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Tadeusz Konwicki

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire mondial des littératures ».

Romancier polonais (Nowa Wilejka 1926 - Varsovie 2015).

Né dans une famille polonaise de Lituanie, il connaît l'occupation soviétique de 1939, puis allemande. Vient ensuite ce que l'histoire a convenu d'appeler la « libération » par l'Armée rouge et qui fut pour lui l'année la plus terrifiante de sa vie : membre d'une section volante de la résistance polonaise, miraculeusement échappée à l'arrestation par la NKVD, il combat les Russes tout l'hiver 1944-1945 dans les forêts lituaniennes avant d'être évacué clandestinement vers la « Pologne rétrécie ». Il s'y inscrit à l'Université de Cracovie, mais s'engage dans la vie active sans terminer ses études. Son talent littéraire est vite reconnu et il se voit protégé par des hommes importants du nouveau système. Il devient l'un des premiers lauréats du Prix d'État décerné pour la meilleure œuvre réaliste socialiste et écrit 5 romans trop respectueux des règles imposées pour être durablement retenus par l'histoire littéraire. L'un d'eux, les Marécages, écrit en 1947, n'est publié qu'en 1956. Il relate le terrible hiver passé à combattre les Soviétiques. Il se veut autobiographique, mais l'auteur transpose totalement la vérité historique en se conformant aux directives de Staline visant à discréditer la résistance polonaise qui a combattu les nazis et encore plus celle qui ensuite a refusé de faire allégeance aux Soviétiques : les maquisards des Marécages sont des fascistes dépravés, des antisémites et des assassins, les bolcheviques sont de braves gens aimables, souriants et philosémites qui construisent un avenir radieux. Une part importante des romans de Konwicki écrits après 1956 s'attache à rétablir la vérité sur cette autobiographie qui n'était qu'une autocritique visant à se disculper d'un passé que le stalinisme pardonnait difficilement. L'un des romans les plus remarquables de Konwicki, la Clef des songes contemporains (1963), reprend jusqu'à certaines scènes des Marécages, mais en leur attribuant une portée interprétative radicalement différente. La guerre est très présente, avec toujours une place majeure accordée à l'influence qu'elle a eu sur l'existence ultérieure des hommes dans Rien ou rien (1971) ou dans les Levers et les couchers de lune (1981). Le paysage lituanien revient régulièrement, avec une évocation de l'adolescence (le Trou dans le ciel, 1959 ; Chronique des événements amoureux, 1974), de la vie à la fin du xixe s. (Bohini, un manoir en Lituanie, 1987), mais l'auteur se livre constamment à une réflexion où le vécu personnel de ses héros se construit à la faveur des événements historiques et surtout malgré leur poids écrasant (Fleuve souterrain, oiseaux de nuit, 1982 ; le Nouveau Monde, 1986). Son succès international lui vient avec la Petite Apocalypse (1979), où il anticipe l'effondrement du communisme. Konwicki possède une facilité surprenante à percevoir le monde qui l'entoure avec toutes ses étrangetés et jusque dans ses moindres frémissements. Ses romans, tels l'Ascension (1967), Roman de gare contemporain (1997), restituent la vie polonaise contemporaine. Sous une apparente nonchalance du style et de la construction, les narrations de Konwicki sont très élaborées et construites avec recherche. Tel est, entre autres, le cas du Complexe polonais (1977), où le passé et le présent alternent, où le seul homme à mener une vie normale est un mendiant, où l'identité ne se structure que dans la dissimulation. Konwicki déclare n'être qu'un passant qui s'interroge sur ce qu'il voit. Le narrateur de chacun de ses romans, auquel le lecteur identifie aisément l'auteur aux différentes époques de sa vie, est pourtant toujours à la recherche de ce qui se cache derrière les simulacres de vérité. La complexité de l'existence humaine est inscrite jusque dans les ruptures de la trame narrative de tous ses romans, avec des interférences aussi diverses que le texte de panneaux publicitaires lumineux, de couplets de chansons, de petites annonces, de lettres ou d'essais. Konwicki est probablement le romancier polonais le plus important de la seconde moitié du xxe s.