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Étienne Pivert de Senancour

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire mondial des littératures ».

Écrivain français (Paris 1770 – Saint-Cloud 1846).

Ce solitaire, qui a fait d'immenses lectures, commença son œuvre littéraire par quelques essais, puis il publia en 1795 un bref récit : Aldomen ou le Bonheur dans l'obscurité, qui sortit à Paris. Retiré à Senlis, il écrivit les Rêveries sur la nature primitive de l'homme (1799-1833), qui parurent dans l'indifférence, tout comme Oberman (1804, préfacé en 1833 par Sainte-Beuve). Confidence d'un jeune homme de 20 ans qui évoque au long d'une centaine de lettres neuf ans de sa vie, le roman offre la méditation d'une âme en proie au « désordre de l'ennui ». S'il rejette la passion, Oberman revendique cette « inquiétude » qui l'anime et appelle de ses vœux des « illusions sans bornes », échos d'une « harmonie perdue » dont il retrouve les signes dispersés dans ses paysages d'élection (forêt de Fontainebleau, mais surtout les Alpes, où il s'est installé). Il en capte l'aura en des pages où, plus que le sublime, il exalte des « beautés plus vagues et plus étendues encore » et dont l'élément spécifique est le son – ainsi le fracas des torrents, dans lequel il perçoit les « accents d'une langue primitive ». Ce roman d'initiation raconte une quête et évoque de brusques illuminations. Les ascensions solitaires qui rendent l'homme à sa « forme altérable mais indestructible » y apparaissent comme une épreuve privilégiée. Si Oberman fut adopté par la génération de 1830, qui en fit l'un de ses bréviaires (2 rééditions, 1833 et 1840 ; Liszt appellera la Vallée d'Oberman une célèbre pièce pour piano), Senancour, au moment de sa parution, subsista grâce à quelques travaux de librairie et à son activité de précepteur. En 1805 parut De l'amour, dans lequel il prenait parti pour le divorce. Son activité fut désormais celle d'un publiciste et d'un vulgarisateur. « Découvert » par Sainte-Beuve, porté par la vague romantique de 1830, il connut soudain le succès – à 60 ans. Les années 1830-1833 virent la réédition de ses œuvres et la publication d'un roman : Isabelle (1833). Ce rêveur hypersensible, doué d'un sentiment exalté de l'existence, mais aussi d'une intelligence lucide et désenchantée, resta déchiré entre la nature et la raison, l'aspiration à la plénitude et l'accablement de l'éternel recommencement, la hantise de l'abîme et le désir d'un refuge. Son rêve d'un monde d'harmonie retrouvée, dont il perçoit la trace dans de fugitives sensations, s'exprime dans une prose ample et nuancée.