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Philippe Soupault

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire mondial des littératures ».

Écrivain français (Chaville 1897 – Paris 1990).

Fils de famille en révolte contre sa classe (son père est un grand médecin, et son oncle, le patron d'usines d'automobiles), il connaît la guerre. De l'hôpital, il adresse un poème à Apollinaire, qui le publie et lui fait rencontrer Breton. Avec ce dernier et Aragon, « Philippe Dada », vu aussi comme un dilettante, participe à la création de la revue Littérature (1919), à l'origine directe du surréalisme. En collaboration avec Breton, il y fait paraître les Champs magnétiques, « ce livre par quoi tout commence », inaugurant de fait le surréalisme, par l'usage systématique de l'écriture automatique. D'un même mouvement, il compose avec Breton deux sketches, S'il vous plaît et Vous m'oublierez (1920), qui sont représentés, si la chose est possible, lors des manifestations dada, auxquelles Soupault participe avec une belle insolence, de 1920 à 1922. Il dirige alors la Revue européenne (1923-1925), publie des recueils poétiques (Aquarium, 1917 ; Rose des vents, 1920 ; Westwego, 1922, le plus célèbre de ses recueils, qui rappelle Cendrars ou Apollinaire) et des romans sur la crise morale de la jeunesse contemporaine (le Bon Apôtre, 1923 ; À la dérive, 1923 ; les Frères Durandeau, 1924 ; En joue, 1925). En 1926, Georgia est un recueil dont le poème éponyme s'appuie sur la scansion du nom de la femme aimée. Ayant accouché le surréalisme, Soupault est le premier à s'en éloigner la même année, préférant sa liberté à l'organisation et à l'engagement politique. Déjà la question du politique menace le mouvement de scission. C'est paradoxalement à cette époque qu'il donne son roman le plus surréaliste, les Dernières Nuits de Paris (1928), qui n'est pas sans évoquer Nadja de Breton. Il voyage alors et entreprend une série de grands reportages pour des journaux en Europe (1925-1928), aux États-Unis (1929), en Russie (1930), en Allemagne et en Italie (1931-1935). En 1938, il fonde Radio-Tunis. Pendant la guerre, il renouvelle le genre de l'ode, dédié aux capitales de l'Europe (Odes, 1945). À son retour en France, il rédige le Journal d'un fantôme (1946), relatant ses impressions à la Libération, collabore à la radio et reprend son activité de journaliste. Outre ses romans (le Grand Homme, 1929 ; les Moribonds, 1934), ses essais sur William Blake (1928), Guillaume Apollinaire (1928), Lautréamont (1929), Charlot (1930), Baudelaire (1931), Eugène Labiche (1944), Alfred de Musset (1957), Profils perdus (1963), Soupault a rassemblé en 1973 ses écrits poétiques sous le titre Poèmes et Poésies 1917-1973 (révélant un grand nombre d'inédits), ses Écrits sur la peinture (1980) et publié ses Mémoires de l'oubli (1914-1980). Il avait commencé à y travailler en 1967. Ce témoin vital du surréalisme, vivant, actif, celui en qui H. Mann voyait l'exemple du jeune écrivain européen, ce poète très actif et de toutes les revues qui comptaient a été redécouvert lors de son centenaire (exposition à la B.N.F.). La modernité, l'ampleur et la générosité lyrique de son propos ne font alors plus de doute, et celui à qui Breton a fait tant d'ombre apparaît en plein soleil.