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Charles Perrault

Charles Perrault
Charles Perrault

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire mondial des littératures ».

Écrivain français (Paris 1628 – id. 1703).

Fils d'un avocat au parlement, il était le dernier de quatre frères, et le jumeau d'un cinquième qui ne survécut pas. La critique moderne (M. Soriano) a vu dans cette gémellité avortée la source des choix esthétiques de l'écrivain, hanté par « une incertitude fondamentale concernant son existence ou la nature même de sa personnalité ». Il entre dans la vie littéraire par le burlesque, écrivant avec ses frères Nicolas (1611-1661), qui devait devenir un théologien janséniste, et Claude (1613-1688), un pastiche du vie livre de l'Énéide et un poème burlesque, les Murs de Troie (1653), où s'affirment déjà des positions modernes. Entré dans les services de son frère Pierre (1608-1680), premier commis de Colbert, il travailla pendant vingt ans à organiser dans l'art et la littérature le système louis-quatorzien du pouvoir absolu : il fut contrôleur général de la surintendance des Bâtiments du roi, membre de la commission chargée de rédiger les inscriptions des monuments publics (la future Académie des inscriptions et belles-lettres), membre fort influent de l'Académie française. Le 27 janvier 1687, sa lecture, à l'Académie, du poème le Siècle de Louis le Grand lança la querelle des Anciens et des Modernes. Entraîné dans une longue polémique (évoquée dans ses Mémoires, 1759), en particulier avec Boileau, Perrault publia les quatre parties du Parallèle des Anciens et des Modernes (1688-1697) qui traitent successivement de la supériorité des modernes dans les arts et les sciences, l'éloquence, la poésie, les techniques, la philosophie et la musique. Il récidiva avec les Hommes illustres qui ont paru en France pendant ce siècle (1696-1700).

Mais c'est grâce à ses Histoires ou Contes du temps passé (1697), dits aussi Contes de ma mère l'Oye (en prose et en vers), que Perrault est passé à la postérité : qui ne connaît Barbe-Bleue, mari sanguinaire, le Petit Chaperon rouge, qui a bien tort de se promener seule dans les bois, la Belle au bois dormant, que seul l'amour peut éveiller, Peau d'âne, qui doit échapper à l'amour de son père, et le Chat botté, image et symbole de ce que peut la ruse pour l'ascension sociale...? Les doubles jeux de la littérature orale traditionnelle, archaïque et «  naïve  », et de l'écriture mondaine et lettrée, de la croyance et de l'ironie, du didactisme moral et des implicites (craintes ancestrales, violence, sexualité), en font (comme des Fables de La Fontaine) une des œuvres à la fois les plus populaires et les plus énigmatiques de la littérature française. La cruauté, l'effroi, le merveilleux, la familiarité et la malice y sont savamment dosés, grâce à une technique du récit qui privilégie l'évocation sur la démonstration, en rendant quotidien le fantastique. Classiques par leur élaboration formelle, leurs préoccupations pédagogiques réfléchies et leur orientation rationaliste, baroques par leurs thèmes merveilleux, leur art du masque (permettant ambiguïté et doubles lectures) et l'émergence mal maîtrisée de l'inconscient de l'artiste, les Contes apparaissent aussi comme une parfaite illustration de la théorie de la « modernité » (la tradition orale contre l'imitation de l'antique, le public mondain contre le public docte) professée par leur auteur. Dans ses Réflexions chrétiennes, Perrault notait que « l'odeur agréable des grands bois de haute futaie n'est dans son origine que la puanteur de quelque vieille souche pourrie » : ainsi l'humus de la vie d'un académicien classique a-t-il donné naissance à un chef-d'œuvre improbable, dont la fraîcheur intacte brille toujours d'un éclat inquiétant.