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Alain Robbe-Grillet

Alain Robbe-Grillet
Alain Robbe-Grillet

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire mondial des littératures ».

Écrivain et cinéaste français (Brest 1922 – Caen 2008).

Ingénieur agronome, il travaille dans un centre d'insémination artificielle quand il rédige Un régicide (achevé en 1949, publié en 1978). Employé ensuite à l'Institut des fruits et agrumes coloniaux, il en démissionne afin de poursuivre l'écriture d'un autre roman : les Gommes (1953). Le livre attire l'attention de Barthes, qui avance à son sujet un article appelé à susciter quelques malentendus (« Littérature objective », 1954), tout comme il le fera concernant le Voyeur (« Littérature littérale », 1955). Le prix des Critiques décerné à la Jalousie (1957) déclenche une querelle dont le principal effet sera de propulser l'écrivain au premier plan de l'actualité littéraire. La scène médiatique lui offre l'occasion de développer ses premières théories (dans l'Express et la N.N.R.F.), qui aboutiront à Pour un nouveau roman (1963), défini en double opposition à l'engagement sartrien et à la pratique dominante (narrateur omniscient, déroulement de l'intrigue, psychologisme, déterminisme des caractérisations, assurance face au réel).

Entre-temps, Robbe-Grillet a produit un autre roman (Dans le labyrinthe, 1959) et son seul recueil de nouvelles (Instantanés, 1962). De pair avec son éditeur, Jérôme Lindon, il a constitué la mouvance du Nouveau Roman, qu'il promeut, avec son œuvre propre, non sans un sens aigu de la communication. Outre la fin approchante de ce militantisme polémique, l'année 1961 aura marqué les débuts cinématographiques de Robbe-Grillet, avec le scénario et les dialogues de l'Année dernière à Marienbad. Deux ans plus tard, l'Immortelle est son premier film en tant que réalisateur, bientôt suivi de Trans-Europ-Express (1966), l'Homme qui ment (1968), l'Éden et après (1971), N. a pris les dés (1972), Glissements progressifs du plaisir (1974), le Jeu avec le feu (1975), la Belle Captive (1982), Un bruit qui rend fou (1995). À l'écran comme sur la page blanche, il s'agit de « viser à une subjectivité totale », le regard qui perçoit étant celui d'un être toujours engagé « dans une aventure passionnelle des plus obsédantes, au point de déformer souvent sa vision et de produire chez lui des imaginations proches du délire » (« Nouveau Roman, homme nouveau », 1961).

C'est ainsi que, à partir de la Maison de rendez-vous (1965), se déploient au grand jour les fantasmes sado-érotiques de l'auteur (Projet pour une révolution à New York, 1970 ; Glissements progressifs du plaisir, 1974 ; Topologie d'une cité fantôme, 1976). L'attentat contre le corps social, le corps de la femme et le corps du texte participe d'un formalisme ludique parodiant les stéréotypes littéraires et les mythes de la société contemporaine (Djinn, 1981), tandis que les manipulations structurales et la généralisation de l'intra-intertextualité orientent l'esthétique vers l'autoreprésentativité et ouvrent la composition à une problématique ontologique masquée. Cette période s'accompagne de textes sur l'œuvre de photographes (Hamilton dans Rêves de jeunes filles, 1971, et les Demoiselles d'Hamilton, 1972 ; Irina Ionesco dans Temple aux miroirs, 1977) ou de peintres (Delvaux dans Construction d'un temple en ruine à la déesse Vanadé, 1975 ; Magritte dans la Belle Captive, 1976 ; Rauschenberg dans Traces suspectes en surface, 1978).

Par son titre, Souvenirs du triangle d'or (1978) opère la transition avec une troisième période de réflexion sur le matériau mnésique. Dans la trilogie des Romanesques (le Miroir qui revient, 1984 ; Angélique ou l'enchantement, 1987 ; les Derniers Jours de Corinthe, 1994), la confusion des éléments fictifs et des souvenirs censément avérés subvertit le topos introspectif et spéculaire au profit d'une « Nouvelle Autobiographie » postulant une redéfinition de la réalité. Cette dernière, essentiellement constituée du théâtre imaginaire qui se joue à l'intérieur de la psyché, révèle une angoisse profonde de la mort et l'espoir d'une métaphysique régénératrice.

Le retour au roman (la Reprise, 2001), tout en manifestant la volonté d'aller de l'avant, trahit les ambiguïtés d'une quête oscillant entre la transgression et la répétition, entre la tentation de boucler l'édification d'une œuvre stable et la revendication d'une continuelle autodestruction.