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Somalie

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire mondial des littératures ».

Il n'existe pas, à proprement parler, de littérature écrite en somali avant l'introduction de l'orthographe nationale en 1972 : de fait, la littérature somalie est aujourd'hui la seule littérature couchitique écrite. On ne saurait pourtant considérer le corpus littéraire effectivement écrit à ce jour que comme une infime partie d'une littérature essentiellement orale, constituée depuis des siècles en ses genres, ses formes, ses thèmes particuliers, et qui continue d'occuper une position centrale dans la culture somalie autant par son rôle socio-politique que comme lien culturel national.

La littérature écrite en somali est d'abord, par priorité, une littérature de transcription : il s'agissait en effet, par un immense travail de collecte soutenu à la fois par les organismes gouvernementaux et le zèle patriotique de l'élite intellectuelle, en particulier de Muuse Ismaaciil Galaal (né en 1919), de préserver le trésor culturel de la nation. L'avènement de l'écrit aura probablement, sur l'évolution des genres littéraires, une influence qu'il n'est pas encore facile d'évaluer, mais qui laisse prévoir un développement accéléré des genres en prose, traditionnellement considérés comme secondaires dans une société pour qui l'art poétique est une caractéristique essentielle de son génie littéraire.

La poésie

La Somalie traditionnelle a bâti sur la langue non écrite une tradition poétique d'origine immémoriale. Particulièrement développée chez les Somalis du Nord (nomades pastoraux), extrêmement structurée, la poésie constitue encore à ce jour le mode le plus « noble » d'expression littéraire. On dénombre quelque quarante formes de poésie en Somalie : avant la Seconde Guerre mondiale, les genres classiques traditionnels, gabay, geerar, jiifto, buraanbur, ont dominé entièrement la vie culturelle. Vie et mort, guerre et paix sont les thèmes le plus couramment traités. À partir de 1940, la poésie renaît grâce à l'essor d'un nouveau genre, le heello, qui se différencie des genres classiques principalement par l'accompagnement musical et par l'évolution des thèmes (anticolonialisme, pansomalisme, rôle des femmes dans la société moderne).

L'art poétique de la Somalie traditionnelle possède trois caractéristiques fondamentales : 1) la rigidité formelle, combinant règles allitératives et lois quantitatives (l'allitération choisie doit être maintenue dans tout le poème, dont chaque vers contient obligatoirement un ou plusieurs mots commençant par un son donné ; les genres sont différenciés par le nombre et la combinaison des unités métriques) ; cette double contrainte, qui a grandement contribué au développement et à la richesse du vocabulaire poétique, joue un rôle mnémotechnique important, en même temps qu'elle garantit la préservation formelle de l'œuvre ; 2) l'absence d'improvisation : poète et récitant sont deux fonctions clairement définies dans la société traditionnelle ; chacune a ses techniques propres, chacune a son prestige. Rarement auteur lui-même, le récitant est en quelque sorte le vivant support du poème qui se transmet fidèlement pendant plusieurs générations, non comme élément anonyme de folklore national, mais comme une authentique œuvre littéraire obligatoirement « signée » du nom de son auteur ; 3) la finalité : tout poème somali est composé dans un but précis, pour une circonstance particulière, ou dépositaire d'un message, plus ou moins codé en langue poétique. Considéré comme la forme d'expression poétique la plus élevée, le gabay est réservé au commentaire sérieux, philosophique, social ou politique (ainsi la plupart des gabay du célèbre révolté Maxamad Cabdulle Xasan [1864-1920], le « Mad Mullah of Somaliland », étaient-ils destinés à soutenir la cause des Derviches contre l'impérialisme euro-abyssin). Aujourd'hui, la poésie continue d'être un instrument puissant de persuasion politique ou de mobilisation, une force effective dans le contexte de la vie somalie moderne, nomade ou urbaine : poème d'amour à l'origine, et presque toujours poème d'amour en apparence, le heello est étroitement lié au développement du nationalisme somali. Les moyens de diffusion modernes (journaux, radio, bandes magnétiques) accroissent encore le prestige des poètes.

