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Marie-René Alexis Saint-Leger Leger, dit, en diplomatie, Alexis Leger, et, en littérature Saint-John Perse

Saint-John Perse
Saint-John Perse

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire mondial des littératures ».

Poète français (Pointe-à-Pitre 1887 – Giens, Var, 1975).

On attendait de ce diplomate qu'il établît des liens et des compromis. Poète, il se voua à la solitude et à l'intransigeance. Il fit carrière aux Affaires étrangères : secrétaire d'ambassade à Pékin (1916-1921), directeur de cabinet de A. Briand (1925-1932), secrétaire général du Quai d'Orsay (1933-1940). Mis en disponibilité (il fut accusé de « bellicisme » par le gouvernement de Vichy), il se fixa aux États-Unis en 1941, où il fut, jusqu'en 1946, conseiller de la bibliothèque du Congrès à Washington. Il ne regagna la France qu'en 1957, et reçut, en 1960, la consécration du prix Nobel.

Les premiers poèmes de son adolescence sont programmatiques : « Images à Crusoé ». Il y a là l'île et la mer qui l'encercle, l'homme isolé et qui doit recréer le monde à son propre usage, à la double écoute de ses souvenirs et des bruits de la nature. Mouvements de l'âme, souffles des vents, rythmes des eaux composent une rhétorique des éléments, qui se teindra d'abord d'exotisme (Éloges, 1911), avant de s'épurer en tectonique de l'expression (Exil, 1944 ; Vents, 1946 ; Amers, 1957). La poésie, comme un ressac, porte vers la note la plus haute l'haleine de la terre et le souffle de l'esprit, avant de ramener graduellement l'exaltation à la paix et au nouveau désir : non dans la perspective de l'absurde, mais dans l'éternel retour aux sources de la vie, des ambitions, des songes (Anabase, 1924 ; Chronique, 1960). Nature et culture participent à un même rituel : l'évocation de Cyrus ou d'Alexandre, le triomphalisme de Pindare, l'imagination présocratique sur la structure du monde, les « tableaux » en lesquels se figent les grandes conquêtes et « transhumances » de l'histoire se fondent dans un verset qui épouse la cadence du corps, mais un corps curieusement immobile, qui se laisserait pénétrer par tous les effluves et frémissements extérieurs. La poésie à la fois comme mélopée et comme houle, apportant le mystère et son déchiffrement, selon un double mimétisme : elle s'ouvre au monde pour en intérioriser le rythme (« Mais de la mer il ne sera question, mais de son règne au cœur de l'homme »), le monde sort transfiguré de son passage par le langage (« la poésie devient la chose qu'elle appréhende »). La poésie comme aventure, qui recouvre exactement le destin de l'homme, attiré par un horizon qui se dérobe sans cesse et par un passé qui s'efface peu à peu et dont ne subsistent que des couleurs éparses, traces fugitives et brillantes d'une odyssée sans Ithaque (Oiseaux, 1963 ; Chanté par celle qui fut là, 1969 ; Chant pour un équinoxe, 1975), et qui d'ailleurs, curieusement, chez ce poète de l'éloge et de l'homme, finit par inclure sa propre négation : « Singe de Dieu, trêve à tes ruses. »