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Mu'Allaqat

(« les suspendues »)

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire mondial des littératures ».

La tradition littéraire arabe regroupe sous ce nom un ensemble de sept à dix pièces (qasida) attribuées à d'illustres poètes qui auraient vécu entre le vie et le viie siècle. L'authenticité de leur poésie, voire, pour certains d'entre eux, l'historicité d'une existence, il est vrai fortement teintée de légende, est encore contestée. De là des controverses, dont la plus célèbre fut déclenchée par le livre de Taha Husayn, Fi'l-chi'r al-Djahili (1926). Malgré des diversités internes, l'ensemble des mu'allaqat offre en commun avec le reste des productions dites de la Djahiliya (« Gentilité ») une originalité saisissante par rapport aux cultures voisines, byzantine et syriaque entre autres. Est-il possible dès lors de saisir cette originalité dans un contexte et un cadre fonctionnel précis ? Une part des traits documentaires imputés à la Djahiliya pourrait, dans ces poèmes, n'être que de genre. Mais certains renvois à un stade ancien de la péninsule arabique, et surtout les constantes qui se laissent discerner dans le recueil lui-même (stabilité des thèmes, importance de la notation toponymique) devraient retenir l'attention. La problématique véritable des mu'allaqat pourrait consister à les reporter non vers l'aval (dénonciation des forgeries), mais vers l'amont ; on s'interrogerait alors sur l'origine de tant de motifs cristallisés et de stéréotypes. On peut même se demander si, de manière générale, le poème, tourné en qasida, n'a pas pu servir à exposer une antique mythologie, à caractère païen, au niveau de son exorde, lors de l'évocation des ruines, du campement abandonné, des traces de la bien-aimée, comme s'il s'agissait d'un au-delà inaccessible. D'autre part, le statut très particulier du poète arabe à cette époque conforte une telle lecture. Le poète est un homme habité par un djinn, un tabi' dont les paroles, rimées et rythmées, étranges, témoignent par leur forme peu commune de leur origine démoniaque. De plus, ces paroles ne visent pas seulement la beauté mais encore la vérité (ce que le poète croit créer ou imaginer, le djinn l'extirpe d'un monde bien réel) : d'où la redoutable puissance qu'elles possèdent. Le prophète de l'islam fut le contemporain des derniers auteurs des Mu'allaqat et, lui-même promoteur d'une parole musical, aux résonances étranges, a été dans un premier temps assimilé, tout naturellement, à un poète.