Parmi les poètes classiques, Raage Ugaas (xviiie-xixe s.) s'impose, par sa maîtrise des ressources de la langue, comme un modèle de style. L'œuvre de Maxamad Cabdulle Xasan comme celle d'Ismaacil Mire (1884-1950), un de ses alliés politiques, immortalise l'histoire troublée de leur temps. Faarax Nuur (vers 1850-1930) a écrit, sur les thèmes des luttes claniques, de célèbres poèmes d'inspiration anticolonialiste. Enfin Salxaan Carrabey (vers 1850-v. 1940) doit être mentionné comme un des plus féconds et des plus novateurs de sa génération.

La radio, les journaux ont rendu célèbres nombre de poètes contemporains dont l'œuvre, caractérisée par l'art du raccourci, de l'image, de la métaphore, conserve le caractère engagé de la poésie traditionnelle : ainsi Bounderi Cilmi, Cadbullaahi Muse, Cabdulle Guuire Cali.

Le théâtre

Le théâtre somali apparaît vers 1940 dans l'environnement urbain et connaît aujourd'hui une grande popularité. Considéré dans son ensemble, c'est une innovation qui ne doit rien aux modèles européens, tant pour le fond que pour la forme, une synthèse de prose et de poésie : les intermèdes composés en poésie allitérative traditionnelle, souvent chantée ou accompagnée de l'orchestre, constituent les parties nobles de la pièce et contiennent, à l'image des chœurs tragiques grecs, le message de l'auteur. Satire et humour dominent dans les scènes en prose, en partie improvisées par les acteurs. Avec des personnages et des sujets tirés de la vie quotidienne (masques et costumes sont exclus), le théâtre reflète le goût marqué de l'ensemble de la littérature somalie pour le réalisme et s'affirme dans son rôle de véhicule de pensée philosophique ou politique. Samawada (1968) d'Axmed Cartan Xaange met en scène la vie et la mort d'une étudiante engagée dans des activités politiques. Le Léopard et les Femmes, composé en 1968 par Xasan Sheekh Muumin, est une satire résolument féministe de l'instabilité du mariage dans l'environnement urbain. Les œuvres de Cali Sugulle (également célèbre poète), de Cali Ibraahiin Iidle s'affirment elles aussi dans leur rôle patriotique et réformiste.

La prose traditionnelle, le roman

Les dits (odhaah), proverbes (maahmaah), fables, et le vaste corpus de légendes (sheekoogin), soit arabes d'origine, soit spécifiquement somalies, transcrits et publiés à ce jour en de nombreux recueils (dont le plus connu, Xikmad Soomaali, bénéficie d'une édition exemplaire par Muuse X. I. Galaal et B. W. Andrzejewski), constituent le fonds national qui nourrit l'inspiration des écrivains contemporains. Dès avant la réforme orthographique et linguistique de 1972 s'était développé le goût de la fiction, à peu près étrangère à la littérature somalie. Première œuvre romanesque, Qawdham iyo Qoran, écrit en 1967 par Axmed Cartan Xaange, est une histoire d'amour inscrite dans le cadre historique de la prérévolution. En commun avec elle, les Esprits et Lutter pour vivre, deux nouvelles écrites en 1973 par Shire Jaamac Axmed, possèdent le caractère engagé, la gravité des thèmes jusque-là réservés à la poésie traditionnelle. L'ignorance est l'ennemie de l'amour, de Faarax M. J. Cawl, écrit en 1974 d'après une histoire vraie préservée par les traditions orales, est celle de deux amoureux séparés par les lois de leur société dans la dramatique période du soulèvement de Maxamad Cabdulle Xasan contre les forces britanniques. L'originalité de l'œuvre, où de nombreux poèmes mêlés au récit en prose soulignent les points de tension dramatique, comme celle des Chaînes de la colonisation (1978), du même auteur, qui insère l'exposé purement historique de la domination du peuple somali dans le cadre fictif du récit, promettent beaucoup pour l'avenir du roman somali. On peut aussi mentionner l'œuvre réaliste, sensible et acerbe, de Nuraddin Faarax (né en 1945), écrivain somalien de langue anglaise, comme appartenant à la pure tradition littéraire nationale.