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Nouvelle-Zélande

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire mondial des littératures ».

La littérature néo-zélandaise constitue un phénomène culturel récent, puisque ses débuts ne remontent guère au-delà des années 1930. La modestie de ses réalisations n'est pas sans rapport avec l'isolement géographique, et par suite artistique, du pays. Cette situation a contraint nombre d'écrivains à s'expatrier en Europe, comme le fit Katherine Mansfield, ou en Australie comme Douglas Stewart. L'isolement explique aussi l'influence qu'eut pendant longtemps la littérature britannique, influence actuellement battue en brèche par les modes culturelles venues des États-Unis.

La tradition maorie

Avant l'arrivée de l'écrit existait une tradition maorie orale très riche, fondée notamment sur l'histoire mythique qui remonte aux origines du peuple maori, à l'île de Hawaiki. Les Maoris sont venus vers 800 ap. J.-C. de l'est de la Polynésie, sur le territoire qu'ils appellent Aotearoa. Les premiers écrits maoris (le maori s'écrit depuis 1815 environ) traitent de l'invasion des Européens. On peut dire qu'aujourd'hui ces deux traditions se sont mêlées, et nombre d'éléments de la tradition orale – par exemple les proverbes (whakatanki), les incantations (karakia) ou encore les récits (korero) – ont été retranscrits. Une loi a été votée en 1987 pour sauvegarder la langue, parlée de moins en moins, et le maori est désormais une des langues officielles du pays.

Le temps des colons

Les premières œuvres écrites et publiées en Nouvelle-Zélande concernent les mythes et les poèmes maoris, qui furent recueillis dès 1854 par sir George Grey. On trouve aussi des récits et des mémoires écrits par les colons, et qui traitent de l'émigration, de la vie et des problèmes des pionniers : Aventures en Nouvelle-Zélande (1845) de E. J. Wakefield ; Taranaki : un récit de la guerre (1861) de Henry Butler Stoney ; Vieille Nouvelle-Zélande (1863) de F. E. Manning, le Roi Maori (1864) de J. E. Gorst. L'écrivain anglais Samuel Butler, qui passa quelques années dans le pays, raconta son expérience dans sa Première Année dans l'établissement de Canterbury (1863). Les récits sont dominés par un réalisme souvent naïf et des visées didactiques. Durant cette seconde moitié du xixe s., quelques poètes se manifestent, qui imitent souvent la poésie victorienne : A. Domett (1811-1887) est l'auteur d'un poème épique sur les Maoris, traitant d'une union interraciale entre un jeune naufragé anglais et une princesse maorie (Ranolf et Amohia, 1872), tandis que Thomas Bracken (1843-1898) donne au pays son hymne national (Que Dieu protège la Nouvelle-Zélande). John Barr (1809-1889) se singularise en écrivant en dialecte écossais.

Avec les années 1890 apparaissent les sentiments nationalistes qui donnent aux écrivains plus de confiance en leur talent, sans toutefois extirper totalement le complexe d'infériorité des « coloniaux » à l'égard de la métropole : ainsi chez William Pember Reeves (la Longue Nuée blanche, 1898) et la « balladiste » Jessie Mackay (Terre du matin, 1909). Au début du xxe s., le roman garde une tonalité nettement historique avec la Porte de jade (1914) de William Satchell (1860-1942) et Tutira : histoire d'un élevage de moutons néo-zélandais (1921) de W. B. Guthrie, tandis que Pencarrow (1922) de Nelle Scanlan brosse la chronique d'un siècle de vie néo-zélandaise. Les thèmes sont liés à la délicate période de la construction de la nation, et le progrès (teinté parfois de darwinisme, comme dans la saga la Terre de mes enfants de Helen Wilson, 1874-1957) et le projet colonisateur sont envisagés sous le même angle « civilisateur » (Ceux qui amènent la loi, de G. B. Lancaster, 1913).

À la recherche d'une identité

Les années 1930 voient un véritable essor de la littérature : un regard critique est porté dorénavant sur la société. Des magazines se créent, comme Phoenix, lancé en 1932 par un groupe d'étudiants d'Auckland, qui connut une grande influence malgré son existence éphémère, et dont le flambeau sera repris en 1947 par Landfall. Les écrivains se considèrent désormais comme des Néo-Zélandais, et non plus comme des Anglais exilés. Des poètes comme R. A. K. Mason (1905-1971), Charles Brasch (1909-1973) ou Allen Curnow (né en 1911) parviennent à trouver un équilibre entre la déférence vis-à-vis de la tradition anglaise et la nouvelle ferveur nationaliste. Dès lors, la poésie ne cesse de manifester sa vigueur à travers l'évocation des paysages porteurs de la vitalité spirituelle du pays, avec Robin Hyde (1906-1939), James K. Baxter (1907-1972), Louis Johnson (né en 1924), Fleur Adcock (née en 1934), Christian Karlson Stead (né en 1936), encore récemment avec Voix (1990) et Straw into Gold (1997) privilégie la forme courte, Ian Wedde (né en 1946), avec son recueil le Percussionniste (1993) par exemple.

