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Jean Renart

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire mondial des littératures ».

Poète français (début xiiie s.).

Il est l'auteur de deux romans en vers. Le premier, l'Escoufle (1200-1202), traite le thème idyllique des amours contrariées par un père, en le développant autour du motif de l'oiseau (un escoufle ou milan) voleur d'un objet précieux (une aumônière contenant un anneau, gage d'amour). On a parlé du « réalisme » de cette œuvre, qui effectivement conduit le lecteur d'Orient (le roman rappelle un conte des Mille et Une Nuits) en France, dans des lieux et des milieux pittoresques et familiers. Mais la présence du merveilleux est attestée dans l'invention, le jeu sur le langage, le travail des motifs (anneau dérobé, dédoublement) et les intentions symboliques. Le second roman est le Guillaume de Dole (vers 1200 – 1228), intitulé préféré au vrai titre le Roman de la Rose, pour éviter la confusion avec celui de Guillaume de Lorris et de Jean de Meun. Ce roman repose sur le thème de la « gageure » (intrigue fondée sur le pari d'un frère ou d'un mari assurés de la chasteté de sa sœur ou de sa femme, chasteté mise à l'épreuve par un autre parieur grâce à une preuve fallacieuse). L'auteur centre ici l'intrigue autour de la rose, signe porté sur la cuisse par l'héroïne, qui permet à un imposteur de la discréditer auprès de l'empereur Conrad, tombé amoureux grâce à une chanson de trouvère. Cet amour, qui se traduit par l'amitié de l'empereur pour le frère de l'héroïne, finira par l'emporter, au terme de nombreux rebondissements, et la jeune fille recouvrera son honneur. C'est dans ce roman que des intermèdes lyriques chantés apparurent pour la première fois au milieu des vers narratifs, procédé qui devait faire école. Jean Renart signe par ailleurs un conte courtois, le Lai de l'ombre, où il fait allusion au premier de ses romans. Il y évoque le geste élégant d'un chevalier amoureux d'une dame : comme elle lui résiste et refuse l'anneau qu'il lui présente, il le jette dans un puits, pour l'offrir à l'image (l'ombre) de la dame reflétée par l'eau ; la dame est vaincue par tant de raffinement. Ces œuvres sont destinées aux grands seigneurs pour qui Jean Renart a travaillé, dont le comte de Hainaut. Par des allusions à des faits contemporains, par l'élimination des éléments merveilleux propres à la tradition bretonne, l'auteur manifeste un souci d'actualisation qui oriente le roman dans la voie du réalisme bourgeois, mais les insertions lyriques qui se tissent à la narration corrigent de façon originale cette conversion.