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Oracles sibyllins

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire mondial des littératures ».

Recueil des oracles attribués, pendant l'Antiquité grecque et romaine, à des prophétesses, les sibylles. Bien que de forme grecque, cette compilation, qui se rapporte pour l'essentiel aux événements de la période qui va du iie s. av. J.-C. au iiie s. de notre ère, est d'inspiration judéo-chrétienne.

Des 12 livres que comprend, dans son état actuel, le recueil des Oracles sibyllins, les livres III, IV et V sont d'origine entièrement juive. Le plus ancien des livres sibyllins est le livre III, composé de 829 hexamètres. Il émane du judaïsme hellénistique d'Alexandrie et a été constitué v. 42-43 avant notre ère. Son auteur était un bon connaisseur de la poésie grecque. L'auteur (auquel certains critiques n'ont pas hésité à donner un nom, Aristobule, le falsificateur d'Orphéeen, tandis que d'autres ont songé aux Thérapeutes décrits par Philon d'Alexandrie dans le De vita contemplativa) place sous l'invocation d'une inspirée païenne particulièrement prestigieuse une prédication apocalyptique appelant le monde païen (et tout particulièrement l'Égypte et l'Hellade) à la pénitence et au repentir à la veille du Déluge de feu.

Le livre IV, composé à Alexandrie, comprend 192 vers. Sa date peut être approximativement déterminée grâce à plusieurs indications chronologiques présentes dans le texte, comme la destruction de Jérusalem, l'éruption du Vésuve de 79, le retour prédit de Néron, qui pourrait correspondre à l'épisode du second faux Néron qui se manifesta en l'an 80 sous Titus ou à celui du troisième imposteur qui trouva de l'appui chez les Parthes en 88, sous Domitien. Le livre IV a été longtemps considéré comme l'œuvre d'un poète chrétien. Certains critiques ont vu dans le livre l'œuvre d'un essénien en raison de la polémique contre les temples et les sacrifices sanglants.

Alors que la couleur juive dans le livre III est remarquablement discrète et franchement timide dans le livre IV, dans le livre V, en revanche, elle devient presque agressive : les Juifs, la Judée, le Temple sont plusieurs fois nommés, et la restauration de Jérusalem, du Temple et de son culte est décrite en termes de puissance. Quelques repères chronologiques présents dans le texte – la mention de la destruction du Temple de Jérusalem et peut-être celle du temple d'Onias en Égypte, la célébration en termes emphatiques du règne d'Hadrien – permettent de d'affirmer que le livre V est l'œuvre d'un Juif qui écrivait en Égypte au début du règne d'Hadrien, avant 132 de notre ère.

Les Pères de l'Église ont attaché une grande importance aux Oracles sibyllins. Leur influence s'exercera au Moyen Âge dans le drame liturgique, la littérature (Dies irae, Thomas d'Aquin, Dante, Calderón) et l'art (portails de Laon et de Notre-Dame de Paris, Giotto, Van Eyck, Raphaël, Michel-Ange) jusqu'au seuil de l'ère moderne (Vintila Horia, Dieu est né en exil).