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Aurore Dupin, dite George Sand

George Sand
George Sand

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire mondial des littératures ».

Romancière française (Paris 1804 – Nohant 1876).

Il existe de George Sand au moins trois images qui s'imposent. Pour toute une tradition (notamment scolaire), elle est la bonne dame de Nohant, l'auteur de romans champêtres. Pour une tout autre tradition, elle est la femme fatale, la maîtresse de Sandeau, de Musset, de Chopin. Qu'elle ait écrit des romans ardents, scandaleux, apparaît comme chose normale, mais ce ne sont pas tant ses textes que ses actes qui demeurent et s'arrangent en mythe. Enfin, il y a la « socialiste », « la femme Sand » dont parle Baudelaire, l'égérie de « Ledru-Coquin », la disciple de Michel de Bourges, puis de Pierre Leroux, la rêveuse d'un populisme doux qui accepta, un moment, la révolution. Elle prend place, ainsi, dans la galerie des grandes pétroleuses, des femmes d'action, monstrueuses ou sympathiques : Charlotte Corday, Louise Michel. Le désir d'apaisement des postérités, le besoin d'images rassurantes des diverses instances didactiques ont quand même privilégié Nohant, le Berry, tout un néorousseauisme durable. On néglige, en général, deux choses capitales : George Sand est une femme qui a fondé sa liberté sur un métier : la littérature ; elle est d'autre part l'auteur d'une Correspondance qui constitue l'un des documents les plus riches sur le xixe siècle. Il ne faut pas oublier non plus qu'elle a été consultée, respectée par Balzac, Flaubert, Fromentin, qu'elle a traversé le siècle presque comme Victor Hugo, de René aux Rougon-Macquart, de David à Manet, des barricades de juillet 1830 à celles de la Commune.

Une vie dans le siècle

Sa mère était une petite théâtreuse, son père, un fringant officier d'Empire qui mourra tôt d'une chute de cheval ; il descendait des Dupin de Francueil et par là de Maurice de Saxe et du roi de Pologne Auguste II. Le 17 septembre 1822, elle épouse Casimir Dudevant. Son fils Maurice naîtra, neuf mois plus tard. En juillet 1825, cependant, au cours de vacances dans les Pyrénées, Aurore fait la connaissance d'Aurélien de Sèze, qui fut sa première tentation. En 1828, Solange naîtra à son tour. Le 30 juillet 1830, alors que la révolution triomphe à Paris, Aurore Dudevant fait la connaissance de Jules Sandeau. Presque immédiatement après, c'est la brouille avec le mari, pour une affaire de testament, un compromis ensuite, qui laisse à la jeune femme la possibilité de vivre seule une partie de l'année à Paris. Dès lors, les choses vont vite. Début 1831, à Paris, elle fait la connaissance de Latouche, de Balzac, de Monnier, de Janin. En février, elle écrit son premier article pour le Figaro de Latouche. En avril, elle retourne à Nohant, qu'elle quitte début juillet en compagnie de Sandeau. En décembre paraît Rose et Blanche, signé J. Sand, et écrit en collaboration avec Sandeau. Dès lors, les dés sont jetés. En mai 1832 paraîtra Indiana, signé George Sand, et qui obtiendra un succès foudroyant. George Sand est désormais écrivain professionnel. En décembre, elle signe un contrat avec Buloz pour la Revue des Deux Mondes. Sainte-Beuve lui consacre deux articles. George Sand fait partie du paysage de la vie littéraire et intellectuelle des lendemains de Juillet.

Qui est-elle, alors ? Une jeune femme que le mariage a profondément déçue, une véritable héroïne balzacienne qui s'enfuit à Paris avec un jeune poète blond, mais qui le congédie bientôt, lorsqu'elle prend conscience de sa paresse et, finalement, de sa nullité. De même, à Venise, elle enverra Musset se promener chez les filles pour pouvoir, elle, travailler : la copie pour Buloz n'attend pas. Elle doit se nourrir, élever ses enfants. Elle doit aussi satisfaire une sensualité qu'elle imagine ardente.

Un écrivain engagé

En politique, elle est pour la révolution de 1830, mais avec modération. Les émeutes de juin 1832 l'effarouchent. Elle plaint les victimes, mais elle craint l'épouvantable république. « Le roi s'avilit », mais il est « un mal nécessaire ». Son vrai combat, elle le livre ailleurs que dans le champ de cette politique des « partis », qui, dit-elle, ne la concerne pas. Son combat, c'est alors Indiana puis Lélia, romans tout nourris des souvenirs négatifs de Casimir, puis de Sandeau. Les hommes n'y sont pas flattés, le droit à la passion hautement affirmé, la solitude finale de tous soulignée. Le scandale est grand. Parallèlement aux Scènes de la vie privée de Balzac, les romans de Sand désignent alors le lieu le plus vrai de l'Histoire.

