui s'apparentent aux chants tantriques indiens de type doha. Ces mgur (chantés à la première personne) sont incorporés dans leur rnam-thar et entrecoupent la narration en prose (à la troisième personne). Les mgur, tout comme les rnam-thar, sont liés d'une façon importante à l'idée d'évoquer un modèle spirituel à suivre, l'un à travers des « chants de vie », l'autre à travers des « récits de vie ». La tradition des chants au Tibet est extrêmement riche et diverse, les mgur ne constituant qu'un genre parmi d'autres types de chants plus populaires (glu, gzhas, etc.).

La poésie ornée

Façonnée selon les canons esthétiques et rhétoriques (sk. alamkara ; tib. rgyan) de la littérature kavya indienne, la poésie ornée comporte une métrique, une prosodie et un contenu très codifiés, un langage sophistiqué, un certain maniérisme de style importé d'Inde. L'importance du lien littéraire avec l'Inde a toujours existé dans la littérature tibétaine, mais il prend une ampleur considérable pendant la deuxième période de diffusion du bouddhisme, notamment dans certains milieux religieux (chez les Sa-skya-pa, par exemple). Sa-skya pan-di-ta (1181-1251) réalise la première traduction partielle du Kavyadarsa indien (Nyan-ngag me-long, le Miroir de la poésie), un traité d'art poétique qui constitue la base pour le développement de la poésie ornée au Tibet. Il commande également la traduction d'autres œuvres de poétiques sanskrites, de poèmes et de pièces de théâtre indiens. Il introduit au Tibet la classification du savoir de la taxonomie bouddhiste d'origine indienne, qui comporte cinq sciences mineures et cinq sciences majeures (la poésie, la métrique, la prosodie, la lexicographie correspondant à quatre sciences mineures). Dans les intentions des savants S-skya-pa, la diffusion des connaissances de poétique et d'art indiennes devait avoir une valeur éducative importante, notamment dans le cadre d'un processus de diffusion organique de la culture bouddhiste à partir de sa terre d'origine. L'influence du Miroir de la poésie est énorme au Tibet. De nombreux commentaires de ce traité et de nombreux poèmes en style kavya ont été écrits depuis le xiiie s. jusqu'à nos jours. Parmi les plus grands compositeurs de poésie ornée tibétaine, on peut citer, entre autres, Tsong-kha-pa (1357-1419), le fondateur de l'école dGe-lugs ; le Ve  dalaï-lama (1617-1682) ; le noble laïc Tshe-ring dbang-rgyal (1697-1762), auteur du Roman du prince incomparable. La tradition poétique de type kavya est toujours vivante au Tibet.

Les « textes-trésors »

Selon la tradition tibétaine, des « trésors » (gter-ma) incluant des textes et des objets religieux ont été cachés par des grands maîtres accomplis (notamment par Guru Padmasambhava, le fondateur de l'école rNying-ma-pa) à l'époque de la première diffusion du bouddhisme. La découverte de ces « trésors », commencée au début de la deuxième période de diffusion du bouddhisme, continue de nos jours ; ils sont dissimulés dans les lieux les plus divers (grottes, rochers, piliers, intérieurs de statue, mais aussi dans l'esprit d'un maître qui les découvre par « inspiration ») pour servir aux générations futures dans des moments de déclin du Dharma, et leur découverte n'est jamais arbitraire. Une prophétie prononcée au moment de la dissimulation indique l'époque de la découverte et l'identité du « découvreur du trésor » (gter-ston). Ces prédictions, a posteriori, aideront celui-ci à vérifier et à confirmer l'authenticité du trésor retrouvé. Les textes-trésors se présentent souvent sous forme de fragments de papier jaune. Parfois une écriture mystique y apparaît. On trouve des « trésors » dans diverses écoles du bouddhisme tibétain et dans le bon, mais l'école rNying-ma-pa en détient la tradition la plus riche. Au xive s., sous le règne de Byang-chub rgyal-mtshan (1302-1364) – chef la dynastie Phag-mo-gru qui gouverne au Tibet central –, les découvreurs de trésors prolifèrent et les textes-trésors deviennent un véritable genre littéraire. Dans le but de faire revivre la gloire de l'ancien empire, de revitaliser le sentiment national parmi les Tibétains et de légitimer son propre pouvoir, Byang-chub rgyal-mtshan adopte une série de mesures de récupération de l'Antiquité, la recherche et la découverte des textes de l'ancien empire entre autres. Il encourage en particulier l'activité du gter-ston O-rgyan gling-pa (1323 – ?), qui découvre un grand nombre de manuscrits appartenant à deux corpus : le Padma thang-yig (une biographie de Padmasambhava) et les Dires de Padmasambhava en cinq sections. Avec le cycle des légendes concernant l'empereur Srong-btsan sgam-po (le Mani bka'-'bum), découvert par Nyang-ral nyi-ma 'od-zer (1124-1192), ces textes constituent les exemples les plus remarquables de textes-trésors du point de vue littéraire. Si les spécialistes s'accordent à considérer les textes-trésors comme des apocryphes, cela ne diminue pas l'importance de cette tradition parmi les Tibétains. De nos jours, elle reste toujours très vivante au sein du bouddhisme et du bon tibétains. De nombreux « découvreurs de trésors » vivent aujourd'hui au Tibet et dans la diaspora.

