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Pierre Jean Jouve

Pierre Jean Jouve
Pierre Jean Jouve

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire mondial des littératures ».

Écrivain français (Arras 1887 – Paris 1976).

Venu à la poésie après la lecture de Baudelaire et de Mallarmé, d'abord symboliste, il chercha sa voie dans l'enthousiasme et la générosité du groupe de l'Abbaye, de l'Effort libre et de l'unanimisme : tendances spirituelles et tentations littéraires (Vous êtes des hommes, 1915 ; Danse des morts, 1917 ; Tragiques, 1922) qu'il reniera à partir de 1924. L'épreuve de la maladie, un divorce, la découverte de la psychanalyse (sa seconde femme, Blanche Reverchon, psychiatre, fut l'une des premières traductrices de Freud) inaugurent alors une désespérance qui est appel du salut : la pulsion de mort qui taraude à la fois l'individu et l'humanité (la Scène capitale, 1935-1961, dont les tragiques « histoires sanglantes » racontent le désir contrarié et déclinent le spectre des perversions) ne peut être dominée qu'en mettant ses pas dans ceux de Jésus au Golgotha (Paradis perdu, 1929). Péché, mort et souffrance doivent être assumés en pleine lucidité par le poète, destiné à incarner l'énigme du mal et de la rédemption. Noces (1931) présente ainsi un clair-obscur du monde et sa transcription lumineuse en des poèmes méditatifs emprunts du désir de la chair et soucieux de leur réussite en tant que prière qui donne enfin le vrai corps quand l'amour est blessure. La transparence du verbe croise l'opacité de la chair, avant l'accomplissement de Sueur de sang (1933-1935), où le poète convoque les termes les plus crus et les unit aux termes les plus élevés dans une volonté de dévoiler le « fond terrible », de mettre en acte le « mystère de la sublimation », suivant le principe d'une dynamique où la poésie se veut « véhicule interne de l'amour » et mise en acte de la « belle puissance érotique humaine ». Qu'elle se tourne vers ses intercesseurs esthétiques – Rimbaud, Nerval, Baudelaire (Défense et Illustration, 1946), les métaphysiques anglais ou Hölderlin (qu'il traduit, en 1930, avec P. Klossowski), la musique de Mozart (le Don Juan de Mozart, 1942) ou d'Alban Berg – ou qu'elle s'engage dans la nouvelle « catastrophe » de la Seconde Guerre mondiale (la Vierge de Paris, 1946), l'œuvre de Jouve, en vers (Diadème, 1949 ; Lyrique, 1956 ; Inventions, 1958 ; Moires, 1962 ; Ténèbre, 1965) ou en prose (En miroir, 1954), tente d'élever toute « rencontre » à la dimension du mythe : « poétique » qui prend paradoxalement toute sa forme et sa force dans ses romans : Paulina 1880 (1925), histoire d'une jeune femme déchirée entre la foi et la volupté, le Monde désert (1927), récit d'une naissance à la poésie, Hécate (1928) et Vagadu (1931), inspirés de l'expérience psychanalytique et réunis en 1947 dans l'Aventure de Catherine Crachat.