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Jean-Marie Gustave Le Clézio, dit J. M. G. Le Clézio

J.M.G. Le Clézio
J.M.G. Le Clézio

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire mondial des littératures ».

Écrivain français (Nice 1940).

Son œuvre, qui se réclame à la fois des présocratiques, de Lautréamont, de Michaux et de Ponge, impose d'abord la recherche d'un renouvellement romanesque. Dans le Procès-verbal (1963), proche de l'œuvre de Beckett, Adam Pollo, « qui ne savait trop s'il sortait de l'armée ou de l'asile psychiatrique », occupe la vacuité de sa maison sans rien faire, se contentant de survivre à l'ennui, associé à la crise de la communication. L'humanité est celle du Déluge (1966), qui débouche sur le Livre des fuites (1969), dont l'ensemble hétéroclite (jeux sur la typographie, énumérations de choses et de chiffres, collages de citations, slogans publicitaires) reflète les interrogations d'une génération influencée notamment par les remises en question du Nouveau Roman. C'est ainsi que l'aventure est entrecoupée d'autocritiques sur la littérature et sur le langage (la Fièvre, 1965 ; la Guerre, 1970).

Après le « cartésianisme littéraire » de cette période, Le Clézio effectue un retournement spectaculaire, les essais de Haï (1971) ouvrant à des chemins moins rationnels, déjà préparés par ceux de l'Extase matérielle (1967). À l'époque, en effet, l'écrivain a découvert le Mexique et s'est mis à vivre par intermittence avec les Indiens Embera, au Panamá. Son évasion, réussie, de la vie urbaine (dénoncée dans les Géants, 1973) se nourrit ainsi des cultures oubliées d'un Nouveau Monde qui est également rencontre de l'autre en soi-même. Cette révélation, parfois hallucinatoire (Mydriase, 1973), permet d'accéder à une forme de plénitude et de sagesse, accompagnées d'une exigence ontologique et poétique : « Je veux écrire une autre parole qui ne maudisse pas, qui n'exècre pas, qui ne vicie pas, qui ne propage pas de maladie. » La catharsis peut se réaliser à travers le rêve d'une calcination par le soleil (Voyages de l'autre côté, 1975), la science des mécanismes cosmiques selon le peuple maya (les Prophéties du Chilam Balam, 1976), l'acceptation mystique d'une littérature qui doit changer l'homme (l'Inconnu sur la terre, 1978), la reconnaissance d'une magie enfantine (Mondo et autres histoires, 1978). En vertu de quoi, Le Clézio rompt définitivement avec sa première manière, son lyrisme teinté d'onirisme illustrant désormais le fantasme d'un retour symbiotique à une pureté originelle et absolue, dont l'image est le Désert (1980) ou l'univers indien des Trois Villes saintes (1980).

Cet idéal de réconciliation avec un monde redevenu harmonieux, alimenté par une fascination durable pour les civilisations précolombiennes (le Rêve mexicain ou la pensée interrompue, 1988 ; Pawana, 1992 ; la Fête chantée et autres essais de thème amérindien, 1997), masque mal, cependant, que la Terra amata (1967) est à la fois incognita et malheureusement perdue, alors même que l'on croit l'avoir retrouvée. L'errance littéraire s'accompagne d'une pratique du nomadisme conçu comme un choix de vie (Voyages à Rodrigues, 1986) : le Chercheur d'or (1985) et la Quarantaine (1995) renvoient à l'île Maurice, Onitsha (1991), au Nigeria, Étoile errante, à Israël et à la Palestine, Diego et Frida (1993), au Mexique, tandis que Sirandanes (1990) est suivi d'un petit lexique de la langue créole et des oiseaux. Autant de voies pour une seule quête (la Ronde et autres faits divers, 1982 ; Printemps et autres saisons, 1989 ; Cœur brûle et autres romances, 2000), celle d'un improbable serpent à plumes que pourraient synthétiser ensemble le Poisson d'or (1997) et les Gens des nuages (1999).