En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêts, réaliser des statistiques ainsi qu’interagir avec des réseaux sociaux.

Pour en savoir plus et paramétrer les cookies

Identifiez-vous ou Créez un compte

Knut Pedersen, dit Knut Hamsun

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire mondial des littératures ».

Écrivain norvégien (Garmostraeet, près de Lom, 1859 – Nörholm, près de Grimstad, 1952).

Ayant séjourné aux États-Unis, il en rapporte un allègre pamphlet sur la Vie intellectuelle de l'Amérique moderne (1889). Ce livre, un article sur la Vie inconsciente de l'âme (1890), ainsi qu'une vaste tournée de conférences lui permettent de définir son programme : contre le matérialisme bruyant de la civilisation moderne, qui coupe le contact avec la nature, contre la tyrannie de la foule, que représente la démocratie, contre les ambitions pédagogico-sociales et le réalisme moralisateur des quatre « grands » (Ibsen, Bjørnson, Lie, Kielland), il veut examiner les mouvements les plus infimes, les plus cachés de l'âme et exalter la vie aventureuse de l'homme délivré de toute entrave sociale. La lecture de la Philosophie de l'inconscient d'Eduard von Hartmann et de la préface de Mademoiselle Julie de Strindberg, l'exemple de Nietzsche, lui fournissent ses arguments. Persuadé que certains êtres possèdent un système nerveux plus développé que d'autres, Hamsun se sent appartenir à une aristocratie de la sensibilité et de l'intellect : il ne s'agit pas en effet de renoncer à l'intelligence ou à la science, mais d'élargir leur champ aux sens et à l'imaginaire. Pour cela, il faut une écriture nouvelle, musicale, nerveuse, susceptible de capter l'esprit du lecteur. Hamsun en donne un premier exemple dans la Faim (1890), dont les annotations psychiques et physiologiques préfigurent le « flux de conscience » que développera Joyce et qui impressionne profondément André Breton. Hamsun a toujours nié avoir subi l'influence de Dostoïevski, mais il y a une certaine parenté entre la vision des romanciers russes et la Faim : dans Christiania, les errances, en grande partie autobiographiques, d'un homme affamé qui va s'embarquer pour l'Amérique sont transcrites en un style qui épouse les mouvements de l'inconscient, les affres d'un psychisme éperdu d'angoisse. Une évocation clinique des conséquences obsessionnelles du dénuement matériel qu'on a voulu prendre pour une des premières manifestations de la littérature de l'« absurde ». Mystères (1892), dans la suite directe du livre, en accentue les aspects romantiques, panthéistes, et célèbre la communion paradoxale entre l'homme cultivé, sensible, et la nature. La civilisation urbaine et ses faux-semblants font ainsi l'objet des satires du Rédacteur Lynge (1893) et de Terre nouvelle (1893). À leur « réalisme » succède le romantisme de Pan (1894), suite de poèmes en prose plus que récit, et le roman d'amour Victoria (1898). Mais entre ces deux livres d'une tonalité toute lyrique se place une trilogie dramatique (Au seuil du royaume, 1895 ; le Jeu de la vie, 1896 ; Coucher de soleil, 1897), d'autant plus surprenante que Hamsun a souvent exprimé son mépris pour le théâtre. Il revient au roman avec les récits de Rêveurs (1904) et surtout avec la trilogie Sous l'étoile d'automne (1906), Un vagabond joue en sourdine (1909), la Dernière Joie (1912), évocation de son existence de vagabond perpétuel, fuyant le monde moderne pour trouver la paix intérieure dans la grande nature du Nord, mais toujours attiré, de tout son cœur vieillissant, par la Femme instable et insaisissable. Dans ses derniers romans, écrits à la première personne, perce une critique sociale qui, après le diptyque Benoni et Rosa (1908), éclate dans Enfants de l'époque (1913) et la Ville de Segelfoss (1915), description de la décadence d'une société patriarcale et de l'avènement de l'industrie et de la « crapule ouvrière », déjà stigmatisée dans le poème « Lettre céleste à Byron ». Contre cette décadence, Hamsun lance son « évangile de la paysannerie » (l'Éveil de la glèbe, 1917) : mais la vie saine et simple du paysan, l'homme moderne n'est même plus capable de la vivre, comme en témoignent les amères satires de Femmes à la fontaine (1920) et du Dernier Chapitre (1923). Après la consécration du prix Nobel (1920), Hamsun, avec Vagabonds (1927), August (1930) et La vie continue (1933), revient au personnage de l'errant (ici un marin hâbleur et rêveur). Le cercle se ferme (1936) le reprendra une fois encore, mais avec plus d'amertume : le vagabond ne fuit plus seulement une société gangrénée, il se fuit lui-même et reste sans ressort. Hamsun crut voir dans l'Allemagne nazie la société saine et autoritaire qu'il appelait de ses vœux et exhorta, au moment de l'occupation de la Norvège, ses compatriotes à la collaboration. Condamné au lendemain de la guerre à de lourdes amendes correspondant pratiquement à toute sa fortune, il fut cependant tenu pour « irresponsable » ce qu'il démentit dans son ultime célébration de la vie (Sur les sentiers où l'herbe repousse, 1949).