En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêts, réaliser des statistiques ainsi qu’interagir avec des réseaux sociaux.

Pour en savoir plus et paramétrer les cookies

Identifiez-vous ou Créez un compte

Aleksandr Nikolaïevitch Ostrovski

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire mondial des littératures ».

Auteur dramatique russe (Moscou 1823 – Chtchelykovo, gouvern. de Kostroma, 1886).

Il grandit à Moscou, dans un quartier conservateur et traditionnel de marchands et d'hommes de loi, qu'il évoquera dans ses Esquisses d'un habitant de Zamoskvoretchié (1847) et qu'il mettra plus tard en scène. Il interrompit ses études à l'université et obtint un emploi modeste au tribunal de commerce : c'est là qu'il apprit à connaître à fond le milieu des petits fonctionnaires. Sa première pièce, Entre amis, on s'arrangera (1850), connut un immense succès, et son auteur fut vite considéré comme un successeur de Gogol. La pièce fut interdite de représentation, premier épisode d'une longue suite de démêlés avec la censure. Pendant un quart de siècle, Ostrovski a dominé le théâtre russe. Son activité a embrassé tous les genres, du drame historique (le Faux Dmitri, 1866) au vaudeville, de la satire à la féerie (la Jeune fille de neige, 1873) : en tout, une cinquantaine de pièces variées, dont le ressort est souvent l'argent et dans lesquelles les caractères sont révélés à travers les contingences d'un lieu et d'un moment précis, tout en ayant la force de types. Son humour, sa sympathie, sa finesse d'observation, une langue savoureuse font d'Ostrovski un grand écrivain, qui possède « la franchise naïve d'un poète populaire, le sentiment et l'amour de la vie » (Grigoriev). L'année de sa mort, il fut nommé directeur des théâtres de Moscou.

Les conceptions esthétiques d'Ostrovski doivent beaucoup à Belinski : l'écrivain est un enquêteur, qui soumet à ses investigations certaines couches de la société. Il se doit de connaître à fond son sujet : Ostrovski entreprendra un voyage dans la région de la Volga, où se déroulent bon nombre de ses pièces. À ses débuts, il prolonge la tradition gogolienne de la comédie satirique : le caractère très noir, désabusé de ses pièces est peu à peu nuancé par l'apparition de personnages positifs. Ces derniers sont le plus souvent des « petites gens », un commis, un professeur et sa fille... C'est dans l'Orage (1859) que l'on en trouve la représentation la plus accomplie, avec le personnage de Catherine, l'héroïne, ardente, pure et affectueuse. Mariée à un jeune marchand timide, qui vit sous la coupe de sa mère, elle s'éprend d'un jeune homme qui, comme elle, souffre de l'obscurantisme de leur milieu. Elle cède à sa passion, mais, incapable de duplicité, sentant monter l'orage où elle voit le mécontentement du ciel, elle implore un pardon qui lui est refusé. Elle choisit alors la liberté dans la mort et se noie dans la Volga. La pièce est considérée comme le chef-d'œuvre d'Ostrovski, parce qu'elle met en scène des personnages pleins de vie, typiques, tout en offrant une intrigue à la logique implacable qui fait de ce drame provincial une véritable tragédie sur l'amour et la mort. Avec des pièces comme Un vieil ami vaut mieux que deux nouveaux (1860), les Jours pénibles (1863), Ostrovski crée un nouveau genre : ce sont des sortes de  « tableaux » de la vie moscovite ou provinciale, dans lesquels il plonge dans les détails du quotidien, difficile, de ses héros, d'origine modeste, opprimés, mais qui savent, souvent à l'instigation des jeunes femmes, se révolter. Dans ses dernières pièces, parfois qualifiées de « comédies mélancoliques », le dramaturge accorde une attention toute particulière au sort des femmes. La Fille sans dot (1878), Le cœur n'est pas une pierre (1878), les Talents et les admirateurs (1881) sont autant de portraits d'un personnage féminin, caractérisés par un souci de l'analyse psychologique et une atmosphère poétique jusqu'alors absents des pièces d'Ostrovski. Son théâtre est rapidement victime d'une « standardisation » des mises en scène, qui le réduit trop souvent à des formes vides. Les spectacles de Meyerhold (la Forêt en 1924) et de Stanislavski (Cœur ardent en 1926) jouèrent un rôle essentiel dans la « redécouverte » de cette œuvre.