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Ernst Jünger

Ernst Jünger
Ernst Jünger

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire mondial des littératures ».

Écrivain allemand (Heidelberg 1895 – Wilflingen 1998).

Encore lycéen, il s'engagea dans la Légion étrangère – il a raconté cette aventure dans Jeux africains (1936) –, puis dès le début de la Grande Guerre, au cours de laquelle il fut plusieurs fois blessé (il était lors de sa réception du prix Goethe, en 1982, le dernier titulaire vivant de l'ordre prussien « Pour le mérite »), dans l'armée allemande, où il servit comme officier jusqu'en 1923 avant d'entreprendre des études de philosophie et de sciences naturelles et de se consacrer à la littérature. Fortement influencé par Nietzsche, il écrit dans un style d'une remarquable pureté une œuvre souvent paradoxale qui mêle souvenirs, essais, récits, aphorismes et utopies. Il a fixé dans Orages d'acier (1920) et le Boqueteau 125 (1925) son expérience de la guerre, où se manifeste la toute-puissance aveugle de la matière mais où l'individu se révèle à lui-même dans un nihilisme héroïque. À la suite de cette apologie du combattant, Jünger, qui sympathise avec les mouvements militaristes et nationalistes, esquisse dans le Cœur aventureux (1929), dans la Mobilisation totale (1931) et surtout dans le Travailleur (1932) l'image d'une société totalitaire fondée sur la domination de la technique et l'intégration totale de l'individu. Fêté par le national-socialisme, il évolue cependant toujours davantage vers un esthétisme aristocratique et une solitude hautaine, développant avec l'observation exacte de la nature l'idée d'un « réalisme magique » (Feuilles et Pierres, 1934) et ne se refusant avec la deuxième version (1938) du Cœur aventureux à aucun des caprices de l'imagination. En 1939, Sur les falaises de marbre le rend suspect aux yeux des nazis. Son séjour en France comme officier des troupes d'occupation lui a inspiré plusieurs volumes de souvenirs (Jardins et Routes, Premier Journal parisien, Deuxième Journal parisien, la Cabane dans la vigne). Reprenant sa réflexion sur l'homme moderne (Traité du rebelle, 1951 ; Traité du sablier, 1954 ; Graffiti, 1960 ; Chasses subtiles, 1967), il insiste particulièrement sur la figure du solitaire, du révolté qui refuse le matérialisme moderne (Passage de la ligne, 1950 ; le Nœud gordien, 1953 ; le Mur du temps, 1959), tandis qu'une attirance mystique déjà sensible dans Visite à Godenholm (1952) « dérive » dans Approches, Drogues et Ivresse (1970). Les romans utopiques Heliopolis (1949) et Eumeswill (1977) mettent face à face un pouvoir politique absolu et l'irréductible liberté intérieure de l'individu, tandis que le Problème d'Aladin (1983) se présente comme une méditation sur les fins dernières de l'homme. À la fin de sa vie, Jünger est devenu le symbole de la réconciliation franco-allemande.