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Marie de Rabutin-Chantal, marquise de Sévigné

Marquise de Sévigné
Marquise de Sévigné

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire mondial des littératures ».

Femme de lettres française (Paris 1626 – Grignan 1696).

Placée sous la protection de ses deux oncles, Philippe de Coulanges et Christophe, abbé de Livry, Marie de Rabutin reçoit les leçons de Chapelain et de Ménage. En 1644, elle épouse Henri de Sévigné, d'une antique famille bretonne, mais marquis « de courtoisie ». Brillant et prodigue, celui-ci vit la vie comme un jeu et meurt en 1651 au cours d'un duel en se battant pour une autre femme que la sienne. Veuve à 25 ans avec deux enfants, Françoise Marguerite et Charles, la marquise cherche à Paris, à l'hôtel Carnavalet, ou aux Rochers, domaine des Sévigné en Bretagne, un difficile équilibre entre l'éducation de ses enfants et la vie élégante d'une jeune femme encore coquette. Elle se lie au monde de la Fronde, celui des Retz et des La Rochefoucauld, monde un peu blasé mais fort cultivé, volontiers insolent mais frotté de jansénisme, et dont elle se sentira toujours plus proche que de celui de la cour. Les occasions de remariage ne lui manquent pas : elle les refusera toutes, reportant sa tendresse sur ses enfants, et surtout sur sa fille. Celle-ci se marie en 1669 avec le comte de Grignan, lieutenant-général en Provence, et le rejoint dans son gouvernement en 1671. La correspondance de Mme de Sévigné prend alors un développement considérable : la grande majorité des 1 500 lettres qu'elle écrit entre 1671 et 1696 est adressée à sa fille ; parmi les autres correspondants, il y a le marquis de Pomponne, Bussy-Rabutin, le cousin de la marquise, Mme de La Fayette, les Coulanges.

Gaie, spirituelle, tendre, Mme de Sévigné mêle sans aucune gêne les mondanités, les confidences (la tiédeur de sa dévotion, l'impatience de l'absolutisme royal), les hantises (la mort, la maladie), les plaisanteries et les jugements littéraires. Plus peut-être que Saint-Simon – qui commence à prendre des notes au moment même où la marquise achève la première peinture d'un règne que le duc et pair verra trop souvent dans les seules allées du pouvoir et de la préséance –, elle offre de la vie à Versailles  une vision nette, drôle, suggestive. Quant à la vie « côté ville » et « côté campagne », la peinture qu'elle en trace est, en son siècle, inégalée. Elle fait figure, en quelque sorte, de reporter, dont le rôle est d'informer la province de l'histoire qui se joue à Paris, sur la scène ou en coulisses. Elle adopte dans ses lettres le style brillant du langage parlé, d'où la fraîcheur d'une prose épistolaire, vive et discontinue dans sa mise en scène du quotidien et dont le mouvement d'ensemble reste toujours léger comme une conversation de salon. L'œuvre est riche et vivante, pleine de bons mots, d'anecdotes parfois rocambolesques, de portraits saisissants de vérité : Mme de Sévigné invente vraiment son style, un peu comme La Fontaine invente le sien. Elle n'est pas savante : elle ne sait pas assez de latin pour lire Virgile sans un guide, et elle se retranche derrière sa fille pour juger de la philosophie, singulièrement des débats sur Descartes. Mme de Sévigné écrit avec naturel parce qu'elle ignore la rhétorique : elle ne la dédaigne pas, elle ne l'a jamais apprise (la rhétorique n'était enseignée qu'aux garçons dans les collèges) ; et elle ne fait pas de références à la théorie de la littérature de son temps. Elle écrit « à bride abattue », moins peut-être selon « l'ordre de ses perceptions » comme le dit Proust (fasciné par le « côté Dostoïevski » de la marquise) que suivant celui de ses préoccupations – d'où l'embarras de son premier éditeur (Perrin en 1734 et en 1754) devant les anomalies syntaxiques et lexicales d'une épistolière peu attentive aux exigences normatives du goût classique. Mais Mme de Sévigné savait bien que ses lettres allaient un peu partout, et qu'on recopiait les meilleures, en leur donnant des noms (la « lettre du Cheval », la « lettre de la Prairie »). En écrivant à sa fille, Mme de Sévigné répondait ainsi à elle-même, sublimant dans l'écriture son souci de l'autre. Cette façon de franchir à tout moment les 200 lieues fatales qui les séparaient s'est ainsi révélée comme un des plus étonnants « sentiers de la création » qu'on ait jamais imaginés.