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Claude Ollier

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire mondial des littératures ».

Écrivain français (Paris 1922).

Ancien élève d'H.E.C., docteur en droit, mû par le désir de quitter l'Europe d'après guerre, il devient fonctionnaire de l'administration chérifienne au Maroc (1950-1955). La rencontre du monde arabo-berbère est fondatrice : c'est à partir de là, en effet, qu'il parvient à canaliser la « pulsion vers l'écriture » qui l'agitait depuis quelques années. La découverte éblouie de l'étranger (paysages, calligraphie, langue, culture, religion) le désoriente, bouleverse tout repère, ouvre à une poétique du partage et à une thématique de l'altérité.

On voyage donc beaucoup dans son œuvre, des déserts africains de la Mise en scène (1958) aux pistes de Marrakch-Médine (1980), en passant par les touffeurs d'Été indien (1963). Errance géographique et invention de territoires se confondent (Outback ou l'Arrière-monde, 1995 ; Missing, 1998), de même que l'inspiration conjugue les principes d'incertitude et de distance (Déconnection, en 1988, devient Obscuration, en 1998). Au gré des Navettes (1967) concertées de l'écriture, l'aventure se fait projection plane dans un présent sans épaisseur ni perspective (l'Échec de Nolan, 1967), itinéraire hasardeux tracé sur une carte, à la lumière intérieure d'une lanterne magique. Ollier n'est pas un passionné de cinéma pour rien (Souvenirs écran, 1981). Ce défilement d'images masque la réalité plus qu'il ne la révèle, car plus l'archéologie met au jour de tablettes et de signes (Our ou Vingt Ans après, 1974), moins l'alphabet est déchiffrable (Une histoire illisible, 1986). D'où l'« arabesque » qui clôt Enigma (1973).

Un temps associée au Nouveau Roman, l'œuvre d'Ollier rejette l'illusion référentielle (Mon double à Malacca, 1982), tandis que le conflit entre l'imaginaire individuel et les contraintes sociales l'amène à une contestation à la fois politique (le Maintien de l'ordre, 1961) et rhétorique, y compris dans le cadre de la science-fiction (la Vie sur Epsilon, 1972), dont il subvertit les stéréotypes. Cependant la technicité du vocabulaire masque mal l'angoisse face à l'infini cosmique, aux dilatations du temps, à un dédale universel que le sujet ne parvient pas à maîtriser, fût-ce au moyen de systèmes géométriques. Dans cette lutte dont « l'enjeu est la page blanche ; l'issue, le tracé des lignes » (Fuzzy Sets, 1975), l'auteur multiplie les brouillages et les déplacements esthétiques (Nébules, 1981 ; Truquage en amont, 1992 ; Aberration, 1997). Inventions lexicales, inversions syntaxiques, messages codés, mots tronqués, typographie iconoclaste, composition polyphonique : tels sont les traits de ce vaste Jeu d'enfant, que vient compléter un journal (Cahiers d'écolier, 1984 ; Fables sous rêve, 1985 ; les Liens d'espace, 1989).