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Armand Salacrou

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire mondial des littératures ».

Auteur dramatique français (Rouen 1899 – Le Havre 1989).

Après ses études, il devient assistant de cinéma, partage son activité de 1929 à 1938 entre le théâtre et la publicité, dont il devient un des rois. Il en démonte les mécanismes dans Poof (écrit de 1930 à 1933). Amoureux de musique, de peinture, il a pour amis Masson, Leiris, Gris et Vitrac, Dubuffet, Desnos, Queneau. Le surréalisme fascine son génie inquiet. Sa rencontre avec Dullin fixe sa passion du théâtre. Son œuvre y est singulière, brouillonne, parfois hâtive (« théâtre marmelade ou de cocktail », dira-t-on). G. Marcel note la « cocasserie à arrière-plan métaphysique » de ce « vaudevilliste métaphysicien ». En 1925, Salacrou précise : « J'aime le théâtre parce qu'il donne une grossière mais visible réalité aux créations de mon esprit. » De 1925 à 1931, mal reçue, l'œuvre connaît de rudes années. Comme le jeune homme du Casseur d'assiettes (1923), Salacrou provoque. Une couleur romantique fantaisiste rend Tour à terre (1925), le Pont de l'Europe (1927), Patchouli (1930), Atlas-Hôtel (1931) à la fois séduisants et décevants. Le mélange des tons, la cocasserie et le sérieux des personnages et des thèmes heurtent.

C'est avec Une femme libre (1934) que Salacrou connaît son premier grand succès. Lucie Blondel, pariant sur la liberté, refuse de se laisser absorber par cette famille abusive, où la tante Adrienne (un de ces portraits de vieilles dames sarcastiques et cyniques que Salacrou sait brosser) incarne la détresse d'un monde bourgeois replié sur soi. L'Inconnue d'Arras (1935) est une œuvre quasi pirandellienne, qui fait éclater le temps et l'espace scéniques et affirme dans sa liberté même une rigueur musicale : un homme, Ulysse, se suicide car sa femme le trompe ; dans le bref moment qui sépare le coup de feu de la mort, il revit sa vie. C'est un ballet accéléré de souvenirs, dont l'andante de la rencontre avec une jeune fille sous le bombardement d'Arras. Les actions dramatiques sont le reflet de la fatalité. Psychologie et moralisme vont de pair dans Un homme comme les autres (1936, et que Salacrou résume ainsi : « Un homme aimé, pour être aimé jusque dans sa nature d'homme, dit à sa femme ce qu'il est et perd l'amour de cette femme, écœurée »). La Terre est ronde (1938) met en scène un jeune couple qui sacrifie son amour aux idées du jour. Salacrou revient à la peinture des mœurs bourgeoises avec l'Archipel Lenoir (1947), alliant la tragédie étouffante et le vaudeville farcesque. La Résistance dicte les Nuits de la colère (1946). Dans la chronique sociale et politique de la vie havraise, il retrouve la figure d'un militant syndicaliste, Jules Durand, condamné à mort en 1910 à la suite d'une « erreur judiciaire ». Ce souvenir d'enfance est le sujet de la fresque dramatique du Boulevard Durand, créé en 1961. Enfin, Dieu le savait (1950), les Invités du Bon Dieu (1953) et Une femme trop honnête (1956) reprennent les thèmes d'un écrivain hanté par l'absence de Dieu, le bon usage de l'absurde souffrance des hommes, voués à la solitude de leurs passions et, peut-être, manœuvrés malgré eux par on ne sait quelle dérisoire « Providence ». Salacrou a publié ses Mémoires (Dans la salle des pas perdus, 1974-1976).