L'épopée de Gesar

L'épopée (sgrung, litt. « conte ») du roi Gesar de Gling est réputée pour être l'épopée la plus longue au monde (on compte plus de 50 volumes). Sa tradition (orale et écrite) est toujours vivante, et des nouveaux épisodes sont créés de nos jours. Hormis le Tibet, elle est largement connue dans divers pays d'Asie centrale. Chez les Mongols, elle est considérée comme une tradition mongole à part entière. On possède des versions turques, bouriates et mandchous. Des chercheurs ont voulu faire le lien entre le nom de « Gesar » et celui de « César » de Rome. Les origines historiques de l'épopée de Gesar sont difficiles à tracer. Aucune référence à Gesar n'a été repérée parmi les MTD. Selon certaines sources, sa diffusion remonte au xie s., mais les premières versions écrites datent du xve. Au Tibet, la popularité de l'épopée est énorme, surtout dans les régions de l'Est où l'existence d'un ancien royaume de Gling est historiquement attestée. Néanmoins, aucune épreuve n'a pu encore corroborer le lien entre le Gling historique et le lieu épique. Les professionnels de l'épopée sont les bardes (sgrung-mkhan). Bien qu'analphabètes, ils ont acquis par inspiration divine des pouvoirs exceptionnels et ils peuvent chanter de très nombreux épisodes. Gesar, le héros de l'épopée, a une origine divine. Il combat pour éradiquer le mal. Chaque épisode narre un combat contre les ennemis du bien (à savoir, du Dharma) qui sont subjugués grâce à un large déploiement de prouesses magiques et pouvoirs surnaturels. Le style de l'épopée comporte l'alternance de parties narratives en prose (psalmodiées par le barde) et de parties en vers chantées. Souvent, les chants relatent des moments importants d'expression du pouvoir magique du héros. Dans l'épopée, tous les procédés de la littérature orale sont utilisés.

L'opéra tibétain

L'opéra tibétain ou a-lce lha-mo, « sœurs déesses » (selon la tradition, il s'agit de l'exclamation du public à la vue des actrices pendant une des premières représentations), est une forme de représentation complexe qui comporte un récit (alternant de la narration en prose et des parties en vers), des chants, de la danse, une utilisation très poussée du symbolisme des mouvements, du maquillage, des masques et des mélodies. Les représentations en plein air peuvent durer des journées entières. Les origines du genre, historiquement bien attesté et développé depuis le xviie  s., ne sont pas claires. Sans doute, il s'est nourri du vaste répertoire de la littérature orale transmise par les bardes, dont on possède des traces au Tibet depuis la période ancienne. Néanmoins, aucune source écrite à notre disposition ne corrobore la tradition largement répandue au Tibet qui fait du maître-ingénieur Thang-ston rgyal-po (1361-1485) le père de l'opéra tibétain. Constructeur de ponts, sculpteur et peintre d'exception, ce vieillard à la longévité hors du commun aurait recruté une troupe dilettante de jeunes acteurs itinérants afin de collecter des fonds pour construire les premiers ponts suspendus en chaîne de fer au Tibet. La tradition lui attribue la construction de 58 ponts, dont certains existent encore. Le répertoire classique de l'opéra tibétain comporte une dizaine de récits qui, au-delà de la complexité de l'intrigue, narrent l'histoire d'un personnage exemplaire ('Gro-ba bzang-mo, gZugs-gyi nyi-ma, Pad-ma 'od-'bar), d'où l'emploi du terme rnam-thar (le même terme que celui utilisé pour les récits de vie) pour désigner les livrets d'opéra. La plupart des pièces ne sont que des adaptations des jataka et des avadana indiennes (les vies antérieures de Bouddha et des grands maîtres). Une faible minorité de pièces a une origine indigène. C'est le cas de l'Épouse chinoise et l'épouse népalaise, qui célèbre les mariages de l'empereur Srong-btsan sgam-po avec les princesses chinoise et népalaise. Normalement, les pièces de théâtre sont anonymes et non datées.

La littérature moderne (xxexxie s.)

