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Wilson Harris

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire mondial des littératures ».

Écrivain guyanais de langue anglaise (New Amsterdam 1923).

Fonctionnaire puis directeur du Cadastre guyanais jusqu'en 1958, il s'établit à Londres après le succès de son premier roman, voyageant dans le monde entier comme « écrivain résident » dans plusieurs universités, il se consacre à l'écriture. Recueillis dans Eternity to Season (1952), ses premiers poèmes se situaient dans la tradition mythologique classique. Bien que profondément enracinée dans un paysage de forêts mystérieuses, de fleuves immenses et de cascades grandioses, sa fiction prend seulement la nature comme tremplin et, aux antipodes du réalisme social, utilise un langage insolite comme véhicule exploratoire des sentiments primordiaux de l'espèce humaine et d'une conscience enfouie des origines. Sa vision trouve son inspiration dans les cultures de la région caraïbe, comme en témoigne l'un de ses essais, Histoire, Fable et Mythe dans La Caraïbe et la Guyane (1970). Le Palais du paon (1960) ouvre le « quatuor guyanais » qui se poursuit avec le Très grand voyage d'Oudin (1961), The Whole Armour (1962) – le plus politique des récits de Harris – et l'Échelle secrète (1963), quêtes parallèles du mystère de l'intérieur et de la conscience. Heartland (1965) vient en post-scriptum et résumé, tandis que l'Œil de l'Épouvantail (1965) constitue un départ, par sa structure disloquée et paradoxale ; Tumatumari (1968), fonctionnant sur le mode de l'anamnèse, et Ascent to Omai (1970), où la quête du père accompagne une exposition à la fois spécifique et universelle de l'histoire, conservent également le même arrière-plan guyanais. Celui-ci est encore plus explicite dans les légendes arawaks et caraïbes qui informent les fables de les Dormeurs de Roraima (1970) et l'Âge des faiseurs de pluie (1971). La scène change, devenant plus occidentale, avec la Salle d'attente (1967) qui explore l'opposition entre l'art et la science, et surtout Marsden le Noir (1972), situé en Écosse, où les cultures s'interpénètrent en une véritable alchimie. Les Compagnons du jour et de la nuit (1975) utilise la tradition catholique et le culte de Quetzalcoatl dans un drame mexicain du passé et du présent. Jetant un pont entre l'Europe et l'Amérique du Sud, la Genèse des clowns (1975), qui pose le plus clairement le problème de l'artiste, puis la Friche cultivée de Da Silva da Silva (1977) et sa suite, l'Arbre du soleil (1978), reprennent la création d'une réalité magique, où la technique du flash-back se conjugue à la simultanéité, où personnages doubles, jumeaux ou schizophrènes (l'Ange sur le seuil, 1982) incarnent la dualité des univers matériel et spirituel, où des images et des métaphores étroitement reliées se font infiniment écho, que l'on retrouve encore dans le Bouffon mystérieux (2001).

Le Palais du paon, roman (1960). Ce premier volet du « quatuor guyanais » de l'auteur contient en germe bien des thèmes développés plus tard : manifestations paradoxales et imprévisibles d'une nature indomptée, accrétions et vestiges historiques, interaction des héritages amérindien, africain, européen, épanchement du rêve dans la réalité. La quête du capitaine Donne lancé sur les traces d'une tribu fugitive, sa remontée d'un fleuve sans nom jusqu'au cœur de la jungle, représente en fait une épopée spirituelle. Par degrés, en acceptant dans la cascade l'effacement de soi pour rejoindre l'autre, l'équipage multiracial en tire le triomphe éternel d'une transcendance.