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Nikolaï Mikhaïlovitch Karamzine

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire mondial des littératures ».

Écrivain et historien russe (Mikhaïlovka, gouvern. de Simbirsk, 1766 – Saint-Pétersbourg 1826).

Il inaugura la période dite « moderne » de la littérature russe, dont il renouvela, à l'aide de l'apport européen, la langue et l'inspiration. Éduqué selon le modèle des Lumières, il parle français et allemand, et son ouverture d'esprit le conduit à se rapprocher un moment de Novikov et des Francs-maçons. Un voyage en Europe (Allemagne, Suisse, France et Angleterre) lui permet de rompre avec ce milieu menacé, mais lui fournit aussi la matière de sa première œuvre importante, les Lettres d'un voyageur russe (1791-1792), inspirées de Sterne ; elles lui assurent une célébrité immédiate, non seulement parce qu'elles fourmillent d'anecdotes, de rencontres passionnantes (Kant), mais aussi parce qu'elles sont, selon les termes de l'auteur, « le reflet d'une âme ». L'influence du sentimentalisme se traduit aussi dans un roman, la Pauvre Lise (1792). Le suicide de l'héroïne, jeune fille d'origine très modeste, mais aux sentiments d'une rare élévation (c'était là un personnage radicalement nouveau), délaissée par le jeune noble Eraste – qui, après l'avoir séduite, lui préfère un mariage d'argent –, a marqué la « sensibilité » (c'était le mot d'ordre de l'époque) de générations de lecteurs, pour lesquels l'étang où elle périt, à Moscou, devint un lieu de pèlerinage sentimental. La Pauvre Lise est à la fois la première apparition de l'héroïne passionnée et la première ébauche de l'art romanesque dans la littérature russe. Ce que l'on appelle la réforme karamzinienne de la langue russe consista à éliminer de la langue les archaïsmes slavons et à y introduire un vocabulaire et des tournures étrangères. Elle contribua à élargir le fossé qui séparait le peuple de la classe cultivée, mais prépara aussi le terrain pour la poésie d'un Pouchkine. Ce dernier a rendu hommage à celui qu'il appelle le « père de l'historiographie russe » : c'est en effet grâce à son Histoire de l'État russe (1816-1826) que Karamzine obtint une gloire durable. La documentation, à la fois authentique et variée, mais aussi les qualités littéraires, une langue claire, vivante et expressive, souvent animée d'un profond dramatisme, plus que l'apport historique, font la valeur de ces douze volumes dans lesquels Karamzine se pose clairement en partisan de l'autocratie (il est historiographe officiel).