Au début du xxe s., le Pays des neiges s'ouvre à la modernité. D'importantes mesures de changement sont adoptées sous le règne du xiiie dalaï-lama (1876-1933), une nouvelle intelligentsia progressiste inspirée par des idéaux républicains commence à se former, et une littérature nouvelle commence à voir le jour, la figure emblématique de dGe-'dun chos-'phel (1905-1951) constituant le trait d'union entre classicisme et innovation en littérature. Religieux éminent qui rompt ses vœux, savant distingué et iconoclaste, historien moderne accusé d'être un agent du communisme international, dGe-'dun chos-'phel se considère lui-même comme un homme moderne et œuvre pour ouvrir le Tibet à la modernité. Il est le premier savant tibétain qui étudie l'histoire tibétaine sur la base des inscriptions anciennes et de la littérature de Dunhuang. Il est également un des premiers intellectuels tibétains qui montre qu'une relecture bouddhiste de l'histoire tibétaine s'est amorcée au Tibet à partir du xie s. Dans le but de rendre accessible le savoir, il réalise des versions paraphrasées en tibétain moderne des MTD écrits en tibétain archaïque. dGe-'dun chos-'phel est l'auteur des Annales blanches, une histoire politique du Tibet ancien. Pendant les douze années de son séjour en Inde, il apprend, entre autres, l'anglais et le sanskrit, s'initie à la littérature persane, écrit des poèmes et des articles en anglais. En 1938, il donne de l'Amour, une sorte de reformulation littéraire en tibétain du Kamasutra indien. Il faudra néanmoins les bouleversements politiques, sociaux et culturels apportés par l'occupation chinoise du Tibet en 1950 pour que la littérature tibétaine connaisse des changements radicaux. Le réalisme socialiste et le romantisme révolutionnaire supplantent la vision traditionnelle (religieuse et réservée à l'élite éduquée) de la littérature au Tibet. La littérature, selon les directives politiques de l'époque maoïste, sort des monastères et du milieu aristocratique pour rejoindre les « masses ». Une partie de la jeune intelligentsia tibétaine des années 1950, enthousiasmée par le nouveau climat socio-culturel, chante en tibétain les louanges de la technologie et des réalisations socialistes (hymnes à la voiture, à la voie ferrée, etc.). Non seulement la vision de la littérature et les contenus littéraires changent au Tibet avec l'occupation chinoise, mais la langue tibétaine aussi est rétrogradée au rang de langue secondaire. À partir des années 1950, le chinois devient la langue officielle au Tibet, l'apprentissage du tibétain et son emploi officiel (interdits pendant la Révolution culturelle) restant limités jusqu'à présent. En littérature, bien que de nombreux auteurs continuent à écrire en tibétain, une partie de la jeunesse intellectuelle éduquée en chinois comme première langue (souvent comme langue unique) choisit le chinois comme langue de rédaction. Parfois, c'est la perspective d'un plus grand marché éditorial qui pousse les jeunes écrivains tibétains à composer en chinois. Depuis les années 1950, au Pays des neiges, une littérature tibétaine d'expression tibétaine (vivante et fleurissante en dépit de la politique de Pékin) et une littérature tibétaine d'expression chinoise coexistent. Depuis, au Tibet, l'expression littéraire d'une certaine « continuité » avec la tradition cohabite avec la manifestation d'une « rupture » majeure. La littérature contemporaine tibétaine reflète la coexistence, au sein d'un unique contexte social, de deux cultures dont les relations antithétiques et complexes aboutissent à des résultats de métissage linguistique et littéraire intéressants. La « nouvelle littérature » (gsar-rtsom) proprement dite ne naît au Tibet qu'au début des années 1980, une fois la Révolution culturelle terminée, et la politique chinoise d'ouverture mise en place. La soif de changement parmi les jeunes est grande, l'élan novateur en littérature est puissant, modernisation étant synonyme d'innovation par rapport à la tradition littéraire tibétaine et à la récente domination du réalisme socialiste. Des magazines littéraires (Bod kyi rtsom-rig sgyu-rtsal, Art et Littérature tibétains ; sBrang-char, Douce Pluie) font leur apparition au Tibet, contribuant de façon significative à la création d'une littérature nouvelle. Plusieurs jeunes écrivains talentueux obtiennent une renommé nationale, voire internationale. Parmi eux, on rappelle Don-grub-rgyal (1953-1985), « l'enfant terrible de la nouvelle littérature tibétaine », savant et écrivain polyvalent, auteur, en 1983, de Lang-tsho'i rbab-chu (le Torrent de la jeunesse), le premier poème tibétain moderne en vers libres. On citera également dPal-'byor (né en 1941), auteur de gTsug g.yu (la Turquoise de tête), le premier roman moderne en tibétain, publié en 1985, ainsi que O-rgyan rdo-rje (né en 1961), bKra-shis