En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêts, réaliser des statistiques ainsi qu’interagir avec des réseaux sociaux.

Pour en savoir plus et paramétrer les cookies

Identifiez-vous ou Créez un compte

Zbigniew Herbert

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire mondial des littératures ».

Écrivain polonais (Lwów 1924 – Varsovie 1998).

Né dans une famille de la bourgeoisie polonaise empreinte de culture européenne, Herbert est très vite confronté à ce qui sera définitivement pour lui la barbarie marxiste. Lorsque Lwów est occupée par l'Armée rouge (1939), trop jeune pour rejoindre la résistance armée, il crée l'association de l'Aigle blanc qui porte une aide alimentaire aux Polonais déportés en Sibérie. Les derniers mois de la Seconde Guerre mondiale, lorsque les Soviétiques reconquièrent la ville, il appartient aux services d'espionnage de la résistance polonaise, gagne Cracovie où il fait des études de lettres, d'art et de droit. Par la suite, à Toruń, il suit les cours du philosophe Henryk Elzenberg (1887-1967), officiellement interdit d'enseignement ; il est fortement marqué par sa conception de l'éthique, de la culture, comme étant ce qui donne un sens à l'existence humaine. Se refusant à toute compromission avec le réalisme socialiste, Herbert ne débute qu'en 1956 où il publie Chanterelle de lumière, un recueil de poèmes écrits au cours des quinze années qui précédèrent. Durant toute sa vie, il a instauré une distance absolue avec le pouvoir communiste et tout ce que celui-ci représente ou implique dans la vie polonaise aussi, si son immense talent ne peut qu'être reconnu, si sa popularité est considérable, le poète mène une existence difficile. Il prend une part active au mouvement Solidarność, publie dans les presses clandestines. À la déclaration de l'état de guerre, il retire ses œuvres de toutes les publications officielles et refuse aux théâtres le droit de les monter. Un séjour à l'université de Los Angeles où il enseigne (1970-1971), puis d'autres en Autriche, Allemagne et France (1973-1981, 1987-1990) sont des moments de répit dans l'adversité qu'il rencontre dans son pays. Si Herbert a écrit des essais intéressants (Un barbare dans le jardin, 1962) et des pièces de théâtre (la Caverne des philosophes, 1956 ; la Reconstruction de poète et Drames, 1970) dans lesquels il donne une pleine expression à sa passion pour l'Antiquité, le Moyen Âge, l'art européen, c'est toutefois ses poèmes qui lui assurent une place dominante parmi les grands de la littérature polonaise. Ses recueils poétiques : Hermes, le chien et l'étoile (1957), Étude de l'objet (1961), Inscription (1969), Monsieur Cogito, (1974), Rapport de la ville assiégée (1983), Élégie pour un départ (1990), Rovigo (1992), Épilogue à la tempête (1998), livrent une poésie fortement empreinte de philosophie. Le poète s'efforce de comprendre le monde du xxe s. tout en établissant un lien tangible avec le passé pour dégager ce qui constitue les valeurs permanentes de l'humanité. Monsieur Cogito, personnage qui, à partir de 1974, revient dans tous les recueils, est à la fois une référence à une longue tradition (Descartes, Shakespeare, Valéry) et un défi à celle-ci. Monsieur Cogito ne se pose pas la question de Hamlet, il part du Cogito ergo sum pour se demander comment être dans le monde des hommes afin de mériter ce statut d' « étant ». Il existe entièrement dans son nom, il est ce qu'Ossip Mandelstam définissait comme « un corps pensant », et ses interrogations en découlent. Ainsi doute-t-il d'être l'héritier d'une vieille culture (« Monsieur Cogito regarde son visage dans le miroir »), doute-t-il de son identité (« Les Aliénations de Monsieur Cogito » ; « La Sœur »), des grandes idées (« Monsieur Cogito lit le journal »), du sens de la vie (« Monsieur Cogito et le poète d'un certain âge »), du sens de la vertu (« Monsieur Cogito et la vertu »), des mythes et des modèles (« L'Histoire du Minotaure » ; « La Vieillesse de Prométhée » ; « Caligula »). S'il remet tout en question, s'il se livre à des expériences – car pour lui l'expérience seule offre une chance de parvenir à la liberté –, Monsieur Cogito réprouve la passivité et l'inaction (« Monsieur Cogito-Envoi : reste en éveil – quand le feu flambera sur la colline – lève-toi et va/ aussi longtemps que le sang dans ton sein fait tourner ton étoile obscure). Il rejette l'héroïsme pour s'attacher à étudier une dimension humaine dont les faiblesses non seulement ne lui échappent pas, mais lui font mettre en lumière de nouvelles valeurs. Sa langue poétique associe une extraordinaire limpidité à un contenu d'une profondeur tout aussi saisissante. Ses vers brefs, sans termes savants, suscitent des réflexions d'une grande aporie.