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Sénégal

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire mondial des littératures ».

Le Sénégal connaissait l'écriture bien avant l'arrivée des Européens, puisque dès les xexie siècles, l'introduction de l'islam dans le Fouta-Toro avait suscité la formation d'une classe de lettrés arabophones particulièrement influente. On en retrouve l'écho dans la prédication des Tidianes et des Mourides qui se répandit au Sénégal à la fin du xviiie s. et dont témoignent des recueils poétiques, dans la plus pure tradition de la littérature arabo-musulmane. Le prosélytisme religieux de poètes comme Mohamadou Aliou Tyam (auteur d'un long poème épique à la gloire d'El Hadj Oumar) devait bientôt les conduire à utiliser les langues locales, en particulier le wolof et le peul.

C'est toutefois le français que choisissent les véritables précurseurs que furent les métis de Saint-Louis, en particulier l'abbé Boilat, auquel on doit le premier Dictionnaire français-wolof et wolof-français, et de fort intéressantes Esquisses sénégalaises, parues en 1853. L'implantation, dès 1915, à Saint-Louis, puis à Gorée, de l'école normale William-Ponty, pépinière d'hommes politiques, d'écrivains et d'hommes de culture, donne une grande impulsion à la vie culturelle. Dans un mouvement de retour aux sources, et contre la politique coloniale d'assimilation, Birago Diop met à profit ses randonnées de vétérinaire itinérant à travers l'Afrique de l'Ouest pour recueillir – et adapter – les Contes et les Nouveaux Contes d'Amadou Koumba (1947 et 1958). Le Sénégal a vu paraître les premiers romans de langue française écrits par des Africains : en 1920, les Trois Volontés de Malic, d'Ahmadou Mapate Diagne ; en 1926, Force bonté, de Bakary Diallo. Ousmane Socé analyse dans Karim (1935) l'inéluctable transformation des mœurs et des mentalités sous l'effet de l'école occidentale, un thème qui sera repris magistralement par Cheikh Hamidou Kane (l'Aventure ambiguë, 1961). Avec Maïmouna (1953), Abdoulaye Sadji évoque le destin d'une jeune fille abusée par les fallacieux prestiges de la grande ville, Dakar, tandis que dans la Plaie (1967) Malick Fall en révèle l'envers. Avec les Bouts de bois de Dieu (1960), Ousmane Sembene entreprend de brosser une fresque sociale de son pays. Cheikh Alioune Ndao publie Buur Tilleen, roi de la Médina (1972), Excellence, vos épouses ! (1983), où il se montre habile observateur de la vie sociale. Boubacar Boris Diop, du Temps de Tamango (1981) au Cavalier et son ombre (1997), confronte le roman aux mythes épiques et accorde la première place à une écriture recherchée et difficile. Le Sénégal est aussi un lieu privilégié pour l'émergence de nouvelles écritures féminines. Mariama Bâ donne l'impulsion avec Une si longue lettre (1979) et Un Chant écarlate (1981). Aminata Sow Fall tient une place importante dans la vie littéraire avec sept romans publiés depuis 1979. Citons encore Nafissatou Diallo (le Fort maudit, 1980), Myriam Warner-Vieyra, Guadeloupéenne vivant au Sénégal (Juletane, 1984), Ken Bugul (le Baobab fou, récit autobiographique, 1984 ; Cendres et Braises, 1984 ; Riwan ou le chemin de sable, 1999).

La poésie tient une grande place dans la littérature sénégalaise avec Léopold Sédar Senghor, mais Birago Diop (Leurres et Lueurs, 1960), David Diop (Coups de pilon, 1956), Lamine Diakhaté (Primordial du sixième jour, 1963 ; Nigérianes, 1974), Ibrahima Sall (la Génération spontanée, 1975), Cheik Ndao (Mogariennes, 1970), Amadou Lamine Sall (Comme un iceberg en flammes, 1982), Tierno Saïdou Sall (le Vol des pélicans, 1998).

Le théâtre se développe d'abord dans le cadre de l'école William-Ponty. Après les indépendances, il est surtout historique avec Cheikh Ndao (l'Exil d'Albouri, 1967), Amadou Cissé Dia (les Derniers Jours de Lat Dior, 1965), poétique avec Abdou Anta Ka, politique avec Boubacar Boris Diop. Enfin, plusieurs essayistes, au nombre desquels Jean-Pierre Ndaye et surtout Cheikh Anta Diop (Nations nègres et culture, 1954), ont largement contribué au débat engagé et orchestré par Senghor (dont les essais sont rassemblés dans Liberté I, II et III, 1964, 1971, 1977) autour de la notion si controversée de la négritude. Ces débats éveillent de nombreux échos au sein d'une intelligentsia turbulente qui s'exprime volontiers soit à la radio et à la télévision, soit dans les pages culturelles du quotidien le Soleil, soit enfin dans la revue Éthiopiques, créée en 1973, avec un sous-titre très explicite « Revue socialiste de culture négro-africaine ».