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Étienne Jodelle

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire mondial des littératures ».

Auteur dramatique et poète français (Paris 1532 – id. 1573).

Il suivit au collège de Boncourt les cours de Buchanan et de Muret, qui l'initièrent à la tragédie antique. Dès 1549, il compose ses premiers vers, mais c'est en 1553 qu'il devient célèbre en faisant représenter devant Henri II l'une des premières tragédies françaises imitées de l'antique, Cléopâtre captive, pièce en 5 actes avec chœurs, écrite en décasyllabes, dont le succès scella l'union des deux groupes scolaires de Coqueret et de Boncourt et valut à son auteur d'être compté par Ronsard au nombre des poètes de la Pléiade. La même année, Jodelle donnait une comédie, Eugène, puis deux ans plus tard, en 1555, une seconde tragédie, Didon se sacrifiant. De 1555 à 1558, il organise à la Cour plusieurs divertissements : la mascarade du 17 février 1558, qui se voulait un « théâtre total » avant la lettre, fut un cuisant échec et entraîna le déclin inexorable de la carrière du poète. Jodelle tenta vainement de regagner la faveur de Charles IX en faisant l'apologie de la Saint-Barthélemy. Hautain et distant, il se tint toute sa vie en marge de la Pléiade, mais il fréquenta assidûment le salon de la maréchale de Retz qui passe pour lui avoir inspiré les sonnets de ses Amours.

Jodelle fut célèbre en son temps et reste aujourd'hui principalement connu pour avoir l'un des tout premiers renouvelé le théâtre français par l'imitation des Anciens. À ces derniers les tragédies Cléopâtre captive et Didon se sacrifiant empruntent à la fois leurs sujets, leurs règles – celle, notamment, de l'unité de temps et de lieu – et la présence de chœurs. Le lyrisme, la recherche des effets pathétiques, l'enseignement moral y détiennent une place de premier plan ; ces traits se retrouveront dans la plupart des tragédies ultérieures du xvie siècle (celles de Garnier notamment).

Composé un an avant Cléopâtre, Eugène (1552) inaugure un renouvellement parallèle dans le domaine de la comédie par l'imitation de l'Antiquité ; ce qui n'empêche point la pièce de conserver bien des aspects du ton et des procédés de la farce médiévale. Sa principale originalité réside dans sa modernité : l'action se situe à Paris et la peinture des mœurs contemporaines y tient une large place.

Beaucoup moins connue que son œuvre dramatique, l'œuvre poétique de Jodelle comporte deux principaux types de pièces. Des pièces de circonstance tout d'abord : les unes profanes (épithalames, tombeaux, épîtres, odes, sonnets adressés à de hauts personnages de la Cour ou à des amis écrivains), les autres religieuses (notamment une série de sonnets célébrant différentes fêtes chrétiennes, dédiés au roi Charles IX). Toutes pièces dans lesquelles la satire se fait souvent sentir : les pétrarquistes, les courtisans, les financiers en font tour à tour les frais.

Mais c'est le second type de pièces – les poèmes d'amour, regroupés, dans l'édition de 1574, sous le titre d'Amours d'Estienne Jodelle, parisien – qui constitue incontestablement le chef-d'œuvre poétique de Jodelle. Cet ensemble est composé de chansons, d'une ode, d'une élégie et, surtout, d'une suite de 47 sonnets d'une écriture heurtée, aux dislocations syntaxiques et métriques véhiculant des images violentes. Poète de « l'amour noir » (A. M. Schmidt) qui chante un monde où l'illusion triomphe irrémédiablement, Jodelle apparaît plus proche à bien des égards des poètes baroques de la seconde moitié du siècle (de l'Aubigné du Printemps en particulier) que de la Pléiade.