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Eugène Labiche

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire mondial des littératures ».

Auteur dramatique français (Paris 1815 – id. 1888).

Après s'être essayé à la chronique dans les « petits journaux » du début de la monarchie de Juillet, puis au roman (la Clé des champs, 1839), il trouva rapidement sa voie, l'art de faire rire, et un instrument privilégié, le vaudeville, auquel il donna avant G. Feydeau ses premières lettres de noblesse. Après une série de courtes pièces en un acte (le Major Cravachon, 1844 ; Un jeune homme pressé, 1847 ; Embrassons-nous, Folleville, 1850), où il expérimente les lois du genre (qu'il définit lui-même comme « l'art de faire dire oui au papa de la demoiselle qui disait non »), il remporte son premier grand triomphe avec Un chapeau de paille d'Italie (en collaboration avec Marc-Michel, 1851), comédie à couplets en cinq actes, saluée par Sarcey comme « une révolution dans le vaudeville » : le rythme haletant de cette course-poursuite (Fadinard, « jeune homme pressé », lancé à la recherche du fameux chapeau, gage de l'honneur d'une femme volage, désespère d'échapper aux invités de sa propre noce devenue sourde et comme somnambule), scandée des célèbres « Mon gendre, tout est rompu ! », la disproportion entre l'objet dérisoire de la quête et l'immense ébranlement qu'il occasionne fondent le comique de situation explosif de ce « vaudeville-cauchemar » (R. Clair). La mécanique du vaudeville, qui repose sur la succession en chaîne d'une série de quiproquos et de méprises conduisant à des situations de plus en plus loufoques, est désormais parfaitement au point. Une fois sa gloire assise, Labiche s'essaya à la « grande » comédie de mœurs et de caractère, avec le Voyage de M. Perrichon (en collaboration avec Édouard Martin, 1860), qui inaugure la longue série de portraits du bourgeois, ce « philistin », « perle de bêtise » comme se plaisait à le nommer Labiche. La pièce connut à sa création un accueil triomphal. Suivront la Poudre aux yeux (1861), Célimare le Bien-Aimé (1863), la Cagnotte (1864), la Main leste (1867), les Trente Millions de Gladiator (1875), autant de variations sur le thème du bourgeois bête, cupide et hypocrite. L'œuvre prolifique de Labiche (173 pièces au total, la plupart écrites en collaboration avec É. Augier, T. Barrière, Marc-Michel, H. Monnier, etc.) reçut, outre les faveurs du public, une série de consécrations officielles (Labiche entre au répertoire de la Comédie-Française en 1864 avec Moi !, il est élu à l'Académie française en 1880). Ayant délibérément cessé de produire, il publia sur les instances de É. Augier un très fragmentaire mais très lu Théâtre complet (1878) et termina en châtelain retiré une existence consacrée « à la gaieté des honnêtes gens ». Longtemps tenu en moindre estime, considéré comme l'amuseur attitré du second Empire, Labiche est aujourd'hui redécouvert par les metteurs en scène (P. Chéreau, J.-P. Vincent, G. Lavaudant), qui soulignent la dimension corrosive ainsi que l'extraordinaire efficacité dramaturgique de ses pièces, comme par certains critiques, qui voient un lui un pionnier du théâtre de l'absurde.