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François Mauriac

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire mondial des littératures ».

Écrivain français (Bordeaux 1885 – Paris 1970).

Son œuvre porte fortement la marque de son enfance et de sa jeunesse : d'abord par les images de Bordeaux et des landes girondines qui reviennent constamment sous la plume du romancier, du poète ou du journaliste ; ensuite, et plus profondément, à cause de l'éducation chrétienne marquée de puritanisme (on a pu parler de jansénisme) que le jeune François a reçue. C'est alors que s'est forgée la hantise du « péché de la chair » qui marque l'œuvre du romancier. Des jeunes gens troublés et parfois troubles (l'Enfant chargé de chaînes, 1913 ; le Baiser au lépreux, 1922 ; Genitrix, 1923), des couples déchirés (le Désert de l'amour, 1925 ; le Nœud de vipères, 1932), des femmes révoltées et humiliées (Thérèse Desqueyroux, 1927) témoignent de l'importance d'une sexualité partout présente et refusée comme le signe d'une dramatique misère humaine. Cependant, chez cet écrivain chrétien, un attachement tout païen à la terre éclate dans les poèmes d'Orages (1925) ou du Sang d'Atys (1940). De même, on devine, derrière certaines lignes proches de la révolte de Souffrances du chrétien (1928), les manifestations d'une crise morale et religieuse. Bonheur du chrétien (1929) traduit la fin de la crise et marque la « conversion » de Mauriac. Après une grave opération à la gorge en 1932, Mauriac, qui s'est cru perdu, est élu à l'Académie française en 1933 : s'ouvre alors une carrière prestigieuse où les succès se suivent. Délaissant les romans centrés sur un drame individuel, Mauriac, sous l'influence d'œuvres contemporaines plus complexes, tente de diversifier et de multiplier les personnages dans les Anges noirs (1936) et surtout les Chemins de la mer (1939). Malgré les critiques de Sartre, qui, en 1939, lui reproche d'intervenir trop souvent dans le destin de ses personnages et de ne pas leur laisser la liberté indispensable à l'indétermination de la créature romanesque, Mauriac reste toujours moins préoccupé des questions de technique romanesque que des répercussions spirituelles de ses écrits. La Pharisienne (1941), le Sagouin (1951), Galigaï (1952), l'Agneau (1954) complètent une œuvre qui reste centrée sur les problèmes du péché et de la grâce. En 1952, le prix Nobel de littérature est non seulement une consécration, mais le point de départ d'une nouvelle carrière : Mauriac, qui ne connaît pas au théâtre le succès escompté (Asmodée, 1937 ; les Mal-aimés, 1945 ; Passage du Malin, 1947 ; le Pain vivant, 1950), se voue désormais presque entièrement à une œuvre journalistique, souvent polémique et politique. En fait, dès avant 1914, en réaction contre le conservatisme étroit et l'antidreyfusisme de son milieu, l'écrivain avait été touché par le catholicisme libéral du Sillon, le mouvement de Marc Sangnier. Après 1920, au contraire, les articles de l'Écho de Paris traduisaient la pensée d'un homme de droite. Il avait fallu la guerre civile espagnole et l'influence spirituelle exercée par les prêtres et les laïcs de l'Action catholique (autour des hebdomadaires Sept et Temps présent, entre 1937 et 1940) pour que Mauriac s'engageât peu à peu aux côtés des catholiques libéraux. Le Cahier noir, publié dans la clandestinité en 1943 aux Éditions de Minuit, sous le pseudonyme de Forez, révèle une pensée politique nuancée, mais intransigeante sur la défense des droits de l'homme. La crise marocaine en 1953, puis l'engagement aux côtés du général de Gaulle marquent le Bloc-Notes, publié successivement dans la Table ronde, l'Express puis le Figaro littéraire. Jamais Mauriac n'a eu autant de lecteurs. Redoutable polémiste, il égratigne, voire déchire les médiocres de la vie politique. Lorsque les crises marocaine puis algérienne sont réglées, le vieil homme tourne plus facilement sa pensée vers le passé ou vers la réflexion spirituelle : le Bloc-Notes s'élargit en méditation. Plus qu'un journaliste, Mauriac est alors tantôt poète, tantôt philosophe dans des pages où le lyrisme affleure. On retrouve alors les thèmes que la réflexion mauriacienne nourrit depuis les origines dans un certain nombre d'ouvrages théoriques ou autobiographiques comme le Journal (1934-1950), les Mémoires intérieurs (1959) et les Nouveaux Mémoires intérieurs (1965), ou cette sorte de bilan spirituel que constitue Ce que je crois (1962). On peut mesurer dans ces ouvrages l'importance affective de Maurice Barrès (qui accueillit et lança le jeune poète des Mains jointes en 1909) et surtout la permanence de l'influence pascalienne, qui date des années de collège et ne se démentit jamais (« Je doute que sans lui je fusse demeuré fidèle »). Pascal apparaît à Mauriac comme le modèle de l'homme de foi, d'une foi vécue plus que traduite intellectuellement dans des raisonnements. Le Dieu de Pascal comme celui de Mauriac est le Christ vivant, souffrant et ressuscité, et non le Dieu des philosophes et des savants. Non que Mauriac prêche le quiétisme : il est au contraire convaincu de l'importance des débats théologiques, mais il sait que sa vocation l'appelle à méditer sur des situations concrètes plus que sur des idées. Dans cette perspective, les romans peuvent apparaître comme des sortes d'expériences qui poussent à l'extrême des situations réelles en les portant au point où elles éclatent en drames porteurs d'une signification philosophique. En fait, la seule question qui passionne vraiment Mauriac est de savoir comment la grâce parvient à triompher du péché le plus invétéré. Mais ne serait-ce pas aussi sous l'influence du Pascal janséniste que le péché apparaît comme si puissant et la grâce si peu agissante parfois sur des créatures vouées à la médiocrité et à une quasi-mort spirituelle ? La fidélité au Christ passe par la fidélité à l'Église, mais elle nourrit surtout la foi, l'espérance et la charité, dont retentissent de plus en plus les pages de Mauriac et qu'il résume dans les dernières lignes de Ce que je crois : « Tu existes puisque je t'aime... Croire, c'est aimer. »