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Alain René Lesage

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire mondial des littératures ».

Écrivain français (Sarzeau 1668 – Boulogne-sur-Mer 1747).

Orphelin, il mena, jusqu'en 1730, une double carrière littéraire d'homme de théâtre et de romancier. À la charnière de deux époques, Lesage a élaboré une œuvre nouvelle qui mêle certains héritages classiques à des apports étrangers (surtout espagnols) et à un esprit moderne. Après les Lettres galantes d'Aristénète (1695), adaptation d'un recueil grec tardif, et les Nouvelles Aventures de l'admirable Don Quichotte de la Manche (1704), tirées de la suite anonyme du roman de Cervantès, le Diable boiteux, qu'il publia en 1707, d'après un ouvrage de Luis Vélez de Guevara, fut l'un des plus grands succès de librairie du siècle : Asmodée, « le diable boiteux », guide un jeune écolier, Don Cléofas, dans un périple qui les fait pénétrer dans toutes les maisons de Madrid. Ainsi est démasqué l'envers de la comédie sociale. Lesage vécut désormais des revenus de sa plume. Il collabora aux Mille et Un Jours (1710-1712), contes orientaux traduits par Pétis de la Croix, et donna, en 1715, le premier tome de l'Histoire de Gil Blas de Santillane, qui fut suivi d'un second (1724) puis d'un troisième (1735). Inspiré du roman picaresque espagnol Lazarillo de Tormes, c'est un roman-Mémoires : au cours d'une succession d'aventures qui lui font traverser l'Espagne, le narrateur apprend à vivre et accède finalement à une sorte de sagesse épicurienne. La succession des épisodes semble n'être régie que par le hasard mais, utilisant avec habileté les rappels thématiques et la division en tomes, Lesage a donné à l'œuvre la cohérence d'un triptyque : premières expériences, équilibre de la maturité, sagesse de l'âge. Lesage renouvelait la tradition picaresque dans un sens désinvolte. Exploitant les procédés du Gil Blas, Lesage publia une série de gros romans, comme l'Histoire de Guzman d'Alfarache (1732), les Aventures de Robert Chevalier dit de Beauchêne (1732), le Bachelier de Salamanque (1736). La création de Lesage s'avoue d'emblée comme re-création, réélaboration d'un matériau littéraire préexistant, traductions de l'espagnol ou du turc, romans, historiettes ou anecdotes. Son talent se révèle dans un jeu conscient et souvent parodique sur la littérature. Rien ne manque à ses romans : brigands, enlèvements, aventures d'amour et d'humour ; c'est un jeu perpétuel sur les situations et les personnages dont la liberté séduit encore le lecteur contemporain.

Il avait cependant obtenu un premier succès en 1707 au Théâtre-Français avec Crispin rival de son maître. Crispin est, comme Mascarille ou Scapin, un filou et un fourbe, mais il trahit son jeune maître. Entre Crispin et Valère s'établit une égalité crapuleuse troublante qui annonce les mutations sociales et idéologiques de la Régence. Turcaret fut représentée malgré l'opposition des milieux financiers en 1709 et assez peu jouée. Sur un canevas classique depuis Molière (une coquette et son amant noble rançonnent un riche parvenu), Lesage greffe une dénonciation impitoyable de la société et des mœurs à la fin du règne de Louis XIV. Il s'en prend au milieu des financiers, il n'épargne pas la noblesse qui les parasite. Cynique et débauché, le valet joue sa partie contre son maître et finit par l'emporter sur lui. Lesage, brouillé avec les Comédiens-Français, écrivit, souvent avec la collaboration de Fuzelier et d'Orneval, de nombreuses pièces pour le théâtre de la Foire.