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Nazim Hikmet Ran, dit Nazim Hikmet

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire mondial des littératures ».

Écrivain turc (Salonique 1902 – Moscou 1963).

Fils d'un haut fonctionnaire, également directeur de journal, il abandonna ses études supérieures à l'École navale pour raison de santé et partit, à 19 ans, pour Moscou, où, tout en étudiant la sociologie et l'économie, il connut le futurisme, Maïakovski, Eisenstein, Meyerhold. Cette période (1922-1925) sera déterminante et pour sa vision du monde et pour sa poésie. Selon les circonstances de son engagement de militant communiste, sa création littéraire connaît différentes phases. Après avoir employé le hece (vers syllabique), il devient, sous l'influence de Maïakovski, le plus grand représentant turc du vers libre (la Joconde et Si Ya-U, 1929). Tour à tour condamné, emprisonné, libéré, il publie un roman en vers (Pourquoi Benerdji s'est-il suicidé ?, 1932), suivi de Lettres à Taranta Babu (1936) et de l'Épopée du Cheikh Bedreddine (1936), avant d'être réincarcéré de 1938 à 1950 : au cours de sa détention à la prison de Brousse, il écrit une sorte de chronique du peuple turc (De l'espoir à vous faire pleurer de rage – Lettres de prison, publié en 1968), où l'évocation de l'épreuve individuelle l'emporte sur l'expression idéologique. Avec Paysages humains de mon pays (1965-1967), composé à la prison de Brousse entre 1942 et 1945, c'est la « géographie de l'âme » que le poète tente d'élaborer à travers l'évocation des luttes pour la survie et l'indépendance nationales en 1919-1922 et de la peinture de la vie quotidienne d'un pays livré à la misère et à l'oppression, en utilisant un vers libre qui enveloppe dans un souple mouvement narratif le destin collectif des obscurs héros de tous les jours. À partir de 1950, alors qu'il séjourne en U.R.S.S., il écrit des récits de voyage et évoque ses liens avec son pays natal, sous une forme poétique très inspirée par le surréalisme (C'est un dur métier que l'exil, 1957 ; le Nuage amoureux, 1962 ; les Romantiques, 1964). Il a laissé aussi des pièces de théâtre (le Crâne, 1932 ; Ivan Ivanovitch a-t-il existé ?, 1956). Longtemps considéré comme un auteur maudit, il a été réintégré dans le panthéon littéraire en 2001 et figure désormais au programme des lycées en Turquie.