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Yacine Kateb

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire mondial des littératures ».

Écrivain algérien (Constantine 1929 – Grenoble 1989).

Il a fréquenté l'école coranique, puis est entré dans « la gueule du loup », l'école française. Il a beaucoup voyagé et est revenu en Algérie en 1972. Il est d'abord poète (Soliloques, 1946), mais son roman Nedjma (1956) marque un tournant dans la littérature maghrébine. Publié après l'indépendance, le Polygone étoilé (1966) est une sorte de prolongement malicieux de Nedjma et du théâtre, puisqu'on peut en pratiquer une lecture à double entrée, à travers laquelle le système colonial et l'Algérie indépendante se confondent parfois, cependant que la forme du texte s'érige souvent en pied de nez aux lectures réductrices. Le théâtre de Kateb, abondant et protéiforme, peut être subdivisé en deux cycles. Le premier, que complète la Femme sauvage en 1960, est publié sous la forme de la tétralogie tragique (deux tragédies, le Cadavre encerclé et Les ancêtres redoublent de férocité, un intermède comique, la Poudre d'intelligence, et un poème dramatique, le Vautour, dans le volume le Cercle des représailles, en 1959). Le second cycle, plus explicitement militant anti-impérialiste, commence en 1970 avec l'Homme aux sandales de caoutchouc, réquisitoire contre la guerre du Viêt Nam dont la représentation par Marcel Maréchal provoqua des incidents avec l'extrême droite lyonnaise. Ses pièces ultérieures, de ton volontiers satirique, sont jouées en arabe parlé (Kateb a toujours été opposé à l'usage élitiste de l'arabe littéraire) devant de larges publics populaires (Mohammed, prends ta valise, 1971 ; la Guerre de 2 000 ans, 1974 ; le Roi de l'Ouest, 1977 ; Palestine trahie, 1978). Longtemps inédites, elles ont été rassemblées en version française par Zebeïda Chergui sous le titre Boucherie de l'espérance (1999). Par ailleurs, Jacqueline Arnaud a établi un recueil de nombreux textes disséminés, sous le titre l'Œuvre en fragments (1986). Kateb a obtenu le grand prix national des Lettres (Paris), en 1988.

Le Cercle des représailles, recueil de pièces de théâtre (1959) contenant le Cadavre encerclé, Les ancêtres redoublent de férocité et la Poudre d'intelligence où l'auteur use de la satire avec « Nuage de fumée » , émule du bouffon arabe Djoha. Cet ensemble fait partie du cycle de Nedjma (1956) où les héros tragiques se cherchent sans cesse à travers leur déracinement historique.

Nedjma, roman (1956). À la poursuite de l'étoile (nedjma), l'auteur écrit une « autobiographie au pluriel » qui peut être lue aussi comme celle de son pays à la veille de la lutte pour l'indépendance. Perversion des genres, plongée dans l'inconscient, recours aux mythes, jeux souvent burlesques avec le signifiant : en bouleversant tous les modes de description et de narration hérités, ce roman peut être considéré comme une sorte de texte fondateur de l'originalité et de la modernité de cette littérature.