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Paul Roux, dit Saint-Pol-Roux

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire mondial des littératures ».

Poète français (Saint-Henry, près de Marseille, 1861 – Brest 1940).

La vie et l'œuvre de ce philosophe-poète tiennent entre ces deux professions de foi : « L'homme me paraît n'habiter qu'une féerie d'indices vagues, de légers prétextes, d'énigmes » (les Reposoirs de la procession, 1893) ; « Du jour où le monde entier, sur le conseil d'un humble poète, consentira à voir Dieu et à l'exiger, Dieu se répandra parmi le monde » (Féeries intérieures, 1907). Attiré par le symbolisme (il collabora au premier numéro du Mercure de France), voire par l'ésotérisme (le Sâr Péladan vit en lui un des adeptes de son mysticisme esthétique), il finira par l'écoute des forces élémentaires de la nature et du rythme familier de la vie quotidienne : son « idéoréalisme » ou « magnificisme » (Manifeste du magnificisme, 1895) assimile la parole poétique au Verbe divin et se donne pour tâche de « dématérialiser le sensible pour pénétrer l'intelligible ». Mais, plus que son théâtre (l'Âme noire du prieur blanc, 1893 ; la Dame à la faulx, 1899 ; Fumier, 1914) ou ses vers oraculaires (Golgotha, 1884 ; la Flamme, 1885), c'est le livret de Louise, qu'il écrit (1900) pour Charpentier, qui lui assure une notoriété oblique et lui permet de se retirer en 1905 dans un manoir breton, où il vivra la destinée qu'il s'était prédite dès 1889 dans le Bouc émissaire : lui qui avait dénoncé la violence politique dans la Supplique du Christ (1933) verra sa fille, Divine, violée par les Allemands, sa maison et ses manuscrits brûlés (notamment les textes de deux pièces, le Tragique dans l'homme et Sa Majesté la Vie). Il n'a plus qu'à mourir à l'hôpital de Brest, ayant tout accepté comme l'issue voulue par Dieu, dont il se disait « continuateur ».

Méconnu, Saint-Pol-Roux a cependant été salué comme un précurseur par les surréalistes (notamment pour sa conception de l'image et de la métaphore) et le banquet qui fut offert au poète en 1925 à la Closerie des lilas, après un hommage qui venait de lui être rendu dans les Nouvelles littéraires, est un épisode significatif des premières manifestations du mouvement animé par André Breton (qui avait dédié Clair de Terre à Saint-Pol-Roux). Cet hommage se transformera en affrontement violent entre surréalistes et écrivains nationalistes et l'épisode marqua « la rupture définitive du surréalisme avec tous les éléments conformistes de l'époque ». Bien malgré lui, Saint-Pol-Roux entrait dans la chronique scandaleuse, mais son œuvre se développera longtemps encore, recevant bien d'autres hommages, et le projet d'écrire pour le futur habitera le poète dans les dix dernières années de sa vie. On commence à peine à découvrir ces écrits visionnaires après un long purgatoire. Les ouvrages sont souvent « en miettes », mais ils ouvrent une réflexion nouvelle sur le rôle du poète, qui vient compléter ce que l'on savait déjà sur le « maître des images ». Au-delà d'une poétique originale, c'est la réflexion sur l'acte poétique et ses conséquences qui aura sans doute retenu les surréalistes, et interroge encore les lecteurs contemporains. L'inachèvement de l'œuvre est à la mesure de son ambition immense, de son caractère de prière impersonnelle destinée à être révélée sans hâte.