dpal-dan (né en 1962), lJang-bu (né en 1963), 'Ju-skal-bzang (né en 1960), etc. Parmi les voix les plus représentatives de la littérature tibétaine d'expression chinoise, signalons Zhaxi Dawa (né en 1959), dont les nouvelles sont traduites dans de nombreux pays (Tibet, les années cachées et les Splendeurs des chevaux du vent ont paru en français). On citera également le poète Yidan Cairang (né en 1933), A Lai (né en 1959), Se Bo (né en 1956), Yang Zhen (né en 1963), etc. Les jeunes écrivains tibétains se nourrissent à la fois de leur propre tradition, de la tradition chinoise et de la littérature étrangère qu'ils lisent dans des traductions chinoises faute de traductions tibétaines. L'influence de la littérature internationale se traduit par des expérimentations littéraires diverses. Il s'agit d'innovations de genre, de style et de contenu. Tout en gardant un penchant presque viscéral pour la poésie, les jeunes auteurs tibétains expérimentent la prose, la fiction, la littérature de reportage, etc. À côté de compositions plus traditionnelles, la poésie en vers libres voit le jour ; la fiction montre des traits avant-gardistes. On expérimente le réalisme magique, le monologue intérieur, l'humour noir, etc. Des contenus complètement nouveaux apparaissent : l'amour et toute la palette bariolée des sentiments humains, l'homme et son individualité, les petites choses du quotidien, la nostalgie du pays, l'évocation de la grandeur ancienne et les regrets face à la décadence récente, les conflits entre générations, la condition de la femme, les problèmes sociaux (la corruption des cadres, mais aussi l'ignorance et les croyances aveugles). La littérature devient un moyen pour éveiller les esprits à la modernité, et se fait elle-même porte-parole d'une sensibilité moderne où toute chose est observée avec un regard désenchanté, à la fois critique et sceptique. La production littéraire de la diaspora (moins audacieuse en terme d'expérimentations artistiques) est plus attachée à une tradition qu'elle veut préserver dans sa forme la plus originelle et complète. Néanmoins, la production littéraire des Tibétains réfugiés, tout comme la littérature des Tibétains restés au Tibet, montre les influences des cultures diverses avec lesquelles ils sont obligés de cohabiter. D'une part, une grande partie de la littérature de la diaspora tibétaine s'inscrit dans la tradition – dans sa forme (y compris la présentation en feuillets empilés) –, comme dans son contenu (commentaires religieux ou philosophiques, ouvrages historiques comme l'histoire de l'école rNying-ma par bDud-'joms rin-po-che en 1964). D'autre part, des aspects résolument occidentaux font leur apparition. Écrits directement en anglais ou traduits, ce sont des livres édités à l'européenne, destinés généralement à faire connaître le Tibet aux non-Tibétains. Il s'agit souvent de biographies – les soi-disant « new-age rnam-thar » – : la biographie du xive dalaï-lama, Ma terre et mon peuple ; de T. J. Norbu, Le Tibet est mon pays ; de Tashi Tsering, la Lutte pour le Tibet moderne ; de Tenzin Kunchap, le Moine rebelle, etc. En 1999, un roman d'aventures fait la une de la littérature tibétaine de la diaspora. Il s'agit du Mandala de Sherlock Holmes, par J. Norbu. Écrit (selon la critique anglaise) en excellent anglais victorien, ce roman comble l'intervalle, laissé par Conan Doyle, entre la disparition de Sherlock Holmes dans les chutes de Reichenbach et sa réapparition dans l'Aventure de la maison vide. On apprend ainsi que, pendant cette période, Sherlock Holmes vit un grand nombre d'aventures étonnantes dans l'Inde coloniale et au Tibet, à côté du dalaï-lama. De nos jours, la culture tibétaine est bien plus diversifiée, riche et complexe que ce que Pékin d'un côté et Dharamsala de l'autre dépeignent avec emphase sur la scène internationale. Le Tibet n'est point un « Paradis perdu », mais il ne symbolise pas pour autant la « réalisation socialiste ». Le Tibet actuel est une société nouvelle, où se développe une culture en pleine mutation dont les caractéristiques et les multiples facettes sont révélatrices d'une phase de transition. La période actuelle est une période critique de réorganisation culturelle, caractérisée par une tendance générale à reconsidérer la culture traditionnelle, aussi bien que les innovations introduites d'une façon accélérée et désordonnée par l'occupation chinoise (pour les Tibétains restés au pays) et par le contact avec les cultures des pays d'accueil (pour les réfugiés). C'est dans ces contextes métissés que se situent les littératures tibétaines contemporaines, et les textes des jeunes écrivains traduisent la diversité et la complexité des exigences, des problèmes et des aspirations auxquels est confrontée la société tibétaine aujourd'hui, des deux côtés de la chaîne himalayenne.