Les années 1930 voient aussi le développement de la nouvelle avec R. Finlayson ou D. Ballantyne (né en 1924) et surtout Frank Sargeson (Un homme et sa femme, 1940 ; J'ai vu en rêve, 1949), tandis que la Dépression provoque l'apparition d'un roman social : John A. Lee (les Enfants des pauvres, 1934), Robin Hyde (Passeport pour l'enfer, 1936), John Mulgan (l'Homme seul, 1939).

C'est en 1957 que Janet Frame (née en 1924) fait paraître son premier récit, Quand pleurent les hiboux, s'imposant comme la romancière la plus imaginative et la plus pessimiste de son pays. Autour d'elle s'affirment Maurice Duggan (1922-1974), auteur de la Terre d'Immanuel (1956) ; Maurice Shadbolt (né en 1932), qui écrivit Parmi les cendres (1965) ; Ian Cross (né en 1925), dont les romans (l'Enfant Dieu, 1958 ; le Sexe ingrat, 1960) traitent de l'enfance et de l'adolescence ; Sylvia Ashton-Warner, auteur d'un roman sur l'éducation, la Vieille Fille (1958), et de Jade (1964), où se confrontent la culture anglo-saxonne et la culture maorie. Maurice Gee écrit sa trilogie Plumb (1978), Meg (1981) et Sole Survivor (1983) qui explore les changements subis par la société néo-zélandaise des années 1950. Le thème de la rencontre – parfois violente – des races et des cultures entre Maoris et Pakeha (Blancs) a également inspiré bon nombre d'œuvres, et notamment la trilogie d'Errol Brathwaite (né en 1924) sur les guerres maories du siècle dernier (le Poisson volant, 1964 ; le Chas de l'aiguille, 1965 ; Jour de malheur, 1967). Il existe par ailleurs quelques écrivains maoris, dont le plus connu est Witi T. Ihimaera (né en 1944), qui a publié un recueil de nouvelles (Pounamu Pounamu, 1972), des romans (Tangi, 1973 ; Whanau, 1974) et, avec Donald Stuart Long (né en 1950), une anthologie (Dans le monde de la lumière, 1982), et, plus récemment, la Matriarche (1986). Patricia Grace, nouvelliste à ses débuts, analyse les rapports entretenus par trois cousines maories avec leur héritage, sur une période allant des années 1940 aux années 1990 (Cousins, 1992) ; déjà, dans Potiki (1986), elle faisait la part belle au mythe. Deux autres auteurs doivent être mentionnés : Keri Hulme (par ailleurs poète – il a publié Strands en 1992, sorte de méditation sur la mort) et son The bone people (1983) et Alan Duff (C'était des guerriers, 1990, suivi de Que deviennent les hommes brisés ?, 1996), qui, plutôt que de s'intéresser aux mythes maoris, peint la société maorie contemporaine, fragmentée, aux traditions en voie de disparition (Sous tutelle, 1994). Tous ces écrivains interrogent leur appartenance au territoire néo-zélandais et tentent de définir l'identité culturelle de la société : le nouvelliste Owen Marshall, tout en cultivant la veine réaliste, explore les failles du réel (Un monde brisé, 1989 ; le Retour dans la nuit, 1995). Le théâtre se cherche aussi pendant longtemps. Depuis la représentation de la première pièce néo-zélandaise Marcilina, ou la pucelle d'Urnindorpt de James Marriott en 1848 jusqu'au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, on met en scène des pièces réalistes portant sur les luttes de classe ou les conflits interethniques. Il faut attendre les années 1970 pour qu'un Robert Lord, par exemple, propose des textes originaux où les repères temporels sont effacés (Ceci n'est pas du cricket, 1971 ; Lieu de rendez-vous, 1972 ; Des étapes nouvelles, 1983) et fonde en quelque sorte un théâtre local, avec d'autres tels Joseph Musaphia (la Guerilla, 1971) et Roger Hall (Songes de collines du Sussex, 1986, inspiré des Trois Sœurs de Tchékov). Greg Mc Gee, quant à lui, puise dans la culture populaire pour y trouver la métaphore spécifique de la société néo-zélandaise, le rugby (Foreskin's Lament, 1980 ; Dent et griffe, 1983 ; Dehors dans le froid, 1983 et Hommes blancs, 1986).