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Qu Yuan

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire mondial des littératures ».

Poète chinois (vers 340 – 278 av. J.-C.).

Premier poète chinois connu, il resta au service du roi de Chu, principauté sudiste ayant développé une culture originale aux marges de l'espace chinois, jusqu'à ce que des calomniateurs l'en chassent. Blessé au plus profond de son âme, il exprime son amertume dans un genre poétique emprunt d'un lyrisme débridé, offrant une profusion d'images, de symboles et de locutions descriptives passées depuis dans le langage poétique conventionnel. Lorsque son pays tomba aux mains de Qin, il se jeta dans la rivière Miluo. C'était le 5e jour du 5e mois, dit-on, et sa mort est commémorée encore de nos jours par des fêtes aquatiques. Son destin tragique et son œuvre sont souvent confondus avec les Élégies de Chu, anthologie de longs poèmes de 50 à 100 vers, rassemblés par Wang Yi au iie siècle de notre ère. Pourtant le poète semble n'avoir écrit qu'à peine plus d'un tiers des 17 chapitres que celle-ci contient. Le seul poème sur lequel aucun doute ne plane est célèbre et s'intitule Lamentations sur la séparation (Lisao). Cette œuvre unique à plus d'un titre, longue de 374 vers, est passionnée, lyrique, désespérée : phénix exilé parmi les hommes, le poète incompris, chassé par son roi, part en quête d'une âme sœur à travers le monde et les étoiles, sur un char attelé de dragons. Foisonnant jusqu'à la confusion, difficile à comprendre par ses dialectalismes de Chu, les nombreuses références mythologiques et allégoriques, le symbolisme floral compliqué, le Lisao a fasciné tous ses lecteurs et son influence sur l'ensemble de la littérature chinoise jusqu'à aujourd'hui ne saurait être évaluée. Le reste du Chuci explore la même veine élégiaque, individualiste, bien qu'avec des variations attestant de créations d'époques et d'idéologies différentes. Ce sont les Neuf Chants (Jiu ge), hymnes d'amour chamanistique adressés à des divinités, les Neuf Admonestations, poèmes lyriques sur divers sujets, le Yuan you ou Voyage lointain qui narre un voyage chamanistique teinté de taoïsme. Le Tian wen (Questions célestes) propose une collection d'énigmes sur des sujets cosmologiques, mythiques et historiques. Un certain nombre de pièces sont attribuées avec plus ou moins de certitude à des lettrés Han, qui comme Song Yu (iiie s. av. J.-C.), auteur du Rappel de l'âme, créèrent dans l'ombre de Qu Yuan, dont l'importance dans la littérature chinoise a été comparée à celle d'Homère dans l'histoire de la littérature européenne.