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Aleksandr Issaïevitch Soljenitsyne

Aleksandr Soljenitsyne
Aleksandr Soljenitsyne

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire mondial des littératures ».

Écrivain russe (Kislovodsk 1918).

Descendant de propriétaires fonciers expropriés par la Révolution, il fait des études de sciences, puis de philosophie et d'histoire, avant d'être mobilisé en 1941. Arrêté pour délit d'opinion (1945), il purge une peine de détention, puis de relégation (1945-1956). Libéré, il enseigne dans des écoles de province, et entreprend de porter témoignage : en 1955, il a commencé le Premier Cercle, dont le titre fait référence à l'Enfer de Dante. Il y développe le motif de la résistance à l'asservissement moral, le thème de la liberté intérieure : le roman se déroule dans une prison où des zeks (prisonniers politiques) ingénieurs doivent déchiffrer des bandes téléphoniques ; l'auteur y brosse un tableau de l'univers carcéral et y montre comment l'humanité authentique se réfugie dans les prisons. Une journée d'Ivan Denissovitch, publié en 1962, dans la revue Novy Mir, est comme le pendant du Premier Cercle puisqu'il présente le même univers répressif, mais du point de vue d'un homme du peuple, prisonnier dans un camp de travail, et qui réussit à conserver sa noblesse, le respect des valeurs qui en font un être humain. Sa parution provoque un choc, car il offre une peinture sans concession de l'univers du bagne. C'est à la même période (1958) que l'écrivain entreprend l'Archipel du Goulag, conçu comme un « roman d'investigation littéraire » sur les racines du mal absolu ayant dominé la Russie pendant la période 1918-1956. Les récits ultérieurs hésitent entre la critique des séquelles du passé (Incident à Kretchetovka, Pour le bien de la cause, 1963) et l'affirmation de valeurs chrétiennes ou néotolstoïennes (la Maison de Matriona, 1963 ; Zakharie l'escarcelle, 1966). En butte à l'hostilité de l'Union des écrivains (Lettre sur la censure, 1967), qui finira par l'exclure (1969), c'est à l'étranger qu'il édite, en 1968, le Pavillon des cancéreux. Le titre est une métaphore pour dire un pays malade, gangrené, mais, par rapport aux œuvres précédentes, on trouve un motif nouveau, celui de la guérison, de la renaissance. En 1971, le roman Août 14 affirme son dessein de restituer le cours d'une histoire nationale qu'il estime « falsifiée » : ce projet, concrétisé par la parution du livre ainsi que de l'Archipel du Goulag à Paris (1973), lui vaut d'être déchu de sa citoyenneté et expulsé en 1974 (il avait toujours refusé de s'exiler et ne s'était pas rendu en Suède en 1970 pour recevoir le prix Nobel). Installé aux États-Unis, il poursuit le projet amorcé avec Avril 14, en faisant de ce roman le premier « nœud » (le cycle se concentre autour de moments très précis, jusqu'en Avril 17) d'une épopée consacrée à l'histoire de la Russie au xxe siècle, à partir de la défaite de Samsonov jusqu'à 1922. La « Roue rouge » désigne les forces destructrices qui emportent le pays. L'œuvre frappe par son ampleur et son caractère apparemment composite : il n'y a pas de héros, mais l'attention se focalise sur tel ou tel personnage selon le moment ; l'auteur mêle les passages documentaires, utilisant un matériau historique, et les passages narratifs. Depuis 1967, Soljenitsyne consigne les développements de sa lutte pour la vérité et il publie ces « Mémoires » en 1975, sous le titre le Chêne et le Veau (il leur donnera une suite, le Grain tombé entre les meules, en 1978). De son exil, il s'efforce de fédérer les forces de la « dissidence », tout en opposant à l'effondrement moral de l'Occident le caractère vigoureux du peuple russe endurci par les difficultés et la tyrannie (Discours de Harvard, 1978). La publication de ses œuvres en U.R.S.S. à partir de 1989 et son retour en Russie (1994) font de lui une véritable institution : il jouit d'une autorité morale parfois remise en question par ceux que gêne en particulier une orientation slavophile de moins en moins nuancée. Dans les années 1990, il est revenu à des formes narratives courtes (Nos jeunes, 1993 ; Aldig Schvenkitten, 1998).