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Pierre Klossowski

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire mondial des littératures ».

Écrivain et peintre français (Paris 1905 – id. 2001).

C'est le fils aîné du peintre et critique d'art polonais Erich Klossowski et le frère du peintre Balthus. Son œuvre est une réflexion sur l'articulation du corps et du langage. D'un côté, le raisonnement est conçu comme théologique ; de l'autre, le corps est vécu comme pervers. L'obscène est ainsi la réflexion commune du corps et du langage. Dieu et la grammaire, unis depuis Nietzsche, sont mis au service de l'Antéchrist, de Dionysos. L'unité de la théologie (Klossowski sera novice chez les dominicains et participera, en 1945, à la fondation de la revue Dieu vivant) et du voyeurisme est réalisée, répondant ainsi au problème logique traditionnel des rapports du raisonnement et de la description. Capitale est ici, avec celle de Bataille, l'influence de Sade (Sade, mon prochain, 1947), qui lui-même fait systématiquement alterner développements philosophiques et « tableaux » licencieux. Le pornographe est le répétiteur. L'itération est la voie du corps, le répons son parcours. Le Baphomet (1965), dont l'intrigue a pour cadre une commanderie de l'ordre des Templiers, pose la nature théologique du dilemme mort de moi/mort de Dieu. Le moi substitué à la substance divine, c'est, pour Klossowski, un faux changement – le sujet étant une fiction grammaticale (Nietzsche) : moi est Dieu, et la mort de Dieu, la mort de moi. D'où la vanité des réalités, et l'importance des fantasmes, qui subliment les contraires. Seul le fantasme « réfléchit ». Le cérémonial, la pâmoison, le jeu de soi par soi, la syntaxe, faite de cascades et de suspens, participent chez Klossowski d'une même flexion : le corps est langage parce qu'il est, lui-même, flexion (la Vocation suspendue, 1950 ; le Bain de Diane, 1956 ; les Lois de l'hospitalité, 1965, [réunissant Roberte ce soir, 1953 ; la Révocation de l'édit de Nantes, 1959, et le Souffleur, 1960] ; Un si funeste désir, 1963 ; Nietzsche et le cercle vicieux, 1969). Klossowski a traduit le Gai Savoir de Nietzsche et le Nietzsche de Heidegger, ainsi que l'Énéide de Virgile et la Vie des Césars de Suétone. Ses dessins quant à eux semblent échappés d'une lanterne sourde ; les jaunes et les bleus ombrés y dominent. Ils sont le fidèle prolongement de l'œuvre écrite, avec leurs obsessions, leurs violations et leurs élévations. La technique même, exténuante (crayons de couleur pour grandes surfaces), rend plus paradoxale le but du peintre : surprendre le public, en lui faisant pénétrer une action ; d'intrus, il devient quasi acteur, en une saisissante théâtralisation. La suspension picturale rejoint directement les principaux thèmes de l'œuvre écrite : elle est à la fois brusquerie, surprise, gage d'éternité, rouerie fantomale, manie de l'alternance et de la discontinuité (le Baphomet au moment voulu, 1972 ; Roberte à l'hôtel de Longchamp, 1979 ; la Gladiatrice, 1981 ; le Baphomet et le Grand Maître, 1982). Les essais des Écrits d'un monomane (1933-1939), publiés en 2001, croisent déjà les fils de l'œuvre que Klossowski développera.