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John Keats

John Keats
John Keats

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire mondial des littératures ».

Poète anglais (Londres 1795 – Rome 1821).

Fils de palefrenier, orphelin de père à 9 ans, de mère à 14 ans, il interrompt bientôt ses études de médecine et fréquente le cercle de Leigh Hunt, dont il imite le dandysme libéral et la prétention historique dans son premier recueil (1817). Dénigré comme « cockney » obscène, il évolue à travers deux amours malheureuses vers l'esthétisme : « Ce que l'imagination saisit comme Beauté doit être Vérité. » L'art échappe ainsi au goût comme à la morale. En 1818, il publie Endymion. Sur le thème classique de la poésie érotique, Keats greffe une réflexion sur le paganisme comme utopie, et sur la fonction du poète déchiré entre les rêves de fusion, l'ambition héroïque et la responsabilité sociale. Producteur d'éternité, rêvant de la Cité des délices, le poète affronte morts et résurrections, Hermès et Circé, pour trouver refuge contre Diane, mère terrible, soit dans les bonheurs sous-marins (Glaucus), soit dans la sororité (Cynthia, Péona), soit encore dans le culte d'Apollon. La confusion du récit initiatique, due à l'incertitude sur le contenu mythologique et archétypal des images « païennes », n'empêche pas cet hymne au plaisir d'être l'une des premières tentatives romantiques de résurrection du paganisme. Hyperion est publié en 1820. Voulant rivaliser avec Milton, Keats conte la guerre des Titans contre les dieux. Il reprit le projet (la Chute d'Hypérion, écrit en 1819, publié en 1856) en l'axant sur le problème de la fonction du poète, conseillé par Moneta-Mnémosyne, la Mémoire, mère des Muses : la poésie n'a de sens que si elle se rapproche du féminin et remonte au-delà du christianisme vers les mythes fondateurs du monde païen. Un conte de Boccace lui inspire Isabella (1818). Il fait renaître les thèmes courtois à travers l'image de la Femme fatale : la Belle Dame sans merci (1820). La Belle détourne le Chevalier de sa quête et l'abandonne affamé près du Lac desséché où nul oiseau ne chante. Dans Lamia (1820), s'inspirant de la Christabel de Coleridge, Keats peint non pas une dévoreuse d'enfant, mais une envoûteuse que le regard de la froide philosophie mue en serpent sous les yeux de son amant. L'amour est trompeur, la désillusion est cruelle. Seule la soumission aux Déesses permet de transmuer ce masochisme : l'espoir perdu, l'héroïsme révoqué, la quête dévitalisée, l'âme, fascinée par les civilisations englouties de Saturne et la vitalité de la Terre, retrouve un rapport dramatique au présent et à la sensation : « Le monde est la vallée où se forge l'identité. » Satisfait de voir mourir à ses pieds un Paradis dont il ne s'emparera pas, le poète découvre le désir de ne pas saisir et la beauté du désir insatisfait. Les Odes rassemblent des poèmes composés pour la plupart en 1819 : « Ode à un rossignol », « Ode sur une urne grecque », « Ode sur la mélancolie », « À l'automne », « Ode à Psyché », « Ode à la fantaisie ». Un même but : échapper à un monde de désillusion et de souffrance. Un même moyen : le culte de la Beauté – le marbre et les mots gardent dans une éternelle jeunesse les gestes d'amour et les instants d'extase. Poète de la présence du présent, Keats célèbre à la fois la réalité des choses et la sainteté des affections humaines : l'esthétisme, dont il est le précurseur, est aussi un renoncement au moi. Chantre des « fenêtres magiques », de l'engourdissement et de l'éveil, il dit son amour pour la mort dont la présence à ses côtés tout au long de sa vie lui permit d'apprécier comme personne la saveur des choses. À demi adopté par Shelley (qui écrira Adonaïs à sa mémoire) durant son exil, il meurt de tuberculose, à 25 ans.