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Théophile Gautier

Théophile Gautier
Théophile Gautier

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire mondial des littératures ».

Écrivain français (Tarbes 1811 – Neuilly 1872).

Figure marquante de la vie littéraire du xixe siècle, Gautier a abordé à peu près tous les genres et tous les styles. Admirateur d'Hoffmann, il débute par un récit fantastique (la Cafetière, 1831), esthétique qu'il a cultivée tout au long de sa carrière, soit en de brefs contes (le Chevalier double, le Pied de Momie), soit dans des textes de plus d'ampleur (Avatar, Jettatura). Le fantastique recouvre la même préoccupation que l'idée de « l'art pour l'art », dont la préface de Mademoiselle de Maupin (1836) consacre le principe théorique : il s'agit dans le même temps que l'on affirme le refus de l'utilité – et donc de l'engagement – de marquer la nature d'une relation inéluctable avec l'extérieur, relation qui s'établit par l'empathie du regard. C'est pourquoi les récits de voyage de Gautier sont si passionnants, témoignages et expériences de l'autre et de soi-même. L'œuvre de Gautier s'attache surtout à fixer ce qui est : pas de spéculation métaphysique ni de vision surréaliste, mais une narration qui se donne pour seul but le plaisir de raconter, de bien raconter. Après le Roman de la momie (1858), le Capitaine Fracasse (1863) n'est pas, dans l'ordre du récit, différent du projet que traduisent les poèmes ciselés d'Émaux et Camées (1852) : ici et là, le sujet importe moins que les mots et leur agencement. D'où, parfois, une recherche formelle confinant à la préciosité. Fantaisie et esthétisme : le romantisme, même lorsqu'il a été conjuré (les Jeune-France, 1833), n'est jamais totalement absent de l'écriture de Gautier ; et, s'il ne flamboie plus, l'art pour l'art n'est jamais une doctrine de l'impassibilité. Au fond, Gautier pourrait bien être la conscience artistique d'un siècle dont il incarne en mineur (une grande partie de son œuvre s'élabore dans la presse) les multiples facettes, laissant à d'autres les premiers rôles.

Mademoiselle de Maupin (1835-1836). Le sujet (Madeleine de Maupin, femme étrange qui avait défrayé la chronique au xviie s. en endossant costume et rôle d'homme avec une aisance troublante) avait été choisi par Gautier et son éditeur Renduel parce qu'il constituait à leurs yeux une garantie de succès. Plus qu'impatienté par l'utilitarisme et le conformisme ambiants de la monarchie de Juillet, Gautier a écrit dès 1834 la préface-manifeste dont l'œuvre elle-même constitue une illustration (« les livres suivent les mœurs et les mœurs ne suivent pas les livres », « tout ce qui est utile est laid », « la jouissance me paraît le but de la vie », « c'est une sotte chose que cette prétendue perfectibilité du genre humain »). Cette œuvre de jeunesse porte à la fois les marques des affinités de l'auteur avec le romantisme de l'époque (goût du bizarre, du fantastique) et les germes de ses futures exigences d'esthète de l'art pour l'art (richesse et variété du style, corps-à-corps avec la langue conçue comme un matériau plastique, attention portée aux formes et aux couleurs, références multiples aux peintres italiens et aux sculpteurs antiques).

Émaux et Camées. Le recueil connut 6 éditions du vivant de l'auteur, qui chaque fois l'enrichit de nouvelles pièces, faisant passer l'ensemble de 18 poèmes en 1852 à 47, chiffre atteint lors de l'« édition définitive » de 1872. Ces pièces de longueur inégale (de 3 à 58 strophes), de sujets variés (oiseaux, fleurs, souvenirs de voyage ou d'amours, saisons, objets, rêveries ou visions), de genres très divers (sonnets, odes, madrigaux, évocations, récits, descriptions) n'en constituent pas moins un ensemble d'une extrême unité de ton, d'atmosphère et surtout de forme (43 poèmes sont composés de quatrains d'octosyllabes à rimes croisées, féminine puis masculine) : l'unité d'une esthétique qui veut trouver en elle-même sa raison d'être et dans la perfection technique son salut, à l'abri de la vie et de ses tourmentes, extérieures, sociales ou intimes (refus de tout engagement comme du lyrisme).

Le Capitaine Fracasse, roman de cape et d'épée, projeté dès 1836, fut publié, avec un grand succès, en 1863. L'action, située sous Louis XIII, est constituée par les aventures d'une troupe de comédiens ambulants à laquelle se joint, par amour de l'actrice Isabelle, le dernier héritier d'une noble famille désargentée, Sigognac, qui jusque-là s'ennuyait dans son manoir délabré. « Puisque le théâtre est l'image de la vie, la vie lui doit ressembler comme un original à son portrait. »

Les Voyages. Gautier a rassemblé, entre autres, dans ses Œuvres complètes (1883), le Voyage en Espagne, le Voyage d'Italie et le Voyage en Russie.

Le Voyage en Espagne paraît d'abord en feuilleton de 1840 à 1843. Gautier voit l'Espagne, de Burgos à Barcelone. Au terme de son séjour, il écrit : « Le rêve était fini » – expression de la plénitude en même temps que de l'ambiguïté de l'expérience espagnole. Le voyageur s'y livre tout entier au charme de la surprise (« Nous prendrons au hasard, à droite et à gauche »), de la couleur locale, réverbérée dans une narration instruite qui à tout lieu associe un double naturel : les abords d'Irun font un paysage « un peu suisse », les intérieurs évoquent la « propreté hollandaise » ; l'Espagne sera tour à tour « turque », « étrusque », « moscovite », « napolitaine », « égyptienne »... Gautier est attentif à tout – cuisine, course de taureaux, carnaval, théâtre –, « touriste descripteur », « daguerréotype littéraire », curieux et flâneur, il ne se départ guère de son humeur enjouée, si ce n'est pour se livrer à des considérations sur le destin de l'art et les progrès funestes de la civilisation chez un peuple rapproché de « l'état de nature ».

Le Voyage d'Italie parut d'abord en 1852, après les voyages italiens de 1850. C'est Venise surtout qui attira Gautier, « patrie idéale » – à l'instar de Grenade ou du Caire –, et qu'il découvre par une nuit d'orage, « à la manière noire », sous le signe de Goya, Piranèse, Lewis et Rembrandt réunis. La fascination est sensible dans la prose saturée de références (Venise est une « débauche d'œil »), d'où le poncif est tenu à distance grâce à l'humour qui ne l'abandonne jamais.

Le Voyage en Russie (1866) reprend des matériaux dont la parution s'échelonne de 1858 à 1866 dans la presse. Sensible à toutes les particularités de la vie qu'il détaille avec bonheur (la troïka, la recette du chtchi, les montagnes russes), il sait être spectateur consentant et séduit. Au terme de son voyage, Gautier aura vu Saint-Pétersbourg, Moscou et le Kremlin, puis Tver et, enfin, Nijni-Novgorod, vocable magique qui préoccupe « invinciblement l'imagination ». Ce romantique dissident, qui affirmait sa foi dans le « monde extérieur », se dira « débarrassé de l'obsession » : « Il ne restait plus rien à voir. »