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Clément Marot

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire mondial des littératures ».

Poète français (Cahors 1496 – Turin 1544).

Fils de Jean Marot, il apprit de son père les premiers rudiments de l'art des vers : formation toute « rhétoricienne » qui devait le marquer pour la vie. Affilié à la Basoche, association festive de clercs impliqués dans la vie théâtrale, il fait bientôt paraître le Temple de Cupido (1515) et l'Épître de Maguelonne (1517). En 1519, il obtient la charge de valet de chambre de la sœur du roi, Marguerite, alors duchesse d'Alençon. Simultanément, il découvre le monde de la Cour et s'initie, à l'instigation de sa protectrice, aux idées évangéliques, auxquelles il ne tarde pas à adhérer. L'année 1526 est celle de ses premiers démêlés avec la justice : pour avoir enfreint la règle d'abstinence du carême en « mangeant le lard », il est arrêté et condamné à la prison du Châtelet en février. C'est durant cette détention qu'il écrit l'Enfer, violente satire du monde de la justice, dont la publication par Dolet, en 1542, devait valoir au poète de nouveaux ennuis. De cette première incartade, François Ier ne lui tiendra cependant pas rigueur : en 1527, il l'accepte pour succéder à son père dans la charge de valet de chambre du roi. Pour Marot commence alors une carrière de poète officiel de la Cour : il en célébrera les grands et les menus événements, sans rien abdiquer toutefois de sa liberté tant d'esprit (témoin l'élégie à Semblançay) que de mœurs (en 1527, à la suite d'une bagarre avec le guet, il est de nouveau emprisonné). En 1532, il donne, sous le titre de l'Adolescence clémentine, le premier recueil de ses œuvres. Deux ans plus tard survient l'affaire des Placards. Marot figure sur la liste des suspects d'hérésie : il se réfugie à Nérac d'abord, auprès de Marguerite devenue reine de Navarre, puis à Ferrare, à la cour de Renée de France : c'est là l'occasion pour lui d'approfondir son attachement à l'évangélisme. Ce séjour en Italie devait marquer le poète : il y trouve, dans la fréquentation des humanistes italiens, une occasion d'élargir sa connaissance de la poésie et de s'initier à la poésie des modernes strambottistes. C'est durant ce séjour qu'il provoque, en composant le Blason du beau tétin, la célèbre joute poétique qui devait, des années durant, valoir une vogue au genre du blason, pour finir par être remportée par Maurice Scève et son Sourcil. Parallèlement, il poursuit sa traduction, commencée vers 1530, des Psaumes de David. En 1536, l'édit de Coucy autorise, sous condition d'abjuration, les fugitifs à regagner le royaume : après avoir abjuré à Lyon toute attache au luthéranisme, Marot rentre à Paris, où, très vite, il recouvre, en même temps que la faveur royale, sa position de poète officiel au détriment d'un de ses ennemis les plus acharnés, François Sagon. Mais, en 1541, les Trente Psaumes de David provoquent la colère de la Sorbonne qu'exacerbe, l'année suivante, la réédition de l'Enfer par Dolet. De nouveau, Marot se résolut à un exil qui devait être définitif. Réfugié d'abord à Genève, il y poursuit, encouragé par Calvin, la traduction des Psaumes (dont 50 parurent en 1543) ; mais, suspecté d'irréligion par les protestants comme il l'avait été par les catholiques, il quitta, au début de 1544, Genève pour Chambéry, puis Chambéry pour Turin.

L'œuvre de Marot est marquée par une évolution nettement perceptible. Ses premiers écrits poétiques, jusqu'aux années 1520, s'inscrivent dans la pure tradition des rhétoriqueurs. Ses traductions – de la première Églogue de Virgile, du Jugement de Minos de Lucien, des Métamorphoses d'Ovide – suivent une mode qu'Octavien de Saint-Gelais, autre disciple des rhétoriqueurs, avait, en 1508, inaugurée avec sa traduction des Héroïdes d'Ovide. Plus originales en ce qu'elles inaugurent un genre dans lequel Marot devait exceller – celui de l'épître-requête –, l'Épître au dépourvu (éloge de la sœur du roi et requête pour entrer à son service) et la Petite Épître au roi (demande de subsides adressée à François Ier) n'en continuent pas moins de participer, chacune à sa manière, de la poétique ancienne : la première par l'usage de l'allégorie, la seconde par les acrobaties d'une versification essentiellement fondée sur le jeu des rimes équivoquées. Disciple des rhétoriqueurs, Marot l'est également, à l'orée de sa carrière, par sa prédilection pour les genres à forme fixe hérités de la fin du Moyen Âge : ballades, chants royaux et rondeaux (tous genres qu'il ne pratiquera plus qu'occasionnellement après 1530). Il s'agit là, toutefois, d'une fidélité à des modèles spécifiquement métriques qui n'exclut pas, le cas échéant, un renouvellement du contenu, voire de certains aspects formels de sa poésie. C'est en effet dans les poèmes à forme fixe que s'esquisse la « manière » qui s'épanouira dans les œuvres de sa maturité et fera l'originalité du « style » marotique : une familiarité parfois gaillarde mais toujours élégante, une verve faite de badinage, de saillies spirituelles, parfois de causticité. Une manière qu'illustrent, à des titres divers, la Ballade des Enfants sans souci, la Ballade à Mme d'Alençon pour être couché en son état, le Chant de mai, la Ballade de frère Lubin.

L'évolution de la poésie marotique est due à l'influence de trois facteurs. D'une part, le goût régnant à la Cour, qui portera le poète vers une forme de poésie aux antipodes de la laborieuse ascèse de la poétique « rhétoricienne », privilégiant l'expression spontanée des sentiments, et, corrélativement, l'abandon progressif des poèmes à forme fixe au profit de genres nouveaux autorisant une écriture plus « souple » : l'épître et l'élégie. Second facteur d'évolution : la découverte, lors de l'exil italien, du sonnet et de l'épigramme. Troisième facteur, enfin : l'engagement dans l'évangélisme. De cette triple influence résulte une production variée (où l'on peut distinguer, sinon toujours des genres, du moins des registres d'écriture différents), globalement dévolue (à l'exception, peut-être, de la traduction des Psaumes) à une fonction essentielle : celle de poésie de Cour.

Ce sont certainement les Épîtres qui manifestent avec le plus d'éclat la quintessence du « style » marotique (Épître à son ami Lyon, Au roi, pour le délivrer de prison, Épître au roi par Marot étant malade à Paris). Avant Marot, l'épître était confinée au genre de la missive amoureuse fictive : en lui donnant une facture personnelle et en lui permettant d'aborder les sujets les plus divers, c'est une transformation radicale du genre que le poète opérait. L'inspiration satirique, importante dans l'œuvre de Marot, n'est souvent guère dissociable de l'inspiration « personnelle » : certaines épîtres, comme celle Au roi, du temps de son exil à Ferrare, sont partiellement des satires. À strictement parler, ne relèvent du genre satirique que les Épigrammes : une thématique issue de la vieille tradition gauloise s'y trouve associée à une même forme métrique (celle du huitain ou du dizain), qui confère à ces pièces la structure d'un court récit s'achevant sur une « pointe ». La traduction des Psaumes, dont le chant est toujours intégré de nos jours au culte réformé, inaugure quant à elle le lyrisme d'inspiration biblique. Les pièces des Psaumes sont remarquables par leur forme : le recueil n'offre pas moins de 41 combinaisons strophiques, qui, pour n'être pas toutes également heureuses, représentent globalement un « exercice » formel considérable, dont maint poète par la suite (notamment Ronsard) devait tirer les fruits.