En 1835, George Sand se sépare aussi bien que possible de son mari et se lie au républicain Michel de Bourges, qui l'attire vers la gauche. Elle se prend à admirer Lamennais, Pierre Leroux. Parallèlement, son amitié avec Liszt et Marie d'Agoult, sa liaison avec Chopin exaltent l'artiste comme figure majeure de cette libération humaine qui va venir. La rencontre avec l'écrivain ouvrier Agricol Perdiguier aboutit au Compagnon du tour de France, roman que refuse Buloz. Avec Leroux, elle fonde alors la Revue indépendante (1841), qui publie plusieurs de ses récits. On arrive, avec cette rupture, à une sorte de sommet. Consuelo, suivi de la Comtesse de Rudolstadt (1842-1844), est un roman capital. Roman d'initiation et d'éducation au féminin, il place au centre du monde la cantatrice Consuelo (modèle : Pauline Viardot) dans un étonnant mélange des genres (historique, intimiste, picaresque). C'est alors que l'influence de Sand est la plus forte. Elle affirme l'individu, sa valeur, ses droits. Mais elle croit aussi en une réconciliation par l'amour. Jamais les luttes de classes n'interviennent comme facteur résolutif de l'Histoire. Les agressions contre les valeurs et les institutions (le mariage, l'Église catholique) ne sont pas séparables de cet utopisme qui faisait rugir les contemporains bien-pensants. Dans les « romans champêtres » de 1845 à 1847, la Mare au diable, le Meunier d'Angibault, le Péché de Monsieur Antoine, François le Champi, les paysans sont donnés à lire comme les tenants d'une morale vraie, positive, qu'ignorent les bourgeois des villes. Comme tout le progressisme du siècle, celui de Sand comprend nécessairement un passéisme critique. Nulle dialectique historique, mais la vieille idée rousseauiste du « mariage » comme signe de dépassement des conflits de classes, comme signe de reconnaissance de l'unité humaine fondamentale. Et cette unité, elle naît d'abord et sans doute du travail. Désormais, pour Sand, l'avenir, ce sont les collectivités heureuses dans la nature, des collectivités où le travail d'éducation arrache les hommes aux démons. Février 1848 devait apparaître, inévitablement, comme la chance historique d'une telle vision du monde.

Après un passage à Paris (elle a de nombreuses amitiés au gouvernement provisoire), Sand décide de « militer » à Nohant. Elle fonde son propre journal, la Cause du peuple, qui ne va pas au-delà de trois numéros. Dans le Bulletin de la République (publication officielle), elle se lance dans une campagne d'éducation des masses, en même temps que de persuasion à l'adresse des classes moyennes. Devant la réaction qui monte, elle va jusqu'à en appeler à l'insurrection. Mais elle s'éloigne dès les événements du 15 mai. Elle ne joue aucun rôle pendant les journées de juin. En septembre, elle publie, de manière significative, la Petite Fadette. La page est tournée. Une vie nouvelle commence. Que peut-on écrire désormais ? Il est passionnant de suivre Sand dans ces années où monte l'œuvre de Flaubert : le monde s'est refermé, les utopies sont mortes, le romantisme n'est plus qu'une illusion. L'Histoire de ma vie (commencée en 1847, reprise en 1853) comprend d'importantes narrations historiques, mais surtout elle entreprend de donner, à l'intérieur d'un projet idéologique cohérent, une image agréable de son auteur. Sand y idéalise son passé, ses amours. Le contraste est net entre la Correspondance, souvent vive, voire violente, et cette espèce d'adoucissement général. Sand a voulu, très explicitement, refaire les Confessions de Rousseau. L'Histoire de ma vie, loin d'être sous le signe terrible de l'orphelinat et de l'abandon, se place sous l'emblème d'une maternité universelle, d'une bonté adoptive. Sand est alors devenue une puissance. Elle deviendra, en vieillissant, sinon très réactionnaire, du moins très bien-pensante. Lorsqu'elle mourut, en 1876, Sand était disponible pour devenir l'une de ces figures rassurantes que les sociétés aiment avoir dans leurs archives.

Lélia (1833 ; remanié en 1836 et 1839). Une jeune fille, mise en garde contre l'amour par une première passion malheureuse, joue à désespérer un jeune poète qui l'adore : elle lui propose la sensualité de sa sœur, la courtisane Pulchérie ; le poète y succombe, tombe dans la débauche et se suicide. Lélia meurt au couvent. Une transposition du milieu romantique dans lequel vivait alors l'auteur et une version désespérée du roman gothique, qui fit scandale dans toute l'Europe.

La Mare au diable (1846). Un laboureur devenu veuf, Germain, songe à se remarier, ne fût-ce que pour ses enfants. On lui parle d'une riche veuve qui demeure à quelques lieues. Il va la voir, emmenant avec lui la petite Marie, jeune fille de 16 ans, qui se rend dans une ferme voisine, où elle sera servante. En chemin, parmi maints incidents, et notamment au bord de la « mare au diable », où s'exprime le désir inconscient, Germain comprend que Marie ferait une excellente femme. Il l'épouse. Cette idylle paysanne s'achève sur une description quasi ethnographique du mariage berrichon. Plaidoyer en faveur du peuple et de ses vertus, la Mare au diable, comme les autres romans berrichons (la Petite Fadette, François le Champi, les Maîtres sonneurs) de G. Sand, campe une « ruralité douce ».