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Jean Tardieu

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire mondial des littératures ».

Poète et auteur dramatique français (Saint-Germain-de-Joux 1903 – Créteil 1995).

Né d'un père peintre et d'une mère harpiste, il fait des études de droit puis de lettres à Paris. À l'aube de sa vie d'homme, au début des années 1920, il entre dans une crise existentielle particulièrement douloureuse – expérience d'une étrangeté radicale du monde, hantise du dédoublement et de la dispersion – dont l'écho se fera entendre à travers toute son œuvre. Il fait ses débuts poétiques sous les auspices de la N.R.F. en 1927, après avoir été remarqué par Paul Desjardins, Gide, Rivière, Roger Martin du Gard et Paulhan aux décades de Pontigny. Dans les années 1930, il se lie durablement à Francis Ponge. Ses premiers recueils de poésie sont dominés par un lyrisme noir et le sentiment d'une irréductible inquiétude (le Fleuve caché, 1933 ; Accents, 1939 ; le Témoin invisible, 1943 ; les Dieux étouffés, 1946 ; Une voix sans personne, 1954). Rédacteur aux Musées nationaux puis chez Hachette jusqu'en 1939, il collabore ensuite sous divers pseudonymes aux éditions clandestines, notamment à l'Honneur d'un poète en 1943 ; son poème Oradour sera le dernier publié dans les Lettres françaises clandestines. Durant cette période, il traduit également Hölderlin (l'Archipel, 1933 et Goethe (Iphigénie en Tauride, Pandora, 1942). Jusque-là, Tardieu est un poète grave et exigeant, dont la manière est empreinte d'un certain classicisme, même lorsqu'il abandonne la rime et use du vers libre ; soucieux de la forme, ne craignant pas l'hermétisme parfois, il se distingue par son lyrisme précis et contenu, par lequel il se défend contre les incertitudes de la parole et les silences du monde.

Après la guerre, son œuvre connaît une mue remarquable : sous l'influence de Queneau, il paraît mettre ses tourments à distance pour adopter une manière plus ludique et théâtrale (Monsieur Monsieur, 1951). À la Libération, il est nommé directeur des émissions dramatiques de la Radio-Télévision française, où il contribuera au développement des techniques nouvelles de la dramaturgie sonore. L'humour, la cocasserie entrent dans son œuvre poétique, en même temps qu'il se lance dans l'écriture de textes théâtraux novateurs qui vont connaître un succès remarquable dès 1949, et être enrôlés sous la bannière du « théâtre de l'absurde », aux côtés de Ionesco, de Beckett, d'Adamov. Dans des formes courtes, quasi expérimentales, Tardieu explore les possibilités du langage, jusqu'à l'illogisme et l'absurde, jouant du matériau verbal pour mieux faire apparaître l'arbitraire de la convention linguistique et sociale. Résolument hostile à une conception traditionnelle du théâtre (il se moque du vaudeville dans Un mot pour un autre) et aux catégories dramaturgiques habituelles (intrigue, personnage, dialogue réaliste), Tardieu remplace l'action intersubjective par celle du langage, par le jeu des mots livrés à eux-mêmes, par le rythme et la musique. Le propos est ainsi apparemment didactique quand il s'agit d'évoquer certains aspects techniques du théâtre ou encore les rapports du temps et du langage : Oswald et Zénaïde, Il y avait foule au manoir, Une voix sans personne, les Temps du verbe. L'intention parodique s'affiche quand Tardieu dénonce l'arbitraire de certains usages : la Société Apollon ou Comment parler des arts, Ce que parler veut dire ou le Patois des familles, Eux seuls le savent, Un geste pour un autre. Parfois encore Tardieu semble vouloir évoquer le caractère décousu, chaotique et obsessionnel des rêves : Qui est là ?, la Politesse inutile, le Meuble, la Serrure. Il a aussi tenté de créer de courts poèmes symphoniques, où le langage est soumis aux lois de la composition musicale (la Sonate et les Trois Messieurs, Rythme à trois temps ou le temple de Segeste ; Conversation-Sinfonietta). Ce théâtre essentiellement ludique et expérimental, s'offrant à tous dans la simplicité de ses dispositifs, est rassemblé sous des titres évocateurs : Théâtre de chambre (1955), Poèmes à jouer (1960), la Comédie du langage (1987), la Comédie de la comédie (1990), la Comédie du drame (1993).

Tardieu poursuit inlassablement par ailleurs son travail de poète en publiant de très nombreux recueils (Obscurité du jour, 1974 ; Formeries, 1976 ; Comme ceci comme cela, 1979 ; Margeries, 1986 ; Da Capo, 1995), dont un certain nombre en collaboration avec des peintres et des graveurs (Picasso, Max Ernst, Hans Hartung, Alechinsky...). Il a du reste consacré à la peinture, ainsi qu'à la musique, de nombreux essais et poèmes (De la peinture abstraite, 1960 ; les Portes de toile, 1969). Certains textes, enfin, sont spécialement destinés aux enfants : II était une fois, deux fois, trois fois... ou la table de multiplication mise en vers, 1947 ; Je m'amuse en rimant, 1991.