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Roman de Renart

Roman de Renart
Roman de Renart

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire mondial des littératures ».

Série de « branches », récits plus ou moins développés, composés par des auteurs multiples, à des époques différentes (entre 1170 et 1250 environ). Les branches renardiennes se regroupent en gros en trois familles : la première attribuée à Pierre de Saint-Cloud, qui va du Jugement de Renart jusqu'à Renart empereur ou bien la Mort de Renart ; la seconde formée de récits composites ; la troisième qui est marquée par un souci de chronologie et de linéarité, et s'intéresse aux enfances du personnage, en écho aux enfances des héros épiques et romanesques – elle relate la naissance de Renart jusqu'à sa mort, précédée de son apothéose. Ces récits parodient les chansons de geste et les romans courtois, à l'aide de figures animales remplissant les fonctions des dames et des héros. Les sources en sont variées : on peut citer l'Ecbasis captivi (xe s.), qui expose le conflit du loup et du goupil, et surtout l'Ysengrimus de Nivard de Gand (1152), où s'ébauche la typologie des animaux. S'y ajoutent l'influence des fables ésopiques gréco-latines, adaptées en français dans des recueils (Isopet) et reprises par Marie de France, et le poids du folklore ou l'importance des contes d'animaux à fonction étiologique ou mimologique. L'initiative décisive a été de mettre Renart au premier plan de toutes les histoires et de développer une image de la société animale. Relativement à leur richesse, les branches de Renart témoignent d'une tradition et d'un choix bien précis. C'est par rapport à la cour du lion Noble que la rivalité de Renart et Ysengrin prend son sens, mimant un conflit féodal. Dès le début, référence est faite à l'organisation de la société humaine qui, sans conduire immédiatement à la satire, en prépare le terrain par l'image de la comédie sociale. Dérision qui suppose un recul, une distance des auteurs, suggérant le regard philosophique du clerc sur la vie politique, guerrière ou mercantile. On passe donc aisément à une critique plus précise et plus mordante, évolution qui s'accuse sous le règne de Philippe Auguste pour aborder indirectement des questions d'actualité. Au début du xiiie siècle s'observe une transformation sensible du personnage. De héros trompeur mais sympathique, moquant les travers d'une société mi-fictive, mi-réaliste, Renart devient un personnage odieux, le symbole de l'hypocrisie et de la trahison. Cela s'accompagne d'un anthropomorphisme grandissant, les animaux s'humanisant de plus en plus sur le modèle du bas clergé et des paysans. Par la suite, la satire l'emporte du reste définitivement dans Renart le Bestourné de Rutebeuf (1270), le Couronnement de Renart (apr. 1251), Renart le Nouvel de Jacquemart Gielée (1288) et Renart le Contrefait (vers 1320). Renart devient une figure essentielle de la littérature française : exprimant la liberté de l'esprit et sa gaieté, sa ruse a servi d'exutoire à la récrimination morale ou sociale, et elle incarne la revanche de l'esprit bourgeois sur les valeurs chevaleresques et féodales.